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Principes et démocratisation ou taxe sur le succès
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Principes et démocratisation ou taxe sur le succès
Si je l?ai bien compris (et qu?il n?a pas été mal rapporté ? ce qui serait un comble !), Sayed Hossen en a contre la mentalité du ?baron sucrier? qu?il faut mettre sous contrôle et spolier d?abord dans le sucre, bien évidemment, mais en deuxième lieu, dans le tourisme. Par extrapolation, nous pourrions supposer, logiquement, que tout secteur où l?on estimera que le ?syndrome du baron sucrier ? opérera sera désormais en point de mire. Le langage réservé pour sa dernière sortie sur le secteur du tourisme est sans ambages à cet effet.
Pourquoi est-ce inquiétant ? Tout simplement parce que sa réflexion ne s?ancre dans aucun principe d?équité et pue l?arbitraire. En effet, on ne peut pas inviter les investisseurs à risquer leur argent dans un pays ou, dans le même souffle et pour des raisons sans doute aussi émotives qu?arbitraires, l?on se donne en spectacle en affichant des règlements faits seulement pour les ?barons? sucriers. Car, dans cette approche tant subjective qu?arbitraire, le ?prince? choyé du jour pourrait devenir le ?baron? honni de demain. Quel investisseur du jour peut, en effet, prétendre que , sur la toile de fond de ce que l?on tente aujourd?hui de faire aux ?barons?, ce ne sera pas lui la prochaine victime ?politique? peut-être, le prochain ?target? ? Poussé à son extrême le plus délirant, on a bien vu qui, en cas de besoin, a éventuellement porté le chapeau chez Mugabe ou chez Idi Amin, n?est-ce pas ?
De toute manière, qu?est-ce donc que cette mentalité de ?baron sucrier? qu?il faut maintenant punir a travers des ?dons? involontaires de terre, des taux de partage de sucre non fiables, des obligations de ne plus vendre des nuits d?hôtel ?all inclusive?, des participations apparemment forcées du public dans leur actionnariat (cluster éthanol, cluster énergie, hôtels pourtant cotées en Bourse) ?
Je n?y trouve pas grand-chose, sauf s?il fallait leur reprocher d?avoir bien exploité les options qui leur étaient légalement offertes dans un Etat de droit, comme on ne cesse de nous le rappeler. Les ?grandes familles? du jour, c?est clair, n?étaient pas les cinq ou six familles propriétaires de la grande majorité des terres du pays vers la fin des années 1700. Ou dans les années 1800. Ou même, dans certains cas, au début du siècle dernier. Pourquoi donc est- ce que ceux qui ont réussi à se hisser au-dessus du lot, malgré l?outil fiscal, les vicissitudes des siècles passés, les réglementations socialistes protégeant (correctement d?ailleurs) les employés trop exploités, la fameuse taxe de sortie qui payait le coût ?politique? du prix garanti du sucre etc?, doivent maintenant être visés, tant dans leur activité de base du sucre que dans les secteurs vers lesquels ils se seraient diversifiés ? Quel est le principe en jeu ici: une taxe sur le succès ? Lent ?
Un ?baron sucrier? est un opérateur comme un autre, en économie plus ou moins libérale. Peut-on lui reprocher de maximiser ses rentes et ses profits de manière égoïste, de tenter de faire mieux que ses concurrents, de continuer à chercher des gains d?efficience, de mieux contrôler sa chaîne de valeur, d?innover ? Dans la plupart des pays du monde, les gouvernements, même quand ils sont socialistes, sont fiers de leurs compagnies les plus performantes et leurs conglomérats les plus réussis. Pourquoi en serait- il différemment a Maurice ? Parce qu?ils sont dirigés par des ?barons? ?
Je n?ai pas que du positif à dire a propos des ?barons?. Ils sont parfois tellement sûrs d?eux-mêmes qu?ils sont carrément arrogants et leur capacité à se voiler pudiquement la face quand ils doivent eux-mêmes choisir entre leurs intérêts et des principes est parfois étonnante. Cependant, on serait hypocrite de ne pas reconnaître que ce sont, parmi d?autres, ces mêmes caractéristiques qui assurent la réussite de la plupart des entrepreneurs de par le monde et qu?elles ont été a la base de beaucoup des avancées du pays depuis l?indépendance, ne serait-ce qu?en termes d?emplois. Pensez Soros ou Li ka Shing ou Mittal ou Murdoch et vous me direz si vous les voulez en échange de nos propres ?barons? et surtout pourquoi ! Seront ils plus doux, moins mercantiles, moins sectaires ? On le saura bientôt quand les Mauriciens travailleront de plus en plus pour des entrepreneurs chinois, style Tianli ou indiens, style Black Eagle ?.
C?est d?ailleurs ainsi que nous poserons la question fondamentale qui révélera, à mon sens, l?absence de principes en la circonstance.
Question: Si les plus gros groupes sucriers du jour (Harel Frères, FUEL, Espitalier Noël, Deep River Beau Champ et le regroupement du Sud) étaient, la semaine prochaine rachetés par Tongaat-Hulett, Tereos, un Brésilien comme Adeco, un Australien comme Mackay Sugar et? Illovo, les débats actuels seraient-ils conduits de la même manière ?
Même question pour l?hôtellerie: si le Movenpick de Al Maktoum, Accor, Banyan Tree et Four Seasons rachetaient New Mauritius Hotels, Sun Resorts, Naïade Resorts et Constance Hotel Services, Cader Sayed Hossen tiendrait-il le même discours ?
Probablement pas !
Où est donc le principe dans ce cas-là ?
Démocratiser l?économie est louable. Diffuser plus largement la possibilité de devenir entrepreneur et plus riche relève de la raison, sinon du coeur. Multiplier les pistes pour cela : formation, accès plus facile au capital, soutien logistique, moins de monopoles, plus de compétition et de compétitivité relève du rationnel. Cependant le faire aux dépens de ceux qui ont réussi relève de l?émotivité ou encore pire d?un esprit revanchard et jaloux qui nous coûtera cher. Il faut mettre un terme à cela.
Il ne faut pas jalouser ceux qui réussissent et, en fait, quelque part passer le message que ceux qui gagnent de l?argent et s?enrichissent, loin d?être jalousés doivent au contraire être célébrés, reconnus et devenir des ?role models? pour les autres. Agir de manière différente selon que ceux qui ont réussi sont libellés ?barons? ou simples ?patrons? passe le message, nous l?avons déjà vu, que l?entrepreneur d?aujourd?hui pourrait demain être le prochain sur la liste du ?targeting? arbitraire. Il faut être cohérent et la seule manière de l?être c?est de traiter tout le monde de la même manière. On ne peut, par exemple, réclamer un prix ?politique? aux sucriers (entre autre sous la forme de 2 000 arpents de terres) selon le principe que le gouvernement a négocié la compensation avec l?Europe et ne pas réclamer de prix ?politique? aussi à la zone franche quand le même gouvernement signe la convention de Lomé ou l?Agoa ou exiger de prix ?politique? aussi au secteur offshore alors que les Double Taxation Agreements sont des accords d?Etat à Etat. Quand il y a traitement arbitraire, on tombe dans l?équivoque, l?imprévisible, les contradictions, le doute?Or il n?y a rien de pire pour un investisseur que le doute. Pas même l?instabilité politique ! Au-delà d?effrayer les gros investisseurs traditionnels de ces 40 dernières années qui pourraient bien, désormais, protéger leurs arrières, et n?investir qu?à court terme, si ce n?est de penser a des solutions plus radicales, ne risque-t-on pas d?effaroucher, dans la foulée, l?investisseur nouveau que l?on souhaite charmer ?
?Quand il y a traitement arbitraire, on tombe dans l?équivoque, l?imprévisible, les contradictions, le doute? Or il n?y a rien de pire pour un investisseur que le doute.?
L?on a vu, ici même à Maurice, des entrepreneurs réussir en deux générations, parfois dans une même vie, une percée telle que l?on peut parler de triomphe, parfois écrasant : CMT, le groupe Food and Allied ou la compagnie Surat en sont des exemples . Le premier nommé génère plus de profits que toutes les sucreries, ventes d?énergie et de terres comprises, le deuxième a accumulé, à partir d?une première batterie de poulets dans un modeste garage, plus de capital productif brut que beaucoup de groupes des dites ?grandes familles?. Le troisième est sans doute devenu le premier importateur de fruits du pays, offrant probablement un meilleur service que ses concurrents, pourtant installés, certains diront ?entrenched? depuis longtemps. Ces exemples de mobilité économique ne sont pas uniques et existent bel et bien, mais ont elles le droit à PLUS d?équité de traitement pour avoir réussi plus rapidement que le sucre ? Sûrement pas en économie de marché. Cette économie qui, de toute façon, assure la montée et la déchéance des groupes en fonction de leur audace, de leur ouverture sur la réalité, de leur adaptabilité. Les grosses firmes et les ?barons? ne sont pas à l?abri de la paresse, du manque d?idées nouvelles, du parasitisme, d?une absence d?ouverture sur le marché dans lequel ils opèrent et (contrairement aux partis politiques), du népotisme. Les conséquences sont identiques. Ce sera soit la faillite éventuelle ou le rachat par plus réussi que soi.
C?est cela le marché et ceux qui prônent la démocratisation de l?économie aux dépens de certains et autrement qu?en égalisant les chances ou en multipliant les avenues de soutien aux nouveaux entrepreneurs (mais pas trop, tout de même, au risque d?en faire des assistés trop mous) se trompent et pire risquent de casser le ressort même de l?économie qui dépend d?un ?level playing field? et de la célébration du succès. De TOUs les succès ! Et du succès de TOUS !
PS : Puisque nous sommes à Maurice on me taxera sans doute, au vu du ci-dessus, de protéger mes ?patrons? et ceux qui peuvent soigner mes salaires ? Faux procès ! Contrairement à une image pourtant encore très répandue, mon employeur, la Mauritius Commercial Bank Ltd n?est contrôlé par aucun ?groupe? ou aucune baronnerie et, mieux, est la compagnie la plus démocratiquement possédée de l?île avec 17 000 actionnaires dont AUCUN n?a plus de 5 % du capital.
Comme toujours, cela risque de ne pas plaire a certains? mais un fait est un fait, comme un principe est un principe. Je précise donc que je dis simplement, ci-dessus, ce que je pense parce que je crois que c?est dans l?intérêt de mon pays et de son avenir.
De nos avenirs.
<B>Par Philippe ALAIN FORGET</B>
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