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De l?informatique au syndicalisme
Sous ses dehors calmes, Naseema Carim Bacor, qui enseigne l?informatique dans deux écoles primaires, cache une nature volcanique. Carac-tère qui entre en ébullition lorsqu?elle se sait dans son bon droit et qu?on essaie de la persuader du contraire.
Ce tempérament de rebelle s?est pourtant manifesté relativement tard chez cette aînée de trois enfants. En effet, à l?issue de ses études secondaires au collège de Lorette de Rose-Hill, Naseema qui sait que ses parents n?ont pas les moyens de lui payer des études supérieures, postule pour être institutrice. Le courant entre elle et les enfants passe bien. Elle doit toutefois se contenter d?un emploi comme clerc à la State Bank. ?C?était juste un gagne-pain. Les chiffres ne sont pas motivants. Pour moi, ce sont les relations humaines qui sont plus importantes.?
Au bout de cinq ans, elle démissionne et part pour l?Arabie Saoudite, non sans avoir suivi des cours d?informatique. Après trois ans dans ce pays du Golfe, elle passe deux autres années à Dubayy où elle est puéricultrice dans une maternelle avant d?enseigner le français et l?informatique aux enfants de cinq ans qui fréquentent l?Alliance française.
Si Naseema regagne le pays, c?est pour être auprès de ses parents. Elle s?occupe de l?administration du centre d?éducation spécialisée de Save The Children. Naseema y restera pendant deux ans, avant de postuler lorsque le ministère de l?Education cherche à recruter des instituteurs d?informatique. Acceptée, elle suit une formation d?un an auprès du Mauritius Institute of Education.
Très vite, son tempérament de leader prend le dessus. Elle est toujours celle qui interroge les chargés de cours, qui veut en savoir plus. A tel point qu?on la nomme capitaine de groupe. Elle c?est aussi celle qui exprime ouvertement l?inquiétude de ses collègues face au fait qu?une bonne partie des écoles primaires ne sont pas dotées d?ordinateurs ou que l?équipement existant est obsolète.
Recrutés pour un projet pilote, donc sur une base contractuelle de quatre ans, les instituteurs d?informatique sont postés dans les écoles en 2003. C?est aussi le cas de Naseema. ?Nous avions l?impression d?être des bouche-trous car nous devions faire du travail administratif sur l?ordinateur. Et lorsque le ministère décide d?appliquer le literacy and numeracy programme, il accorde une allocation spéciale aux instituteurs car leurs heures de travail sont prolongées. Par contre, les instituteurs d?informatique ne bénéficient pas du même traitement. Mais ils doivent rester à l?école comme les autres instituteurs.?
Une situation qu?elle juge inacceptable. Sous l?impulsion de Naseema, les instituteurs recrutés en même temps qu?elle, se regroupent et se constituent en association, l?ICT Teachers? Network, dûment enregistrée. L?objectif est la mise en place d?une plate-forme de discussions pour les instituteurs d?informatique. Ils décident bientôt de se ?soulever pacifiquement? contre cet état des choses et 70 d?entre eux, avec Naseema à leur tête, font un sit-in devant le ministère de l?Education. ?Il fallait faire quelque chose, même si c?était illégal car les fonctionnaires nous renvoyaient d?un bureau à un autre.?
Leur protestation finit par trouver un écho favorable auprès du ministre de l?Education qui accepte de leur donner une augmentation salariale et les autorise à ne pas prolonger leurs horaires de travail. Mais un haut fonctionnaire leur fait remarquer qu?en tant qu?association, l?ICT Teachers? Network n?a aucun pouvoir de négociation.
L?idée fait son chemin dans la tête de certains membres de l?exécutif qui consultent la Government Teachers? Union avant de recommander la dissolution de l?association et la création subséquente d?une aile regroupant les ICT teachers au sein de la GTU. Naseema et plusieurs autres membres de l?exécutif refusent car argue-t-elle, la GTU ne peut défendre les intérêts des general purpose teachers en même temps que ceux des instituteurs d?informatique.
Naseema consulte Radakrishna Sadien, président de la Government Servants? Association, qu?elle a croisé par hasard dans un supermarché. Celui-ci lui conseille de faire les membres de l?association se constituer en syndicat. C?est ainsi que l?ICT Union est enregistrée le 4 décembre dernier. Naseema est élue à sa tête.
Elle a fait une demande d?affiliation auprès de la State Employees? Federation et attend une réponse. Pour cette battante, la moitié du chemin reste à faire car elle souhaite que les instituteurs d?ICT soient recrutés sur une base permanente. ?Nous ne pouvons passer notre vie à être des contractuels. De plus, il paraît que le ministère envisage la possibilité de faire de l?informatique un outil de renforcement des autres matières à l?étude. C?est une aberration. De la Standard I à la Standard III, il faut que ce soit une matière à part entière car ils doivent se familiariser à l?ordinateur, au clavier, à la souris, etc. A partir de la Standard IV, là on peut utiliser l?ordinateur comme support pour les autres matières.?
Elle fait aussi ressortir que si l?on veut que l?informatique devienne populaire, il faudrait plus qu?une dizaine d?ordinateurs par école primaire. Son contentieux porte aussi sur le salaire de base de l?instituteur d?informatique qui ne gagne que Rs 7 500. ?Il faut aligner ce salaire sur celui des general purpose teachers ou que le ministère nous paie davantage car lorsqu?il recrute une personne sous contrat, cela signifie qu?il ne dispose pas de la compétence voulue. Et celle-ci a un prix. Nous donnons un sérieux coup de main à l?administration.?
Naseema qui a entre-temps réussi son postgraduate diploma en technologies de l?information auprès de la British Computer Society, ne craint pas de déterrer la hache de guerre avec ses anciens collègues qui ont rejoint l?ICT Wing de la GTU car elle veut que son syndicat devienne l?unique interlocuteur de l?Etat. Ce faisant, elle a fait une demande de reconnaissance auprès du ministère qui a référé son cas à la Civil Service Industrial Relations Commission. ?Je veux que l?ICT Union représente tous les instituteurs de l?ICT à Maurice. Je sais que ce faisant, je déclare la guerre à la GTU mais on ne peut avoir deux syndicats d?instituteurs d?informatique. Il faut un syndicat fort qui soit à même de remettre en question ce que dira le ministère et l?obliger à définir clairement sa politique nous concernant??
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