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Le lent débit

21 juillet 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Le Mauricien a peur de la carte de crédit.» Ce sont les propos lancés par le responsable d'une prestigieuse banque de la capitale. «Il y a une méconnaissance totale de cartes de crédit et dans la tête du public, les cartes de crédit permettent aux banques d'éplucher les clients», ajoute ce banquier qui requiert l'anonymat. Il ajoute aussi que la peur de la perte de la carte de crédit ? ce qui permettrait à des escrocs de vider le compte ? est aussi un frein au développement de ce secteur.

Ce n'est pas sous le couvert de l'anonymat que Françis David, directeur du département carte de crédit à CIM, va s'expliquer. Selon lui, c'est la peur du crédit, la peur de ne pas pouvoir se contrôler, la peur de s'endetter avec les facilités qu'offrent les cartes de crédit qui retiennent la plupart des Mauriciens.

C'est à coup de promotions et de cadeaux alléchants que les cartes decrédit essayent de s'imposer auprès des Mauriciens, voyage à Sun City, remises variant de 10 à 50 % pour les achats dans plus de 200 points de vente - y compris hôtels et restaurants avec la Master Card émise par Rogers notamment.

De fait, certaines promotions sont organisées par la maison mère. Master Card tient actuellement une promotion avec la possibilité de voyages à Paris, Dubayy ou en Asie pour le gagnant avec Rs 100 000 d'argent de poche.

<B>Des habitudes solidement ancrées</B>

Mais tout cela laisse indifférent la majorité des salariés du pays. Comme Naden qui arrive bientôt à l'âge de la retraite. Il n'a jamais eu une carte de crédit ou de débit. «J'ai eu toujours l'habitude de retirer de l'argent des banques pour payer. Je continuerai à le faire. Les cartes bancaires ne m'intéressent pas», dit-il. Ludovic, quant à lui, jeune salarié avec une paye dépassant la moyenne, n'utilise plus sa carte de crédit. «J'ai épuisé mon crédit le premier mois et comme mon remboursement est minime, je paye les intérêts en ce moment. Mais je n'utiliserai pas cette carte de sitôt. Peut-être s'il y a urgence, on ne sait jamais», dit-il.

L'avenir des cartes de crédit n'est pas brillant à Maurice. Cependant, avec les 200 000 détenteurs, les émetteurs des cartes, principalement les banques, réalisent de gros chiffres d'affaires alors que le taux d'intérêt qu?elles perçoivent sur ces cartes vient d'être majoré pour atteindre 2, 1 % en moyenne par an. De fait, les cartes de crédit, principalement Visa et Master Card, coûtent un prix différent selon la banque ou l?organisme qui l?émet, de même que les commissions perçues varient pour l'utilisation de ces cartes.

Les coûts liés à l?utilisation des cartes de crédit émises par les banques et organismes indiquent des différences dans les frais annuels et les taux d'intérêts. Mais souvent, le détenteur ne fait pas le tour de tous les prestataires de ce service, se contentant de prendre la carte que lui offre sa banque. Sans trop savoir ce qu'il paye en termes de frais, commissions et intérêts jusqu'à ce qu'il regarde un jour son relevé de compte de près.

<B>Les coûts d?une carte de crédit</B>

Il y a en général trois types de cartes de crédit : «basic», «classic» et «gold». Le détenteur paye un frais annuel, en moyenne environ Rs 200 pour une carte «basic» et Rs 800 pour la «gold». Pour chacune de ces cartes, le plafond de crédit alloué est différent. En fait, le plafond d'un détenteur d'une carte «basic» tourne autour de Rs 3 000. Mais c'est la banque qui décide de ce plafond par rapport aux salaires du demandeur de la carte.

En effet, les banques offrent un crédit sans intérêt de 45 jours aux détenteurs des cartes de crédit.

Ce délai varie, et atteint souvent 51 jours dans certaines banques. Lors de la signature du contrat de la carte de crédit, le client peut demander un remboursement mensuel de son crédit dans une fourchette de 10 % à 100 %. Ceux qui optent pour un remboursement de 100 % n'ont pas d'intérêt à payer, sauf si ce remboursement ne peut se faire 45 jours après les achats ou retraits d'argent. Autrement, un taux d'intérêt tournant autour de 2 % mensuellement, donc de plus de 24 % par an, est frappé sur le crédit utilisé par le client.

En sus du taux d'intérêt, le détenteur d'une carte de crédit paye des commissions pour des retraits dans les guichets automatiques ou au comptoir des banques s'il utilise une carte de crédit, frais qui ne sont pas perçus s'il utilise une carte de débit. Pour éviter ces frais, il est conseillé d'utiliser la carte de crédit uniquement pour des achats et effectuer des retraits uniquement avec une carte de débit et dans l'ATM de la banque émettrice.

QUESTIONS À?FRANCIS DAVID, <B>«Card Manager» ? CIM Finance</B>

<B> «Nos clients sont protégés» </B>

● <B> Pourquoi les consommateurs mauriciens boudent-ils les cartes de crédit. ? </B>

Ce comportement est lié à la sécurité budgétaire de la famille. Le crédit disponible à travers les différentes cartes est perçu comme un danger d'endettement, une tentation de dépenser beaucoup. Il y a aussi la peur des intérêts sur ce type de crédit.

● <B>On peut aussi utiliser une carte de crédit et ne payer aucun intérêt... </B>

Effectivement. Si vous optez pour la formule de remboursement à 100 %.

Vous avez avec une carte 45 jours de crédit sans intérêt. Malgré cela, les cartes de crédit attirent peu de monde. Seulement 200 000 cartes de crédit contre 800 000 cartes de débit. Il y a aussi des consommateurs qui ont une carte de crédit mais qui ne l'utilisent pas. Ils les gardent comme une sécurité financière pour se prévaloir du crédit en cas de dépenses urgentes, médecin, cliniques ou médicaments par exemple.

● <B>Vous émettez des Master Card, quel est votre part du marché et comment obtenez-vous des revenus ? </B>

Nous avons 30 000 clients, et nous sommes le numéro deux en tant qu'émetteur de cartes Master Card à Maurice. Nous avons commencé avec la carte Joker que nous avons abandonnée pour la Master Card qui est une carte internationale. Nos revenus proviennent de différentes sources, mais principalement des commissions payées par les commerçants auprès desquels les cartes sont utilisées, soit environ 2 % du montant des achats. Il y a aussi les intérêts que payent les détenteurs sur le montant du crédit, environ 2 % par mois.

● <B>Vous émettez des cartes à piste magnétique alors que ces types de cartes sont facilement falsifiables, comparativement aux cartes à puce ? </B>

Effectivement. Mais la falsification qui consiste à faire un double d'une carte à piste magnétique est une technologie qui n'a pas encore gagné nos rives. Nous prenons des précautions extrêmes quand les détenteurs des cartes que nous émettons vont à l'étranger. Du moment que la carte est utilisée à l'étranger, nous contactons le client pour savoir si c'est bien lui qui a utilisé la carte. Nous annulons sa carte à son retour au pays et nous émettons une autre s'il a utilisé sa carte dans un pays à risque, c'est-à-dire certains pays d'Asie et l'Afrique du Sud. Nous avons en fait des logiciels et tout un système pour protéger nos clients.

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