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Partenaire stratégique : un sujet épineux

17 juillet 2007, 00:00

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Le choix d?un partenaire stratégique est un enjeu sensible. Entre ceux qui y travaillent et ceux qui y résistent, le gouvernement a choisi de soumettre tout le dossier à la Banque mondiale (BM). Celle-ci devrait faire ses recommandations d?ici l?année prochaine. Entre-temps, les différents partenaires sont dans l?expectative et affûtent leurs armes. C?est toutefois un aide-mémoire de la BM qui sème le trouble.

En date de février de cette année, l?aide-mémoire met l?accent sur la nécessité de trouver un partenaire stratégique à la Cargo Handling Corporation (CHC) afin d?accélérer le développement du port. Il fait ressortir que la plupart des opérateurs de terminaux ont visité Port-Louis et qu?il y a peu de doute qu?un appel d'offres attirera les principaux opérateurs de la scène internationale. L?aide-mémoire précise que la région océan Indien ne cesse de bouger dans le bon sens du terme. Que ce soit Toamasina ou le port de la Réunion, le processus de modernisation est en cours. ?Même si ces développements ne menacent pas sérieusement les ambitions régionales et potentielles de Maurice dans le court terme, ils démontrent le fait qu?ils ne peuvent être traités gratuitement et représenteront un risque pour Port-Louis dans un futur pas très lointain d?autant plus que les ports sud-africains finiront par retrouver leur productivité. Ce qui devrait arriver à un moment ou à un autre?, est-il précisé dans l?aide-mémoire.

Dans un tel contexte, chaque partenaire du port joue sa partition, essayant de préserver ses acquis ou de défendre ses intérêts. Cependant, c?est la recherche du consensus qui domine les débats, personne ne voulant jouer à l?oiseau de mauvais augure ou à l?empêcheur de danser en rond.

?Tous les partenaires réalisent que nous devons agir conjointement. A travers le Port Users Council, nous tentons de trouver des solutions aux problèmes ponctuels. Lorsque chacun essaie d?agir de son côté, personne ne trouvera de solution globale?, explique Shekar Suntah, directeur général par intérim de la Mauritius Ports Authority (MPA). ?Beaucoup d?efforts ont été faits par la MPA pour améliorer les infrastructures. On peut être confiant que les choses iront en s?améliorant. Le gouvernement, à travers le ministre Duval, veut réunir tout le monde autour d?une table pour négocier. On commence à comprendre que les lignes maritimes ne sont pas des méchants. Il y a eu un déclic et désormais on se parle mais il faut aller encore plus vite?, enchaîne le capitaine René Sanson, directeur général de la Mediterranean Shipping Company. ?On a compris que le port, ce n?est pas seulement le problème des lignes maritimes. C?est le problème de tout le pays. Le mood a changé et les résultats sont désormais tangibles. Nous apprécions le support de la MPA et de la CHC notamment avec l?octroi du Fixed Berthing Window qui garantit aux exportateurs mauriciens un service rapide vers l?Europe. Il y a un effort pour aider et promouvoir l?exportation du pays?, confirme, pour sa part, Jorgen Holck, directeur général de Maersk Maurice.

Malgré les efforts réalisés ici et là notamment pour améliorer la productivité et garantir la sécurité du port, des problèmes continuent à se poser à d?autres niveaux. Un portique fonctionne toujours à moitié régime alors qu?on attend depuis un an et demi l?arrivée de deux nouveaux portiques. D?autre part, le quai en profondeur ne résiste pas aux intempéries. Même en dehors de la période cyclonique, le port souffre des houles du sud qui perturbent le travail. A cet effet, certains estiment que l?ancien port est plus fiable que le nouveau. En outre, la question de la productivité continue à miner le débat. Autant de problèmes ponctuels auxquels on tente de répondre au cas par cas. Certains vont même jusqu?à laisser entendre que les solutions sont repoussées jusqu?à ce qu?un partenaire stratégique intervienne.

Mais question de partenaire stratégique, tout le débat est rendu flou avec la proposition du gouvernement d?en identifier deux pour gérer le port conjointement avec la CHC. Pour des observateurs, cette option n?est pas crédible vu la taille du port. On craint, comme le souligne l?aide-mémoire de la BM, que les plus gros opérateurs de terminaux ne soient pas intéressés à répondre à l?appel d'offres mauricien. ?La stratégie internationale des opérateurs internationaux du secteur portuaire sera définitivement influencée par la capacité de Maurice à atteindre un degré plus élevé de productivité et la qualité des services dans la gestion des conteneurs? La scène régionale continuera à évoluer et probablement réduira dans le temps l?attrait potentiel que présente actuellement Port-Louis comme un centre d?excellence régional?, lit-on, en ce sens, dans l?aide-mémoire.

Pour le gouvernement, il s?agit sur l?option de deux opérateurs de ne pas créer une situation de monopole. Mais, il ressort également que la MPA, en tant que régulatrice, peut éviter que cette situation ne se produise. En fait, on craint une politisation de la question alors que ce sont les intérêts économiques du pays qui devraient primer. ?Avec deux partenaires stratégiques, on garantira mieux la compétition et l?équilibre entre les acteurs du port?, insiste, de son côté, Shekar Suntah.

?En fait, il faut savoir ce qu?on veut. Certains agissent en hommes de ministre. D?autres ne disent que ce que le ministre de tutelle veut entendre. On évoque la construction d?un quai au Caudan pour les touristes. Mais est-ce la priorité? Si la question du partenaire stratégique n?est pas réglée au plus vite, les potentiels opérateurs vont se tourner vers d?autres ports de la région qui présentent de meilleures conditions?, explique un observateur qui tient à garder l?anonymat.

En attendant les propositions de la BM qui devraient être formulées d?ici une année et en sachant que le calendrier politique risque de tout bouleverser l?année prochaine, on craint qu?une nouvelle fois, comme sous le précédent gouvernement, aucune décision ne sera prise finalement. Aux décideurs politiques de prouver le contraire !

<B>Grands projets et petites misères... </B>

■ 2007 est présentée comme l?année de la reprise pour le port mauricien. Dans le même souffle, de nouvelles avenues de développement sont identifiées et de grands projets annoncés. Outre le projet d?en faire un hub de transbordement, le port est également mis à contribution pour les projets de seafood hub, le développement d?un port de croisière, celui du front de mer et enfin pour le projet de bunkering. Les ambitions sont légitimes et raisonnables. La MPA compte sur un trafic accru venant des pays africains. Et pour répondre aux nouvelles exigences, outre les investissements en termes d?équipements, on ambitionne de traiter à la fois trois navires, on envisage la construction d?un mur sur le quai pour résister aux éventuelles inondations et un exercice d?audit complet des portiques placé sous la supervision de consultants étrangers sera réalisé. Enfin, un nouveau master plan est en préparation. Mais en attendant, les petits problèmes continuent à provoquer des houles dangereuses. La supervision est insuffisante notamment durant la nuit. La productivité n?est pas constante. Les arrêts pendant les changements d?équipe peuvent s?étendre à deux heures. Les pannes de grues sont récurrentes. Le temps d?amarrage reste un autre épineux problème. Alors que pour les ports les plus performants, ce temps est de deux à trois heures et que la moyenne acceptable est de huit heures au maximum, une ligne maritime a enregistré pour l?un de ses navires plus de 105 heures d?attente.

QUESTIONS À?

<B>Ibrahim Moossa

Co-négociateur de la Mauritius Transport and Port Employees Union</B>

<B> ?Le port est surpolitisé? </B>

■ <B> Quelle est votre analyse de la situation au port? </B>

Nous sommes dans une impasse parce qu?il n?y a plus de direction au port. Personne ne sait ce qu?il doit faire. Il faut prendre une décision par rapport à l?avenir du port. Les critiques fusent de tous les côtés. La CHC est critiquée pour son manque de supervision et de productivité. Or, il est totalement faux de dire que les employés du port ne produisent pas de résultat. Autrement, comment expliquer les bons résultats?

■ <B> D?où vient le problème dans ce cas? </B>

Il y a trop d?interventions politiques. Le port est surpolitisé. Il y a trop de nominés politiques. Il y a manque de direction à la tête de la MPA et de la CHC. Ils ne font que suivre les directives du ministère de tutelle. L?ingérence politique, c?est ce qui tue les organismes parapublics et c?est ce qui cause le plus de problème au port. Les nominés politiques sont la cause de la frustration. Il faut cesser le recrutement à caractère politique. Les politiciens ne sont intéressés qu?à protéger leurs agents. Il faut se battre pour plus de méritocratie.

■ <B> La solution ne viendra-t-elle pas dans l?identification d?un partenaire stratégique? </B>

Un partenaire stratégique n?est pas la solution. Il y a trop de bluff sur cette question. La solution ne peut venir que des travailleurs. Or, ils ont démontré qu?ils sont productifs et performants. Il faut aussi savoir que dans le passé, le port était géré par une compagnie privée. Si l?Etat ne s?était pas engagé, si on n?avait pas fait des investissements, le port et l?économie mauricienne n?auraient pas évolué positivement. Un partenaire stratégique investira de l?argent. Il tentera logiquement de récupérer cet argent des Mauriciens.

■ <B> Faut-il donc maintenir le statu quo? </B>

Je ne dis pas que ce n?est pas nécessaire d?avoir un partenaire stratégique. Par contre, je dis qu?on ne peut pas négocier en position de faiblesse.

La CHC doit se montrer plus performante avant d?essayer de se trouver un partenaire stratégique. D?ailleurs, il faut aussi se rappeler que la Banque mondiale n?a pas parlé de deux partenaires stratégiques, l?option qu?étudie le gouvernement à présent. Un aide-mémoire de la BM précise aussi qu?avec les conditions posées, les opérateurs de terminaux pourraient ne pas se montrer très enthousiastes à l?idée de travailler avec la CHC. Soit la condition de porter de 500 000 à 800 000 containeurs additionnels. La solution, en fait, se trouve entre les mains de Port-Louis et dans un sursaut des travailleurs. Ailleurs, en Afrique du Sud et en Angleterre, entre autres, on n?a pas voulu remettre son port entre les mains des étrangers. Pourquoi nous, nous précipitons-nous? Le partenaire stratégique semble devenir une solution facile pour les décideurs politiques alors qu?on devrait étudier tout le dossier rationnellement et nous rendre plus performants avant de considérer cette option.

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