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Le prix d?un compromis
«Silence. Prière de ne pas nous interroger sur quoi que ce soit qui se rapporte à la réu-nion qui s?est tenue vendredi entre une délégation de la Mauritius Sugar Producers?Association (MSPA) et le gouvernement. Cette réunion a ouvert la voie à une reprise de contact avec le GM. Nous ne ferons rien qui puisse compromettre cet état des choses. »
C?est une déclaration fictive. Elle n?a été faite par aucun des membres de la délégation de la MSPA. Mais elle résume parfaitement le sentiment qui animait les sucriers après la réunion de vendredi.
Ces derniers n?ont qu?une idée en tête : tout faire pour que la réforme du secteur sucre soit un succès et ne rien faire, ne rien dire qui puisse créer la perception qu?ils veulent une confrontation avec le gouvernement. D?où la satisfaction après ladite réunion.
Selon un communiqué de la MSPA, il n?apparaît pas, contrairement à celui émis par le bureau du Premier ministre, que des discussions en profondeur se soient déroulées. Qu?importe, l?essentiel est ailleurs. « La MSPA estime que cette troisième rencontre a été positive et que les discussions ont été ouvertes et cordiales. Cette réunion a permis de définir un cadre de travail pour la poursuite des discussions dans les semaines à venir, et ce, afin de trouver une solution globale, dans laquelle l?intérêt de tous les stakeholders seront préservés », lit-on dans le communiqué qui se termine ainsi : « Les dates des prochaines rencontres n?ont pas encore été arrêtées, mais elles auront lieu très prochainement. »
Le communiqué va même plus loin
En revanche, le communiqué provenant de la direction de la communication du bureau du Premier ministre tient un tout autre langage. « Les participants ont discuté de toutes les questions ayant trait à la réforme de l?industrie sucri-ère et surtout de la participation dans l?actionnariat de toutes les activités de l?industrie sucrière, de la terre et de l?énergie. Les participants sont tombés d?accord sur un cadre de discussions et il y a eu accord pour que toutes les questions soient résolues dans un overall package dans l?intérêt supérieur de tous les partenaires. Les discussions se poursuivent. »
Laquelle de ces deux versions est-elle la plus proche de ce qui s?est réellement passé ? A-t-on vraiment abordé, comme l?indique le communiqué du bureau du Premier ministre, toutes les questions, y compris celle ayant trait aux terres, véritable pomme de discorde entre les deux parties ? Pas un mot du côté des sucriers à ce sujet.
Le communiqué du bureau du Premier ministre va même plus loin lorsqu?il indique qu?il y a eu « accord pour que toutes les questions soient résolues dans un overall package dans l?intérêt supérieur de tous les partenaires. »
Ce que tout le monde pense tout bas
Et cette crainte est savamment entretenue, voire exploitée. Il a suffi, pour cela, que des émissaires du gouvernement aient subtilement fait comprendre que les déclarations de Thierry Merven, Chief Executive Officer de Beau-Vallon, lors d?une entrevue accordée à l?express-dimanche dans sa dernière édition, n?avaient pas été appréciées pour que cela jette un froid chez les sucriers.
Mais qu?a bien pu dire Thierry Merven ? Ce que tout le monde pense tout bas, à savoir que la réforme de l?industrie sucrière, c?est une question de vie ou de mort et que rien ne doit être fait pour compromettre sa réalisation.
Seulement voilà, Thierry Merven est de la génération montante avec, obligatoirement, une approche différente. Il a choisi de s?exprimer en son nom personnel. Cela lui a permis d?avoir une liberté de ton qui, dans d?autres circonstances, aurait sans aucun doute été favorablement accueilli.
En revanche, le gouvernement a une idée précise des objectifs qu?il veut atteindre. Il le fait savoir. Il s?exprime, au risque de créer la perception que sa posture pourrait compromettre la réforme de l?industrie.
En tout cas, le feuilleton gouvernement-MSPA n?est pas prêt de se terminer. C?est comme dans l?histoire d?un couple. La bonne nouvelle, c?est qu?un compromis se profile à l?horizon. Pour-vu qu?il ne soit pas trop tard.
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