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« La réforme des ONG est en marche »

8 juillet 2007, 00:00

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Au moment où les organisations non gouvernementales (ONG) sont confrontées à des questions fondamentales, la plaie des organisations fantômes revient sur le tapis. Qu?en est-il de cette calamité ?

C?est du passé. Les ONG fantômes ont pullulé à une époque, je le reconnais. Au-jourd?hui, les choses ont changé. On exige plus de transparence, plus d?accountability. « On », c?est le Macoss, en tant qu?organisation ombrelle, mais aussi les Mauriciens. La population est devenue plus exigeante, et c?est tant mieux. Cela complique la vie des « associations boîtes postales ». Je ne vous dis pas qu?elles ont totalement disparu, mais elles sont plus rares.

Concrètement, combien sont-elles et les a-t-on identifiées ?

Malheureusement, c?est impossible de les démasquer. Nous n?avons pas les outils adéquats. D?où la nécessité de réformer, de remettre de l?ordre en fixant des règles de fonctionnement plus strictes. Je dirai que sur 500 associations ?uvrant dans le social à Maurice, 10 % n?ont pas de raison d?être. Il faut s?en débarrasser au plus vite car elles décrédibilisent l?ensemble du secteur.

À tel point qu?on évoque une dissolution possible du Macoss?

Ce serait une grave erreur. J?ai entendu cette rumeur, et je ne sais pas d?où elle vient. Les partenaires de la réforme, à commencer par le ministère de la Sécurité sociale, m?ont confirmé qu?ils n?avaient aucunement l?intention d?éliminer le Macoss. On a besoin de ce pont entre les ONG locales, internationales et l?État. Il est sain de s?interroger sur l?efficacité de son action, sur son utilité, de se remettre en cause pour mieux servir. Mais il est stupide de s?autodétruire.

Qui aurait intérêt à tuer le Macoss ?

Des jaloux, des frustrés dont le Macoss ne veut pas. Ils n?attendent qu?une chose : accéder à un bon poste dans un nouvel organisme.

De quoi manque le secteur pour mieux fonctionner ?

En priorité, d?un cadre légal et administratif plus clair. Les premiers résultats des audits en cours (ces études seront publiées en septembre, NdlR) vont en ce sens. Les règlements qui régissent l?ensemble du secteur sont dépassés, il faut donner un bon coup de balai. En clair : fixer des nouveaux paramètres, un code d?éthique et des règles de bonne conduite.

Un discours rebattu mille fois. Vous pouvez être plus précis ?

Je prends un exemple : une ONG ne devrait pas pouvoir opérer sans rendre compte de ses projets. Aujourd?hui, vous griffonnez n?importe quoi sur un bout de papier, vous l?envoyez à une organisation internationale et le tour est joué : vous recevez une invitation pour participer à telle ou telle conférence. Certains abusent de ces voyages. Un déplacement à l?étranger doit pouvoir se justifier. Par ailleurs, d?autres recommandations insistent sur la nécessité de clarifier la politique fiscale de l?État.

N?est-ce pas là l?occasion de clarifier aussi le domaine d?intervention de chaque ONG ?

Absolument. Si vous demandez à une ONG sa mission, elle vous répond qu?elle intervient dans dix domaines, l?enfance, le handicap, la pauvreté? bref, dans tout et n?importe quoi. L?absence de ligne directrice est dommageable. Cela rend impossible le travail en réseau. Dans cette optique, l?intention du Macoss est de délimiter le rôle de chacun.

Cette démarche s?inscrit dans une vaste refonte du secteur.

Les ONG doivent se réinventer pour mieux servir. Cette réforme est en marche. La transparence des comptes est également un point sensible? Pour ma part, je souhaite que les comptes des associations soient rendus public, et pas simplement soumis au Registrar en fin d?année.

Quid de la formation ?

Bien entendu, elle est concernée par cette restructuration. Trois axes me semblent importants : former à la présentation de projets,à l?organisation de levée de fonds et à une gestion plus rigoureuse de l?administration générale.

Où en est justement le projet de « NGO Academy » ?

Un dossier a été soumis au ministère de la Sécurité sociale il y a quatre ans. Depuis, rien. Mais je ne veux pas être trop pessimiste. L?évaluation actuelle du secteur est une bonne chose. Une fois que les besoins des associations seront clairement définis, je suis sûr que le projet de NGO Academy se décantera.

À l?instar de l?ex-président du Macoss, certains dénoncent l?institutionnalisation des ONG. Vous les rejoignez ?

C?est Satish Boolell, c?est sa méthode. Il aime provoquer, tout le monde le sait. Mais cela ne me gêne pas, au contraire.

La provocation, bien souvent, permet d?obtenir des résultats. Moi, j?essaye d?encourager, d?emmener tout le monde dans la même voie. C?est une question d?approche. Cette parenthèse refermée, oui, l?indépendance doit être la clé de voûte. Et ce, même si nous avons besoin de la coopération de l?État. Les ONG doivent savoir garder leurs distances avec la politique, leur indépendance et leur crédibilité sont en jeu.

D?accord pour la théorie. Mais quels sont les rapports que les ONG entretiennent avec les acteurs politiques et comment conservent-elles leur indépendance ?

Ces rapports se jouent à deux niveaux. D?une part, les politiciens savent séduire le monde associatif. Jouer la carte de la proximité, amadouer, faire semblant, soigner leur image ; tout ça ils savent faire. Cela fait partie de leur travail. D?autre part, les associations elles-mêmes sont en de-mande. Tout simplement parce que cette proximité leur permet d?obtenir une visibilité médiatique.

Dans ces conditions, une ONG peut-elle mener une action pleinement neutre et indépendante ?

Non, c?est impossible. Mais ces comportements sont enracinés. Moi, je n?ai pas de baguette magique. Sur le terrain, j?essaie de sensibiliser les uns et les autres.

Des élections au Macoss sont programmées pour le 4 août prochain. Vous serez candidat à votre succession ?

Mon premier souhait est de voir une femme à la tête de l?institution. Elles sont nombreuses dans le secteur du social, alors pourquoi pas à la tête du Macoss ? Ce serait une première. De plus, je ne suis pas favorable aux mandats qui s?éternisent. La présidence du Macoss est un travail à plein temps. Vous soulevez les fardeaux du pays et vous les mettez sur vos épaules. C?est lourd?

Qu?est-ce qui vous révolte le plus aujourd?hui ?

Le manque de considération à l?égard des ONG. Vous n?imaginez pas le travail qu?elles abattent, dans des conditions souvent déplorables. Les décideurs politiques, les médias, l?opinion d?une manière générale, n?ont pas conscience de cela.

Et ce qui vous satisfait le plus ?

Justement, cette richesse, notre seule matière première : la volonté.

EN CHIFFRES

7 000 associations sont répertoriées auprès du Registrar of Associations.

500 de ces associations, soit 7 %, sont engagées dans l?action sociale.

240 de ces ONG sont membres du Macoss.

4 800 volontaires ?uvrent au sein de ces organisations.

L?ARGENT DU MACOSS

Les recettes annuelles du Mauritius Council of Social Services proviennent essentiellement de quatre sources. Avec, par ordre d?importance : l?État, les institutions étrangères, le secteur privé mauricien et les ONG locales.

Outre la cotisation des ONG membres du Macoss (Rs 24 000), les frais de fonctionnement cet organisme sont couverts exclusivement par l?État, qui alloue une enveloppe de Rs 2,5 millions. La moitié de cette somme (Rs 1,25 million) paye le salaire des sept employés du Macoss.

Les Rs 1,25 million qui restent sont réparties équitablement entre les frais de communication (Rs 625 000 pour les réunions, le courrier, le téléphone, etc.) et les frais administratifs (Rs 625 000 pour la maintenance, le transport, la formation, etc.). Pour financer ses projets, le Macoss dispose de deux autres sources de revenus. D?une part, les institutions internationales, telles que les Nations Unies ou l?Union européenne. Leur contribution, cependant, est variable. Elle peut être nulle une année et atteindre quelques millions l?année suivante, car tout dépend des projets présentés. Enfin, les dons du secteur privé représentent environ Rs 250 000 par an.

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