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Duel au sommet
«La page est tournée. Nous avons été élus sur la base d?un mandat déterminé. Sa réalisation est notre priorité. Pour-suivons le travail déjà engagé. » Ces paroles conciliantes sont de Christian Léopold, le président, du Mouvement rodriguais (MR), après une des premières secousses que le MR a vécue depuis son installation au gouvernement régional de l?île.
Cependant, Christian Léopold a tort de croire que Johnson Roussety, le chef commissaire, est sur la même longueur d?onde que lui, comme en témoignent ses propos recueillis vendredi matin. « Je vais régler ça avec Nicolas Von Mally dès la prochaine réunion du parti et je vais rapporter certains faits. Nicolas Von Mally est un outsider au fonctionnement du gouvernement régional. Par conséquent, il n?est pas au courant de certains éléments confidentiels. J?ai agi en tant que chef commissaire et dans l?intérêt de Rodrigues. Je suis un patriote. Le reste m?importe peu. »
Le malaise s?est donc bien installé au sein du MR après que le leader, Nicolas Von Mally, s?est dissocié de la réaction de Johnson Roussety, par rapport au discours du budget 2007-2008.
Ce dernier a trouvé insuffisant le montant de la dotation budgétaire 2007-2008 pour le développement de Rodrigues. Il a estimé que la révision à la baisse des propositions budgétaires de l?Assemblée régionale, de Rs 325 millions à Rs 275 millions, n?est pas justifiée et qu?elle ne permettra pas à Rodrigues de rattraper son retard en matière de développement. Et Johnson Roussety n?a pas ménagé ses critiques à l?égard de Rama Sithanen.
Dans le même souffle, il a fait état d?un incident qui se serait déroulé le jour où il rencontrait ce dernier dans le cadre des consultations pré-budgétaires. Le chef commissaire soutient que Rama Sithanen lui aurait reproché d?avoir déclaré qu?il (Rama Sithanen) aurait dû avoir mis à exécution son intention de démissionner.
L?impression d?avoir été blessé
Le leader du MR a publiquement indiqué que la déclaration de Johnson Roussety n?engage que celui-ci. « Il n?y a pas de mal à préciser le fait que, lorsqu?il a fait part de ses sentiments concernant le discours du budget 2007-2008, Johnson Roussety ne le faisait pas en tant que porte-parole officiel du Mouvement rodriguais. Le chef commissaire a le droit d?avoir une opinion et surtout la liberté de l?exprimer. Cependant, lorsque cette liberté d?expression entre en conflit avec la ligne du parti, il est de mon devoir de le souligner, sans aucune intention de causer de préjudice à quiconque. La question de conflit de personnalités ne se pose pas. »
Mais les tractations pour ramener Johnson Roussety a de meilleurs sentiments n?ont pas eu l?effet escompté. De par son ton, le chef commissaire donne l?impression d?avoir été profondément blessé par le désaveu de son leader. « Je suis découragé, non pas au niveau du groupe, mais au niveau du parti. » Il trace une ligne de démarcation claire et nette entre le rôle du gouvernement régional, sa fonction de chef commissaire, et son importance au sein du MR.
« Je fais partie d?un groupe régional d?où j?ai émergé comme leader. Si le MR a remporté les élections régionales, c?est un peu sur la base de mes stratégies politiques personnelles, et je vais prendre position lorsque la situation le commande. Dans l?opposition comme au gouvernement, j?ai gardé la même ligne de conduite : lorsque j?ai quelque chose à dire, je le fais. J?ai un mandat qui expire en 2011 et je dois effectuer une révolution économique à Rodrigues pour faire en sorte que chaque Rodriguais devienne propriétaire. La majorité des commissaires me soutiennent. Il y a deux jours, nous avons discuté de ce problème. Je laisse à Nicolas Von Mally la responsabilité d?utiliser la presse pour me juger. On ne s?est pas parlé », a affirmé Johnson Roussety.
Nicolas Von Mally soutient, quant à lui, qu?il ne veut pas en faire un conflit de personnes. Il soutient que des commissaires ont été délégués auprès de Johnson Roussety pour l?inviter à suivre la ligne de conduite du parti. Le leader du MR souligne que si le parti était au courant de l?incident allégué au bureau de Rama Sithanen, d?autres moyens auraient pu être trouvés pour régler ce différend.
Nicolas Von Mally rejette par ailleurs l?argument de ceux qui l?accusent de n?a-voir pas défendu l?intérêt de Rodrigues par rapport au discours du budget.
« Johnson Roussety et moi, nous sommes sur la même longueur d?onde concernant le montant du budget. Cependant, il y a d?autres moyens de se rattraper, comme par exemple au moment du vote pour l?allocation de budgets additionnels. Il n?est pas interdit d?intervenir directement auprès des ministères qui sont bien disposés à contribuer au développement de Rodrigues. Cependant, il faut de la diplomatie. Le développement de l?île sera certainement compromis si Rodrigues est en situation de conflit avec Maurice. C?est ce que je voulais éviter. Nous y sommes parvenus. Il faut se mettre au travail », soutient-il.
Ne pas céder un pouce de terrain
Mais Johnson Roussety ne veut pas céder un pouce de terrain par rapport à sa prise de position : « Les Rodriguais sont très mécontents de l?attitude de Rama Sithanen à leur égard. Même un syndicat a jugé bon de prendre position contre lui. D?autres mouvements, dont des ONG vont exprimer leur mécontentement. »
Invité à se prononcer sur la teneur des propos du chef commissaire, Christian Léopold a fait la déclaration suivante : « Je n?ai pas de commentaires à faire à ce sujet. »
Johnson Roussety s?est peu à peu imposé comme un leader politique local incontestable. En raison de sa forte personnalité et de son ascension rapide, il n?aurait pas été déraisonnable d?imaginer qu?un jour ou l?autre un conflit surviendrait au sein du MR. Ce que l?on ne sait pas, c?est ce sur quoi il débouchera.
DES RELENTS DE DEJA-VU
La crise que traverse le MR, n?est pas nouvelle dans le paysage politique de l?île. En avril 2006, l?Organisation du peuple de Rodrigues a connu des remous dont l?origine est presque la même que celle qui agite le MR actuellement. Lors d?une entrevue accordée à l?express Rodrigues, Serge Clair, leader et chef commissaire d?alors, avait critiqué certains commissaires en les qualifiant « d?indisciplinés ». Ce qui avait créé un profond malaise.
En juillet 2006, on devait assister à la démission de l?un d?entre eux, Robertson Mercure, et au passage de ce dernier et de Marie Lindsay Castel au MR. Ce parti profite alors de l?aubaine, constitue une majorité et prend le contrôle de l?Assemblée régionale. Lors des élections régionales, l?électorat confirme l?installation du MR aux commandes.
Un peu plus d?un an après, un scénario presque semblable se réalise. Nicolas Von Mally, leader du MR, désavoue John Roussety, le chef commissaire, dans la presse. Ce dernier digère mal la façon de faire de son leader et le fait savoir. La différence entre les deux incidents, c?est que dans le cas présent, c?est le chef commissaire qui est en désaccord avec son parti.
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