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Plus de 80 chevaux sous-évalués
Le monde hippique continue de retenir son souffle. Tous attendent les conclusions des officiers de la Customs Investigation Unit (CIU), revenus il y a peu d?Afrique du Sud. Ces derniers s?y étaient rendus pour comparer les déclarations de prix d?achat des propriétaires mauriciens aux documents originaux détenus par les autorités sud-africaines.
Mais déjà, il semblerait que plus de 80 chevaux, importés depuis ces quatre dernières années, auraient été sous-évalués. Les enquêteurs, qui s?intéressent de près aux conditions d?achat de ces bêtes, pourraient être entendus cette semaine.
C?est justement la sous-facturation d?un certain nombre de chevaux achetés en Afrique du Sud qui a poussé la CIU à diligenter une enquête sur l?éventuelle existence d?un réseau d?importation frauduleuse de chevaux. La Mauritius Revenue Authority estimait le manque à gagner pour les autorités douanières à Rs 25 millions depuis quatre ans.
D?aucuns pensaient que ces pratiques couvriraient un réseau de blanchiment d?argent. C?est ce qui a poussé des officiers de la CIU à se rendre dans plusieurs villes d?Afrique du Sud il y a trois semaines. Ils ont ainsi pu déterminer l?ampleur de la fraude avec l?aide de leurs homologues sud-africains. Quelque 500 chevaux ont, en effet, été importés durant ces quatre dernières années.
Une mission « riche en informations »
Cette enquête n?est pas sans rappeler celle initiée en 1996, et à l?issue de laquelle le Mauritius Turf Club (MTC) s?était vu infliger une amende de quelque Rs 6 millions. C?est à la suite de cette condamnation que l?instance a décidé de laisser les propriétaires d?écuries procéder eux-mêmes à l?achat des chevaux, même si le permis d?importation demeure au nom du MTC.
La mission sud-africaine, laisse-t-on entendre du côté des enquêteurs, a été « riche en informations ». « Les renseignements obtenus des documents relatifs à l?importation de chevaux nous ont permis de mieux comprendre les mécanismes utilisés par les importateurs de chevaux à Maurice », sous-entend un enquêteur proche du dossier, sans donner plus de détails.
De retour à Maurice, les officiers de la CIU ont comparé les prix d?achats aux prix déclarés par les propriétaires de chevaux au MTC. « Nous poursuivons cet exercice et il est possible que nous entendions certains propriétaires pour obtenir des éclaircissements », explique-t-on aux Casernes centrales.
Les officiers qui se sont récemment rendus en Afrique du Sud ont, par ailleurs, été intrigués par le prix d?achat de quelque 80 chevaux. Les prix de ces bêtes varieraient entre 20 000 et 28 000 rands (entre Rs 90 000 et Rs 127 000 environ). Ce qui, selon les enquêteurs, serait largement en dessous de la valeur réelle de ces bêtes dont la plupart sont destinées aux courses hippiques. « Ces chiffres nous semblent très en dessous des prix pratiqués sur le marché. Cela ne veut toutefois pas dire qu?il y aurait des irrégularités dans tous ces cas. Mais nous nous devons de vérifier toutes ces informations », nous a-t-on confié.
Il arrive, en effet, parfois que des propriétaires reçoivent des chevaux en cadeau ou en achètent à des prix dérisoires. Cela en raison de leur rapport « privilégié » avec les éleveurs. Ce que confirment certains propriétaires de chevaux qui affirment entretenir des très bonnes relations avec les éleveurs sud-africains depuis plusieurs décennies. « Certains d?entre nous importent des chevaux d?un éleveur de père en fils. Il arrive effectivement que des bêtes soient vendues à des prix dérisoires ou même données. Cela n?a rien d?illégal », se défend un propriétaire en vue au Champ de Mars.
Du côté du MTC, l?on explique n?être pas au courant des détails de l?enquête tout en réitérant l?entière collaboration de cet organisme avec la police. « Le MTC organise l?importation des chevaux pour le compte des propriétaires pour des raisons pratiques. Cela a d?ailleurs été décidé par l?État. Notre champ d?action est très limité. Les propriétaires nous communiquent les prix auxquels ils ont acheté leurs chevaux et nous remettons ces chiffres aux autorités compétentes », nous laisse-t-on entendre du côté du MTC.
Et de faire ressortir que cet organisme ne dispose d?aucun moyen pour vérifier la véracité des déclarations d?achat faites par les importateurs.
De gros bookmakers pourraient être impliqués
Une réunion regroupant les propriétaires d?écuries devrait être organisée très bientôt pour les tenir au courant du déroulement de l?enquête. « Nous leur avons demandé de coopérer pleinement avec les autorités afin que cette affaire soit réglée au plus vite », souligne un cadre du MTC.
Pour les propriétaires de chevaux ainsi que les amateurs de courses hippiques, cette enquête vient une fois de plus jeter le discrédit sur ce « sport noble ». « C?est un sport qui brasse certes énormément d?argent, mais ce n?est pas une raison pour y associer toutes sortes de maux. S?il y a eu des irrégularités, elles ne concernent qu?une infime minorité. Il ne faut surtout pas généraliser, au risque de mettre en péril tout un secteur », déclarent l?un des propriétaires mécontents de la mauvaise publicité faite par l?enquête en cours. D?autant qu?ils ne manquent pas une occasion de faire ressortir que les courses hippiques rapportent beaucoup d?argent à l?État.
Les enquêteurs maintiennent, par ailleurs, leurs soupçons quant à l?existence éventuelle d?un réseau de blanchiment d?argent grâce à l?importation de chevaux. De gros bookmakers, apprend-on, pourraient être impliqués.
En attendant les premières convocations aux fins d?interrogatoire, le petit monde de l?hippisme attend, fébrile?
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