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«Le prix du riz va augmenter»

7 juillet 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Augmentations, augmentations, on n?en finit pas, les gens peinent à joindre les deux bouts. Pourquoi ? </B>

Les gens sont probablement en train de comparer les prix à ceux pratiqués il y a cinq ans. Il ne faut pas oublier qu?entre-temps, le prix du pétrole a beaucoup augmenté. Cette hausse des prix est répercutée dans le monde entier et pas qu?à Maurice puisque les fabricants augmentent leurs prix à la base. Un autre facteur est le prix du fret qui a pris l?ascenseur et cela a des répercussions sur les prix.

● <B> Mais il semble que les indicateurs économiques ne sont plus au rouge mais cela n?est pas répercuté au niveau du pouvoir d?achat. Comment l?expliquez-vous ? </B>

Il faut séparer la croissance et l?inflation parce que ce sont deux indicateurs totalement différents même s?ils sont finalement liés. Eventuellement avec une meilleure croissance, nous allons voir une baisse dans les prix quand ils commenceront à se stabiliser.

● <B> Dans combien de temps pensez-vous que les prix vont se stabiliser ? </B>

Dans un an ou deux, je pense. Il faut dire qu?il y a eu moins de hausse dans les prix cette année relativement à l?année dernière sauf pour quelques produits populaires comme le lait et le riz.

● <B> Pourquoi est-ce le cas, justement ? </B>

C?est conjoncturel à cause de la sécheresse en Australie et pour des facteurs géopolitiques. Par exemple, l?Iran, à un certain moment, stockait beaucoup de riz à tel point que le Pakistan a cessé d?exporter le riz. Dans les six prochains moins, vous allez voir que non seulement le prix du riz va augmenter mais aussi que certaines marques de riz vont disparaître de nos étagères.

● <B> Pourquoi est-ce que la stabilisation de la roupie n?a pas d?effets sur les prix ? </B>

La roupie est encore en train de déprécier mais plus lentement car sinon on aurait senti l?effet de sa dépréciation accrue encore plus. Je pense que le gouvernement a très bien fait de nommer une commission monétaire indépendante pour mesurer quel compromis faire entre la roupie forte et la roupie faible.

● <B> Quand le prix du lait a pris l?ascenseur, un importateur estvenu de l?avant avec du lait qui vient d?Uruguay et d?Argentine et qui se vend à des prix raisonnables. Est-ce à dire que vos fournisseurs ne prennent pas la peine d?aller vers les exportateurs les moins chers ? </B>

Mais depuis la sécheresse en Argentine, ce pays a imposé une taxe sur l?exportation pour décourager l?exportation du lait parce qu?il en a aussi besoin et donc vous ne trouverez plus de ce lait sur le marché local. Mais il est vrai que la provenance d?un produit affecte le coût ; une ferme en Australie n?a pas les mêmes frais qu?une ferme en Argentine mais la question est : les Mauriciens aimeront-ils les produits de ces pays ?

<B>Les importateurs importent des produits selon quels critères ? Prix ou goût ? </B>

Je pense que vu le marché, le critère prix est plus important mais après il faudra aussi voir si le goût plaît.

● <B>Pourquoi est-ce que plusieurs marques de lait ont disparu de nos étagères ? </B>

D?abord il faut savoir que nous vendons le lait à perte dans le sens que j?ai 2 % de profit sur le lait mais mes coûts d?opération sont plus que 2 %. Mais je ne peux pas me permettre de ne pas vendre le lait. Mais au-delà de cela, avec le contrôle des prix, le prix du lait a baissé et cela est indéniable. Mais un an et demi après, avec la sécheresse en Australie, il y a des marques comme Drouen, Dolly, etc, qui ont décidé de ne pas venir à Maurice parce que la situation n?est plus intéressante. Ce qui fait qu?avec le contrôle des prix, les grandes marques ont renforcé leurs monopoles et dans un an, si nous continuons avec le contrôle des prix, il ne restera que trois marques de lait sur nos étagères et ils seront importés par une seule compagnie. Et la situation sera pire parce que s?il y a un problème avec la compagnie, il n?y aura pas de lait dans le pays. C?est la raison pour laquelle nous avons expliqué aux techniciens du ministère du Commerce que le contrôle des prix n?était pas dans l?intérêt des consommateurs mais ils pensent que nous sommes en train de bluffer.

● <B> Donc si nous enlevons le contrôle des prix, d?autres marques viendront ? </B>

Bien sûr parce qu?ils pourront alors faire des profits ? c?est la raison d?être d?une entreprise. Bien sûr on peut alors réglementer la marge des profits et ce serait une mesure acceptable.

● <B> L?argument selon lequel le gouvernement est en train de contrôler les prix jusqu?à ce qu?il vienne de l?avant avec le «Competition Bill», tient-il la route ? </B>

Mais entre-temps, on fait disparaître trois ou quatre concurrents !

● <B> Quelle différence pratique l?adoption du «Competition Bill» aura-t-elle sur le marché ? </B>

Je ne sais pas parce que nous n?avons pas reçu d?ébauche du projet de loi mais en substance la philosophie est qu?une entreprise ne peut pas avoir un monopole sur le marché. Mais le contrôle des prix entre-temps ne fait que renforcer le monopole.

● <B> Sommes-nous aussi victimes de l?étroitesse de notre marché ? </B>

Certainement. On parle d?encourager la production locale mais prenons l?exemple de la poudre de lessive. Il faut une machine pour la fabriquer, donc de l?investissement et la fabrication ne sera pas rentable si nous avons à produire que pour notre marché. L?Egypte par exemple a un gros marché et pourra donc investir plus et sera beaucoup plus efficiente que nous parce que son marché intérieur permet d?écouler ces produits. Nous avons pu avoir une zone franche, je pense qu?il faudrait songer à avoir une zone franche pour les produits manufacturiers qui permettra la fabrication locale de certains produits, ce qui fera baisser sensiblement les prix. Les PME et d?autres plus grandes entreprises ont tout à gagner si elles s?y mettent. Le gouvernement devrait les encadrer.

● <B> Au cas contraire, nous sommes condamnés à importer ? </B>

Tout à fait.

● <B> Nous demandons souvent aux gens de consommer local mais est-ce que la qualité des produits locaux est bonne ? </B>

Certainement. Les biscuits, les produits en conserve, la poudre à lessive, les produits pour la vaisselle, etc rivalisent très bien avec les produits égyptiens.

● <B>Et le constatez-vous par la vente de ces produits ? </B>

Tout à fait.

● <B> Mais est-ce que les gens achètent à cause du prix ou à cause de la qualité ? </B>

Probablement parce que c?est moins cher parce qu?il n?y a pas encore ce déclic d?acheter mauricien chez les consommateurs.

● <B>La venue des grandes enseignes dans la grande distribution a-t-elle provoqué des changements ? </B>

Je crois qu?ils ont amené une certaine révolution dans la façon dont nous travaillons. Nous avons dû évoluer plus vite de la boutique traditionnelle au supermarché. Nous l?aurions fait mais peut-être avec un peu de retard. Avec nos nouvelles infrastructures, nous avons pu baisser nos coûts d?opération et en même temps, le consommateur est content parce qu?il a un one-stop shop.

● <B>Les prix pratiqués dans les différents magasins sont-ils comparables ? </B>

Oui parce que tous les supermarchés sont fournis à 75 % par plus ou moins par les mêmes fournisseurs. Donc nos fournisseurs nous donnent un prix recommandé que nous respectons plus ou moins. Mais dans les magasins Way par exemple, 1 000 produits différents sont constamment en promotion.

● <B>Ces promotions que les supermarchés font de temps à autre, ont-elles l?effet escompté ? </B>

Oui. Chez nous, nous avons une équipe qui travaille chaque mois. Mais nous nous assurons que chaque mois qu?il y ait des produits de base comme le riz, l?huile, la margarine, etc inclus dans la promotion

● <B>Est-ce que vous vendez à perte quand vous faites des promotions ? </B>

Très rarement. D?ailleurs je pense que le Competition Bill rendra illégale une telle pratique. Imaginons qu?une enseigne de grande distribution vende une centaine de produits à perte et fait de la publicité autour mais augmente sensiblement d?autres produits. Une telle pratique tuera le concurrent et cela s?appelle un predatory behaviour parce que l?on affaiblit le compétiteur et puis on l?achète.

● <B>Il y a beaucoup de produits que l?on trouve à l?étranger et pas ici. Comment ouvrir le pays aux étrangers dans ces cas ? </B>

Je crois que nous sommes en train de faire du progrès. Par contre j?ai remarqué que les touristes indiens ont des difficultés avec des produits végétariens et il faudrait peut-être nous assurer que nous puissions accéder à leurs demandes.

● <B>Ressentez-vous la perte du pouvoir d?achat des Mauriciens dans votre chiffre d?affaires ? </B>

Je remarque surtout qu?auparavant, ils achetaient des produits par habitude, maintenant, leur critère est le prix.

Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

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