Publicité
?Anahita a perdu du temps?
■ Comment vendre Anahita, IRS mauricien, alors que d?autres projets immobiliers de luxe sont sur le marché international ?
C?est toujours une question pertinente. Il y a énormément de compétition sur le marché international. Il faut pouvoir attirer l?attention de ceux qui peuvent acheter ce type de produit. C?est difficile. Anahita bénéficie du partenariat avec le prince Al Waleed et Four Seasons, ce qui appelle l?attention. Nous faisons énormément de marketing direct. Nous avons une banque de données de personnes capables d?acheter, à qui nous envoyons des infos. Nous travaillons aussi beaucoup avec la presse internationale pour qu?on parle du projet et atteindre les intéressés. Avec notre site web, nous avons établi pas mal de contacts.
■ Quels sont les pays que vous visez ?
Surtout l?Angleterre, la France, l?Inde, et l?Allemagne, où l?on commence à accentuer notre campagne. Ce sont les marchés touristiques des clients classiques de Maurice, excepté l?Inde. Ce n?est pas un de nos marchés traditionnels, mais il y a des affinités avec Maurice. Et les investisseurs indiens ont les moyens d?acheter dans le projet.
■ Les IRS sont une nouvelle expérience. Comment minimisez-vous les risques ?
Il y a plusieurs types de risques. D?abord le risque professionnel. On s?assure qu?on a des gens qui savent ce qu?ils font. Par rapport aux risques financiers, il faut avoir les ?reins solides?. La structure financière n?est pas fa-cile, avec les coûts de cons-truction qui grimpent. Le coût est un aspect important. Il ne peut y avoir de petit dérapage. Un dérapage est obligatoirement gros. Tout ce que nous pouvons faire, c?est planifier au mieux pour être couverts.
Le dernier risque, c?est le risque politique, qui n?est pas sous notre contrôle. Heureusement, Maurice est stable à ce niveau.
■ Avez-vous rencontré des difficultés spécifiques dans le développement d?Anahita ?
Oui. Il y a eu l?histoire des pêcheurs qui ont arrêté le projet plusieurs mois, ce qui a entraîné des coûts.
C?est une nouvelle industrie, un nouveau métier. Ce n?est pas aussi simple que de construire un hôtel. Il existe un volet légal et un aspect financier important comprenant le coût de la construction. En dernier, on a un autre aspect peu visible mais qui a un grand impact : la capacité de construire.
?Nous sommes dans la deuxième phase du projet et, (...) avec le Four Seasons, on peut parler de deux différents projets. Pour atteindre la masse critique, on en a pour encore deux à trois ans.?
■ Est-ce que vous faites référence au nombre restreint d?opérateurs ?
Surtout à la capacité même de construction. Récemment, il y a eu beaucoup de chantiers et pas assez de capacité. C?est sans parler du problème de barres de fer qui nous a causé pas mal de retard. Ces problèmes ont amené des coûts obligatoires. Dans ce genre de projet, le temps c?est de l?argent, surtout s?il y a des retards au jour de livraison. On se protège par rapport au volet légal par des clauses dans les contrats mais chaque retard amène des coûts.
■ Anahita devrait recevoir ses premiers habitants cette année. Avez-vous déjà atteint la masse critique en termes de vente ?
On est loin de la masse critique. Nous sommes dans la deuxième phase du projet et, en quelque sorte, avec le Four Seasons, on peut parler de deux différents projets. Pour atteindre la masse critique, on en a pour encore deux à trois ans.
Nous avons perdu pas mal de temps. On devait avoir livré les premières unités d?ici octobre. Elles devraient maintenant être livrées en décembre.
■ Au cas où cette masse n?est pas atteinte, avez-vous un plan B ?
Si cette masse critique n?est pas atteinte, on met la clef sous le paillasson, les ban-ques saisissent et on a tous un gros problème. Il nous faut au moins arriver au break even. Les investissements et les infrastructures nécessitent qu?on arrive à la masse critique.
■ Le budget insiste sur la contribution sociale des IRS. Anahita avait déjà entrepris de telles démarches. Pourquoi, en tant qu?entreprise privée, autant d?intérêt pour l?intégration sociale ?
Nous avons toujours prêché qu?on ne peut pas faire du développement durable sans trois facteurs :
Un, le facteur économique. Un investisseur doit faire un profit normal. Il ne s?attend pas à des profits monstres, mais à une marge qui corresponde au risque qu?il prend.
Deux, l?environnement. Si on ne s?en occupe pas, cela risque de se retourner contre soi. Un projet peut revenir plus cher. Il faut absolument faire attention à ce qui est autour de soi.
Trois, la communauté. Si la communauté aux alentours ne se sent pas partie prenante, c?est un problème. Le développement d?Anahita concerne ces trois parties. Il faut faire des profits mais il faut aussi faire attention à comment on fait les choses et impliquer les gens autour.
Il ne faut pas que quand un client ou acheteur sort d?Anahita, il se sente mal reçu ou visé. Anahita n?est pas une prison.
L?expérience des hôteliers et des grands hôtels mauriciens comme le Saint Géran montre que ce ne sont pas les murs qui comptent. Le succès du tourisme mauricien dépend des gens qui travaillent dans le tourisme.
■ On a beaucoup parlé du ?Centre for Excellence?. Dans le concret, en quoi Anahita participe-t-il à l?intégration sociale de la région ?
D?abord le centre a un volet recrutement et formation qui nous aide à trouver et à identifier les personnes capables. En les recrutant, nous nous assurons que ces gens qualifiés ne travaillent pas ailleurs. Nous avons aussi réalisé que les personnes capables ne sont pas physiquement là où nous en avons besoin. Le centre nous permet d?amener les gens proches à un niveau employable. C?est bon pour nous et pour eux. Il leur sera possible de trouver un emploi ailleurs, par exemple dans un hôtel voisin.
Par rapport au social, on veut identifier les poches de pauvreté où d?autres problèmes tels que la drogue ou l?alcool existent. On veut voir comment, avec d?autres organismes, on peut aider à régler les problèmes sérieux.
Le troisième rôle du centre est d?encourager les habitants à se structurer. Nous allons, par exemple, travailler avec PricewaterhouseCoopers pour aider les petites et moyennes entreprises (PME) à se structurer pour les amener à Anahita. On ne va pas pouvoir tout faire, il nous faudra sous-traiter. Trois-quarts des PME n?arrivent pas à tenir sur le long terme parce qu?elles sont mal structurées.
■ Ne faut-il pas s?assurer que les produits proposés par les PME sont à la hauteur de l?image de marque d?Anahita ?
Nous allons les aider, les former et les guider dans les grandes lignes par rapport à nos attentes. Il ne faut pas avoir des attentes démesurées quant à la réalité. Cela va prendre du temps et du travail pour amener à développer la qualité. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais se construira perpétuellement dans le temps.
n Vous parlez des ?murs? des hôtels. Les grands projets IRS ne risquent-ils pas de devenir ce que des détracteurs appellent des ?ghettos de riches? entourés de ?ghettos de pauvres? ?
Oui, on utilise ces termes, mais pourquoi ?ghettos? ? Les clients d?Anahita en auront pour leur compte avec les facilités qu?on offre, mais cela ne veut pas dire que la communauté autour n?en profitera pas.
C?est vrai qu?il y aura des riches dans des endroits traditionnellement pauvres, mais cela veut aussi dire que ces gens iront dans tous ces endroits pour acheter des produits. Sur le long terme, cela peut rehausser l?économie de la région et générer des revenus.
?Il ne faut pas prendre les IRS comme le Messie. Ils ne vont pas régler les problèmes sociaux et économiques de Maurice. Le gouvernement veut faire quelque chose de bien, accroître les pôles.?
■ On reproche aux IRS de ne créer que des emplois peu qualifiés. Trouvez-vous cette critique justifiée ?
Non. On va chercher tous types de gens, des ingénieurs informatique et des comptables, entre autres. Par exemple, pour travailler au terrain de golf, les employés auront beaucoup à apprendre : comment tondre le gazon et manipuler des équipements très chers. Un parcours de golf n?est pas un stade de football. Les employés de la maintenance aussi devront être qualifiés et avoir un savoir-faire Les emplois ne seront pas que des ?low cost?, il y aura toute une variété.
■ On a l?impression que les IRS sont présentés comme une sorte de planche de salut pour le pays. Qu?en pensez-vous ?
Il ne faut pas prendre les IRS comme le Messie. Ils ne vont pas régler les problèmes sociaux et économiques de Maurice.
Le gouvernement veut faire quelque chose de bien, accroître les pôles de l?île Maurice. C?est une phase de changement; du sucre et du textile, à de nouvelles activités, notamment l?externalisation, le seafood hub et les IRS. C?est comme une table qui avait quatre pieds et qui maintenant en a huit. Si un de ces pieds tombe, la table tiendra toujours.
■ Il sera possible de s?engager dans des développements sur des terrains plus petits, à partir de dix hectares. Ce deuxième type d?IRS risque-t-il de diminuer l?image de prestige des ?grands? IRS ?
Il faut toujours faire attention à ce qu?on fait à long terme pour ne pas rabaisser l?image du pays. Le Board of Investment sera là pour jouer un rôle important au niveau des différents projets. Avoir un projet moins cher ne veut pas nécessairement dire baisser la valeur des projets. Nous avons bien des hôtels deux étoiles.
Propos recueillis par Sharon SOOKNAH
Publicité
Publicité
Les plus récents