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Le tour du monde en 358 jours
On ne l?attendait plus. Ce qui devait être un pèlerinage de neuf jours à la Mecque s?était transformé en un « exil » de pratiquement un an. Mais Cehl Meeah a finalement regagné Maurice la semaine dernière, et il s?est mis à la disposition des autorités qui l?attendaient depuis longtemps. En effet, certains aux Casernes centrales parlent d?une « partie de cache-cache » entre Cehl Meeah et le surintendant Prem Raddhoa le chef de la Major Crimes Investigation Team (MCIT).
Pourtant, le personnage, tel que le connaissent les Mauriciens, n?est pas vu de la même façon à l?étranger. Car Cehl Meeah est diplômé en jurisprudence islamique et il est perçu comme une autorité par les instances islamiques mondiales. C?est ainsi qu?il sera amené à voyager à travers le monde, animant tantôt un séminaire sur l?islam, tantôt une émission de télévision. En 358 jours, Cehl Meeah aura parcouru les pays arabes, en passant par l?Extrême-Orient ou encore l?Amérique latine.
Ce tour du monde s?est déroulé sur fond de contentieux entre le leader du Front solidarité mauricien (FSM) et Prem Raddhoa. La poignée de main entre les deux protagonistes en a surpris plus d?un, car c?est le refus d?être confronté à Prem Raddhoa qui avait provoqué l?exil de Cehl Meeah jusqu?à ce jour. Toutefois, face à l?accueil que lui a réservé le chef de la MCIT, le leader du FSM s?est dit « ravi » d?être rentré.
<B>La peur le pousse à l?exil</B>
Ce nouveau Cehl Meeah a de quoi étonner. À la mention de son nom, tous ont plutôt en mémoire l?attentat de la rue Gorah Issack, lors de la campagne municipale de 1996. Sans parler de l?incarcération de Cehl Meeah, qui avait fait l?objet de vives controverses. Car dans plusieurs dépositions, le leader du FSM a allégué avoir été « torturé » par l?équipe de Prem Raddhoa, au point d?en développer une frayeur. C?est justement cette peur qui le pousse à l?exil, il y a pratiquement un an.
En effet, le 7 juillet 2006, deux suspects arrêtés dans le cadre du braquage d?une bijouterie impliquent directement Cehl Meeah. Ce dernier se trouve alors en pèlerinage à la Mecque. Aujourd?hui, il confie que « la façon dont les allégations avaient été portées contre moi m?a effrayé. Deux ans après ma libération, j?ai changé. Et fort de mon innocence, j?ai essayé de tout entreprendre pour refaire mon image ».
Sa décision est prise, Cehl Meeah dé-cide de ne pas rentrer au pays. « Je ne pouvais pas accepter d?être une nouvelle fois accusé. J?étais consterné, humilié et dégoûté », avoue le leader du FSM. « Et c?est ainsi que j?ai recherché l?asile politique en Arabie Saoudite, à Brunei, au Japon et en Angleterre. J?ai obtenu des réponses positives partout où j?ai soumis un dossier. »
Ces réponses ont surpris plus d?un. Personne n?avait idée du « rayonnement » de ce personnage sur le plan international. Certains avaient même, à un moment, soutenu que Cehl Meeah aurait eu un passeport diplomatique d?un pays arabe. Chose qu?il a démentie lors de sa conférence de presse, jeudi dernier, entouré de ses avocats, Nicolas Cook et Raouf Gulbul.
Mais ce n?est pas pour autant que Cehl Meeah ne jouit pas d?une attention particulière des autorités islamiques mondiales. « Les organisations saoudiennes dépêchent régulièrement des prêcheurs aux quatre coins du monde, et elles m?ont recommandé pour prêcher pendant le mois du ramadan et la prière de l?Eid au Japon, raconte-t-il
Au Japon, dans la ville de Nagoya, j?ai animé la prière devant plus de 4 000 personnes. Puis, j?ai assisté à une conférence à Kuala Lumpur, en Malaisie. » Cehl Meeah se déplacera ensuite au sultanat de Brunei où il restera pendant un mois.
« Je suis passé par l?Afrique du Sud et je suis arrivé au Royaume-Uni le 23 novembre 2006. Je suis resté un mois là-bas, avant de revenir en Arabie Saoudite, puis de nouveau en Afrique du Sud. » Cehl Meeah est dès lors un globe-trotter.
En sa qualité de membre de l?International Interfaith Committee, basé à Londres, il fait aussi partie du comité de l?Islamic Human Rights Commission. Et c?est ce comité qui avait décidé de l?envoyer animer des séminaires en Amérique Latine, notamment au Brésil, au Chili, au Pérou, en Bolivie et en Argentine. Mais les services et l?autorité en matière islamique ne sont pas demandés que pour les prières, séminaires et autres conférences. Cehl Meeah s?est aussi découvert des talents d?animateur de télévision.
<B>Préserver la réputation de Maurice</B>
« En revenant en Angleterre, vers fin janvier 2007, j?ai animé pendant deux mois une émission, sur le thème Coranic science building the human character sur Islam Channel, captée dans plus de 75 pays », relate-t-il. Mais pendant tout ce temps, Cehl Meeah aura le regard braqué sur sa situation au pays. Car c?est à ce moment qu?il apprend que le Home Office anglais accepte sa demande d?asile politique. Mais sur les conseils de ses avocats, il n?acceptera pas, et continuera à négocier des « assurances » pour rentrer.
Selon ses avocats, une telle démarche était motivée par le souci de préserver la réputation de Maurice dans l?opinion internationale. « Je ne voulais pas que l?ima-ge du pays soit ternie en acceptant une proposition d?asile politique. Cela aurait eu un effet néfaste pour Maurice, qui veut se vendre comme une destination touristique. » Ainsi, finalement, le choix de rentrer au pays de Cehl Meeah a désamorcé une situation qui gagnait en intensité au fil des mois.
Personnage public hautement controversé alors qu?il était le leader du mouvement politico-religieux Hizbullah, Cehl Meeah dit aujourd?hui avoir changé. « C?est un nouveau chapitre qui s?ouvre. À l?étranger, je ne suis perçu ni comme un fondamentaliste ni comme un extrémiste », déclare-t-il.
QUESTION À CEHL MEEAH
<B>« Je suis un missionnaire de la paix »
<B>Quel est votre état d?esprit actuellement ? </B>
Je me sens encore plus encouragé à vivre dans mon pays natal et à agir comme un vrai Mauricien au service de la nation. Cela est dû au changement drastique et remarquable dans le concept même de la politique de la Major Crimes Investigation Team (MCIT). L?attitude et le comportement des enquêteurs, depuis mon arrestation à l?aéroport jusqu?à la fouille à la maison, ont été exemplaires.
<B>Pourquoi être revenu à Maurice maintenant ? </B>
Mon retour a été motivé par mon avocat, Nicolas Cook, Queen?s Counsel. Depuis le début de l?affaire concernant le cambriolage de la bijouterie Bijoulux, ce dernier a tenté de se libérer de ses engagements professionnels pour qu?il puisse m?accompagner à Maurice. Il a finalement pu le faire entre le 22 et le 29 juin. J?ai estimé qu?il fallait que je suive ses conseils. Mon retour était très important car il fallait absolument refaire l?image de Maurice qui avait été ternie au niveau international.
<B>On a souvent qualifié les douze mois que vous avez passés à l?étranger comme un exil. Les avez-vous vécus ainsi ? </B>
C?était effectivement un exil. Pour ma famille, cette séparation a été très difficile. Elle l?a vécue avec une tristesse accablante. Cela a été dur surtout, pour mes enfants et pour mon père, qui a 82 ans. Mon épouse, Bilkis, a dû élever nos enfants seule pendant tout ce temps.
<B>Comment s?est passée, pour vous, cette période où vous avez été loin du pays ? </B>
Au départ, j?étais parti pour un pèlerinage de huit jours en Arabie Saoudite. Quatre jours après mon arrivée dans cet État, voilà que j?apprends que des soupçons pèsent sur moi dans l?affaire du braquage de la bijouterie Bijoulux. C?est ainsi que j?ai décidé de retarder d?un mois mon retour au pays. J?ai confirmé la nature des allégations que j?ai trouvées insensées et j?ai ensuite pris contact avec les autorités saoudiennes pour obtenir une protection. D?abord à travers une extension de mon visa, et par la suite, par l?autorisation de faire une demande d?asile politique.
De là, je suis allé en Afrique du Sud pour rejoindre ma famille. Nous devions pren-dre une décision finale autour de cette affaire. Et j?ai contacté le ministre de la Justice, Rama Valayden, qui m?a assuré que mes droits seraient respectés si jamais je décidais de revenir au pays. Il m?a pressé de ne pas ternir l?image de Maurice à l?étranger. Mais le fait qu?il s?agisse d?allégations assez sérieuses, je devais prendre un conseil légal.
<B>Vous estimez aujourd?hui avoir une mission à accomplir à Maurice ? </B>
La population a réalisé ma bonne volonté lorsque j?ai changé le nom de mon parti qui s?appelle désormais le Front solidarité mauricien. Le fait que je sois membre de l?International Faith Committee et vu l?approche que j?ai adoptée, je me suis donné une nouvelle tâche : celle d?être un missionnaire de la paix. Pour moi, c?est un nouveau chapitre qui s?ouvre. Et Maurice sera témoin de la véracité de mes propos.
<B>La photo vous montrant en train de serrer la main d?Hurrydeo Raddhoa est assez étonnante. Comment qualifiez-vous désormais vos liens avec le patron de la MCIT ? </B>
Cette poignée de main est l?expression de mon sentiment face à la nouvelle approche de la MCIT. Cela témoigne de la gratitude que je ressens parce que je suis, plus que n?importe qui, en position de faire certaines comparaisons. J?ai autrefois été brutalisé mais maintenant, mes droits fondamentaux sont respectés. En serrant la main du patron de la MCIT, j?ai voulu témoigner de ma reconnaissance. La nouvelle attitude que la police a adoptée envers moi redore le blason de ce corps de métier.
<B>Vous avez pourtant été arrêté à l?aéroport?</B>
Je pense que la police n?a fait que respecter les procédures. Mais j?ai coopéré. C?est vrai que j?ai été un peu déçu au départ, mais je comprends que la police doit faire son travail et je respecte cela. Mais je peux donner l?assurance que les agents ont été si discrets que personne parmi les passagers, qui étaient pour la plupart des étrangers, n?a réalisé ce qui se passait. La police a fait preuve de respect pour l?uniforme, pour le pays et pour moi. Elle a été à la hauteur. J?ai aussi été touché d?avoir obtenu le droit d?être accompagné de mon avocat dans la fourgonnette qui nous transportait aux Casernes centrales. Il a pu assister à mon interrogatoire. De retour à Londres, il animera une conférence de presse où il racontera la façon dont les choses se sont déroulées. « Cette poignée de main est l?expressionde mon sentiment face à la nouvelle approche de la MCIT »
<B>Mais au final, vous avez tout de même été inculpé pour un délit, car vous avez eu à payer une caution pour être libéré?</B>
Toutes ces allégations portées contre moi ne tiennent pas debout. Il n?y a aucune preuve. La police n?a fait que respecter les procédures à suivre lorsqu?il y a des allégations. Je ne crois pas qu?elle ait suffisamment d?éléments pour soutenir les accusations. Je pense que le montant de la caution a été décidé en fonction de ma personnalité et de mon influence.
<B>Que vous reproche-t-on ? </B>
On me reproche d?avoir proposé aux cambrioleurs de la bijouterie Bijoulux d?utiliser la voiture dans laquelle ils voyageaient. Ces derniers ont aussi allégué que j?avais exigé qu?on me remette une partie du butin, c?est-à-dire Rs 50 000.
Sachez que j?ai suffisamment de contacts avec des organisations internationales pour qu?elles nous aident financièrement si jamais nous avons des difficultés pour gérer notre école, la Dar-Ul-Maaraif. Cette aide se ferait officiellement à travers le gouvernement, et ils sont au courant.
Nous avons d?ailleurs obtenu une enveloppe très conséquente de la Banque islamique de Djeddah. En outre, ceux qui me connaissent trouvent insensé qu?une personne comme moi aurait soi-disant eu besoin du butin d?un vol pour gérer notre mouvement. Je dois ajouter qu?au Japon, ils sont disposés à nous offrir une flotte de 15 véhicules d?une valeur totale de Rs 10 millions pour les déplacements des étudiants. Moi-même, qui assiste les défavorisés, je dépense environ Rs 50 000 par mois.
<B>Vous vous dites donc persécuté ? </B>
Je déplore effectivement cet état de choses. Je sens que j?ai été une victime malgré toute ma volonté d?être positif. Je fais un appel aux autorités pour me donner la chance de leur donner des preuves que je suis effectivement en train d?écrire un nouveau chapitre de ma vie.
<B>Comment avez-vous vécu les remous qui ont entouré l?affaire de l?« azaan » ? </B>
Dans plusieurs interventions que j?ai faites par téléphone d?Afrique du Sud, où je me trouvais à l?époque, j?ai signifié ma disposition pour réconcilier toutes les tendances. Dans les meetings publics que j?ai animés, j?ai aussi exhorté les Mauriciens à ne pas céder aux dérapages. Malgré quelques arrestations qui ont eu lieu, je suis content que la situation n?ait pas dégénéré et que tout soit rentré dans l?ordre. Je me réjouis de ce que les Mauriciens sont de nouveau en paix.
<B>Comment ces événements avaient-ils été perçus à l?étranger ? </B>
Pour beaucoup de musulmans au Royaume- Uni et en Afrique du Sud, les choses étaient confuses. Ils n?arrivaient pas à comprendre ce qui se passait et ils n?étaient pas contents de l?évolution de la situation à Maurice. Cela n?a bien évidemment pas eu autant d?impact à l?étranger sur le plan médiatique. Mais la formule sur laquelle nous sommes tombés d?accord est la solution idéale pour un pays comme Maurice.
<B>Parlez-nous de votre parti politique. </B>
Le Front solidarité mauricien a subi une restructuration depuis quatre mois, et elle est toujours en cours. Je dois maintenant concrétiser plusieurs décisions qui ont été prises, notamment l?ouverture vers les au-tres grands partis.
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