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Ces métiers qui se féminisent
Beaucoup pensent que certains métiers ne sont pas faits pour « le beau sexe ». Résultat, les emplois féminins restent cantonnés à certains secteurs. Par exemple, les postes dans les hôpitaux, les maternelles et autres salons de beauté sont occupés en majorité par des femmes. Jane Valls, présidente du Women in Networking estime que « la femme a besoin de prouver deux fois plus qu?un homme qu?elle est à la hauteur dans son métier. En général, les employeurs préfèrent recruter et promouvoir les hommes, sauf pour les postes administratifs. »
Et pourtant, la femme d?aujourd?hui évolue, s?intéresse à tout. À l?IVTB de Mahébourg, deux filles préparent avec leurs pairs masculins un MTC3 Electrical Installation Work. Un père et sa fille suivent un cours en Automotive Conditioning. Lui voudrait se lancer dans ce domaine, et que la relève soit assurée? par sa fille. Sanjay Bablee, qui est chef d?entreprise, s?occupe du réseau informatique Connect Data Service. Ses huit employés sont tous des hommes. « Je ne connais que trois ou quatre femmes qui sont dans ce métier, mais que je n?aurais aucun problème à employer une femme. Ce sont d?abord les qualités, les capacités ou les diplômes qui comptent. »
Si les bonnes intentions sont là, dans la pratique, ce n?est pas si évident. Loga Virahsawmy, présidente de Media Watch, explique que « la biologie « productive » de la femme est perpétuée dans l?échelle sociale et les métiers telle la puériculture, alors que l?image de l?homme reproducteur qui ramène l?argent à la maison perdure ».
Plus besoin de gros muscles aujourd?hui
On aurait pu imaginer qu?avec l?augmentation des femmes sur le marché du travail, ces dernières allaient se disperser sur certains secteurs, mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. En effet, environ 183 900 femmes étaient sur le marché du travail en 2004 et en 2006, elles étaient 197 200. Mais il reste du boulot ! Les femmes précurseurs de la parité à Maurice ont l?obligation de faire fi des mentalités machistes, voire des réactions d?autres femmes. Jane Valls pense que « la solidarité féminine est nécessaire pour encourager les femmes et leur donner des role models ». Il faut prouver que les performances des femmes sont égales à celles des hommes. Selon Loga Virahsawmy « Il est temps de casser les stéréotypes et l?exposition au Centre Culturel Charles Baudelaire et les médias donnent une visibilité à des femmes qui sont des exemples pour la société. »
D?aucuns pourraient croire qu?il y a des secteurs trop virils pour « le sexe faible » et que ces dernières devraient abandonner leur féminité pour être productives. Les misogynes se cachant derrière la galanterie peuvent craindre que la femme ne se mette en danger, qu?elle n?ait pas la force physique, l?autorité ou la hargne masculines. Loga Virahsawmy ajoute que « l?évolution technique et la mécanisation rendent accessibles des métiers physiques. Plus besoin de gros muscles ! »
Déjà qu?elle a la chance de travailler et de s?occuper du ménage et des enfants, elle ne va en plus empiéter sur des métiers d?hommes ! Eh bien oui, et voilà quelques femmes qui prouvent tous les jours qu?il ne devrait jamais avoir de sexisme, de préjugé et de sectarisme.
MASCULINISATION OU FEMINISATION ?
■ « L?école des garces » : c?est la curieuse école moscovite où un psychologue, Vladimir Rakovski, donne des cours aux femmes, et propose à ces élèves de devenir de véritables? garces. Le but est d?apprendre aux femmes à mettre un homme riche dans son lit, dans sa vie et ainsi de s?assurer des lendemains moins précaires dans une Russie désenchantée.
■ L?homme objet : depuis 1996 et les spots Kookaï, marque de prêt-à-porter féminin, montrant l?homme jeté dans les toilettes, la publicité se plaît à malmener le sexe fort. Il y a cette récente pub pour chaussures de sport avec Naomi Campbell qui reste habillée alors que Tyson Beckford se contente d?être l?homme objet.
Plus récemment Celio, montrait des shoppenboys, ces hommes-mannequins d?essayage, qui font le bonheur des clientes. La misandrie, équivalent masculin de la misogynie, est-elle la revanche des femmes ?
TEMOIGNAGES
Priya Doobaree, pilote
« Il y a cinq femmes pilotes parmi les 200 professionnels du pays et deux d?entre elles sont mauriciennes. Le pilotage me paraissait inaccessible quand j?observais les avions. En lisant et en regardant une émission sur les femmes pilotes en Europe, j?ai vu que c?était possible. De plus, quand Cyrilla Désiré est devenue pilote à Maurice, je me suis dit que je pouvais suivre cette voie. J?ai changé d?école pour pouvoir faire des mathématiques et de la physique comme matières principales. J?ai, par la suite, passé le concours national lancé par Air Mauritius. Les cours étaient durs. Quand j?ai débuté à Maurice, j?étais la plus jeune et la seule fille. Je suis ensuite allée en France où nous étions trois filles sur une centaine de jeunes gens. Les deux années de cours intensifs étaient aussi difficiles pour nous que pour les garçons. Et la légende qui veut qu?une femme ne sache pas lire une carte est caricaturale.
Tout s?apprend ! Je pense que ce métier reste inhabituel pour les femmes aux yeux des Mauriciens. Pourtant, je ne pense pas avoir perdu ma féminité. Même au travail je reste une femme. C?est un métier qui exige une bonne hygiène de vie et tous les six mois, nous passons des examens. Si le boulot est exigeant, les relations entre collègues chez Air Mauritius sont bonnes, heureusement. Il n?y a pas de machisme. C?est même le contraire. Une présence féminine fait toujours plaisir. »
Deeya Nursimloo, ingénieur en télécommunications
« Je viens de rentrer de Cape Town où il n?est pas rare de voir des femmes ingénieurs. Il y avait 20 % de filles dans ma promotion et on s?adaptait bien. Le respect était mutuel. Ce n?est pas une question de gender, mais de dialogue et de centres d?intérêt. Puisque nous faisions les mêmes études, nous avions déjà ça en commun. Il n?y a jamais eu de rivalité ou condescendance.
À Maurice aussi, ça se démocratise, même si les vieilles idées persistent encore. Mon père est professeur de mathématiques et il m?a transmis l?amour de cette matière. Le monde évolue avec la technologie ainsi que les sciences qui correspondent à ce modernisme. Que l?on soit une fille ou un garçon, l?essentiel est d?aimer ce que l?on fait. Le stéréotype de la fille littéraire et du garçon matheux est dépassé. Je commence à travailler et je sais ce que m?ont apporté les études. Gérer le network, apporter des idées techniques, voire financières, ne me fait pas peur. Être ingénieur, c?est travailler ensemble pour trouver la meilleure solution. Et il est bien évident que je dois faire mes preuves, comme n?importe qui, homme ou femme. Ce n?est pas la peine de perdre ses caractéristiques féminines pour s?affirmer et je continue à porter mes jupes pour aller au travail. »
Shirley Henry, peintre
« Cela fait 20 ans que je peins les maisons. J?ai commencé chez moi, et j?ai ensuite donné un coup de main à mon beau-frère. Maintenant, je travaille en solo. Pour moi, c?est une évolution normale, car j?ai le pinceau en main depuis que j?ai huit ans. Après tout, peindre une maison est quelque chose de relativement simple. Il faut acquérir quelques techniques et avoir une bonne dose d?énergie. Je vois bien que cela attire parfois le regard de voir une femme en haut d?un échafaudage. Les hommes sont souvent étonnés. Mais je ne me suis jamais dit que je faisais un métier d?homme. De toute façon, si je n?avais pas été peintre, j?aurais été mécanicien, parce qu?il n?y a que cela dans ma famille. L?important, après tout, n?est-ce pas de gagner sa vie ? Et je dois dire que mon travail convient parfaitement à mon mari. Si j?avais été à l?usine ou à l?hôtel j?aurais eu des horaires pas possibles. Là, j?ai une activité que j?aime, et que je fais bien puisque beaucoup de gens me recommandent. En outre, j?ai le temps de m?occuper de ma famille. Je ne dirai pas que je fais mon travail moins bien ou mieux qu?un homme, je pense plutôt que je le fais tout aussi bien. De plus, je suis très méticuleuse, et je ne suis pas du genre à laisser dégouliner la peinture, à quitter du désordre chez le client. Actuellement, je peins les portes d?un hôtel qui va s?ouvrir bientôt. Je travaille dans un atelier avec d?autres hommes, et tout se passe bien. Chacun est occupé à gagner sa vie. Le fait que je sois une femme ne dérange personne. Je pense qu?on est respecté quand on fait bien son travail. »
Gladyse Leung, « contracteur »
« Il ne faut jamais dire jamais. C?est ce que j?ai appris au fil de mes expériences. Il y a vingt ans, je n?aurais pas imaginé devenir un ?contracteur?, être en train de visiter des chantiers, chapeauter des constructions de A à Z, et avoir tous ces hommes qui travaillent pour moi. Cela fait trois ans que j?ai créé ma compagnie Golden Touch Construction, et j?ai 42 maisons à mon actif.
Ce sont les circonstances qui m?ont amenée à toucher à ce secteur. J?ai fait du secrétariat et de la comptabilité pendant 23 ans chez Happy World. J?ai ensuite pris ma retraite pour pouvoir être un peu plus à la maison. Je me suis alors orientée vers la confection de pâtisseries comme travail à mi-temps. Puis un jour, ma mère m?a convaincue de donner un coup de main à mon frère, qui est architecte, et de faire son travail de secrétariat. C?est de cette façon que j?ai commencé à comprendre les rouages de la construction. Je préparais des devis,j?allais sur les chantiers, j?observais, et un jour, je me suis dit qu?il fallait que j?aille plus loin.
Pour faire un tel métier, il faut, au départ, oser prendre des risques, accepter de ne pas dormir le soir, avoir parfois des crises de nerfs. Mais petit à petit, tout rentre dans l?ordre. Une fois que vous avez fait vos preuves, vous n?avez pas besoin de convaincre les gens.
Il suffit d?un client satisfait pour que vos compétences soient reconnues. Le bouche-à-oreille fait le reste. Mon portfolio et mes 42 maisons sont un grand atout pour moi.
Si j?étais gauche au début, je dois dire les hommes qui travaillaient pour moi étaient compréhensifs. lls me respectaient parce que je leur donnais du travail. Quand j?étais perdue, ils m?expliquaient les choses. Et puis, je suis allée suivre des cours en construction à la JR School. Aujourd?hui, j?ai plusieurs équipements, je vais discuter avec les clients, je vérifie le travail, je lutte contre l?absentéisme de certains employés, et je fais face aux mauvais payeurs? Bref, c?est business as usual dans ce domaine. Professionnellement parlant, que je sois une femme ne fait pas de différence. Quand arrive la Fête du printemps, j?ai des commandes de gâteau la cire, de gâteau cravate, etc. J?honore les commandes de mes clients et, avec mon portable, je continue à gérer ma compagnie. Je pense qu?avec la technologie, les femmes et les hommes peuvent faire les mêmes choses. Moi, en tant que femme, je connais mes limites, je les accepte sans complexes et je vis bien comme ça. Je fais du taï chi aussi. Cela aide à voir les choses de manière positive. »
Renuka Sawoky, policière
« Je suis dans la police depuis 33 ans, et j?ai été mutée dans différents départements. J?ai travaillé au Forensic Science Laboratory, aux Police Headquarters, à la National Intelligence Unit, devenue aujourd?hui le NSS, etc. Bref, j?ai beaucoup bougé. J?ai gravi les échelons et, en 1992, je suis devenue sergent, en 1995 inspecteur et en juin 2007 Chief Inspector. J?ai la charge du Licensing Office. Mes collègues sont très respectueux, car chacun a son travail à faire. Et puis, nous n?avons vraiment pas le temps de nous soucier du genre masculin ou féminin. Mais je reste une femme avant tout. Je suis une épouse, une femme et une mère épanouie. La féminité se gagne avec la maturité, et j?apprends beaucoup de mon métier. Je crois qu?à l?époque où j?ai commencé ma carrière, j?ai voulu réaliser le rêve de mon défunt père et faire quelque chose de différent. Les métiers traditionnels pour les femmes comme le professorat ne me tentaient pas, et je n?avais pas peur des challenges. À l?époque, il y avait peu de femmes dans la police et au début, quand je marchais avec l?uniforme, les gens s?étonnaient. Ce n?est plus le cas aujourd?hui. La femme a sa place dans la police, et la présence féminine manque cruellement parfois. Prenez le cas des violences conjugales ou celles sur les enfants. Je crois que l?approche féminine met les victimes beaucoup plus en confiance. Il y a 10 243 hommes et 578 femmes dans la police. Les femmes sont demandées dans toutes les unités, à la CID, la SSU. Il n?y a pas de machisme entre nous, et j?ai toujours été soutenue. Je dirais même qu?au début de ma carrière, j?étais gâtée. Si le métier est perçu comme étant dangereux, il ne faut pas oublier qu?aucun policier ne se déplace seul. C?est un travail difficile, certes, et j?ai eu la chance d?avoir un époux et une fille très compréhensifs. »
« La société est encore machiste à Maurice »
Une femme pilote à bord de l?avion, ça peut fait tiquer. Un homme à la crè-che, ça n?inspire pas automatiquement confiance non plus?
C?est une question d?éducation. Il faudrait, dès la maison, arrêter les discriminations. Le gouvernement devrait donner un signal fort en ne cantonnant pas le ministère de la Femme et de la famille à? une femme. Car à la base même, hommes et femmes peuvent faire le même métier.
Vous pensez donc que les métiers n?ont pas de sexe ?
Dans beaucoup de professions, il faut de la logique, de l?intelligence, des connaissances techniques, et les femmes ont accès à l?éducation depuis longtemps déjà. Elles ont donc ces compétences.
Et si les femmes ont toujours fait la cuisine à la maison, cela n?empêche que les grands chefs sont souvent des hommes. Puisqu?il y a des très bons pères, pourquoi ne pourraient-ils pas tenir une garderie ? La société est encore machiste à Maurice. Même si les choses changent, il faudra encore un peu de temps pour qu?il y ait plus de mixité au niveau professionnel.
En Asie et en Afrique, on trouve bien les femmes dans le domaine de la construction. Le travail physique n?est pas réservé qu?aux hommes.
Qu?est-ce qu?il faut faire, justement, pour que les femmes fassent ces métiers autrefois réservés aux hommes ?
Tout est une question de volonté. Les femmes gagneraient à avoir confiance en elles et à se débarrasser de la mentalité de « victimisation ». Certes, il y aura toujours des barrières. Il n?y a qu?à voir les mauvaises connotations qu?on donne aux femmes qui sont dans les hautes sphères des entreprises. Les femmes doivent s?accepter elles-mêmes pour pouvoir ne plus se laisser démonter par les préjugés.
Les médias ont aussi un rôle important à jouer dans ce changement de mentalité. En véhiculant les role models, on encourage d?autres femmes et on fait entrer dans les esprits que les métiers n?ont rien à voir avec le gender.
Que pensez-vous de la féminisation des noms des métiers ?
Vouloir à tout prix féminiser ces noms peut sembler une obsession. Quelque part, si les femmes prennent des postes qui étaient exclusivement masculins auparavant, c?est normal qu?on réajuste les appellations. C?est une manière de reconnaître les spécificités des genres.
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