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David Collard : Un Goliath en devenir
David Collard, 33 ans, ne fait pas les choses comme tout le monde. Cette volonté de se démarquer transpire dans son look à l?italienne des années 30, avec le cheveu bien gominé et les habits qui tombent bien, dans l?élégance de sa démarche, de même que dans son expression qui n?est pas sans rappeler que le théâtre a longtemps été et demeure une de ses passions.
Il est aussi à l?aise dans le bureau de directeur général qu?il occupe depuis la mi-mai qu?il l?aurait été sur un podium à défiler ou à déclamer sur les planches. Cette assurance lui vient de son exposition au monde artistique et ce, dès son jeune âge. Sa mère, Marie-Ange, qui est déléguée médicale, voue un culte au théâtre qu?elle pratique assidûment. David conserve d?ailleurs le souvenir de sa prestation remarquable et remarquée dans ?Blaise? aux côtés de Philippe Houbert. Bien qu?étant très jeune, il est tous les soirs aux premières loges à admirer sa mère, quand il n?est pas à fureter du côté des coulisses.
A l?adolescence, David passe du rang de spectateur à celui de comédien, de chanteur et même à celui de mannequin. Ses études secondaires terminées au collège St Joseph, il ne sait pas trop quelle filière embrasser. Il sait seulement qu?il veut rapidement entrer dans la vie active et être financièrement indépendant.
C?est le hasard, soit l?opportunité d?effectuer un stage chez le réceptif White Sand Tours, qui le plonge dans l?industrie touristique. Il intègre le département des ventes et du marketing et, après quelques mois de travail, on lui fait une proposition d?embauche ferme au sein de ce même département. Etant avide de savoir, David ne se contente pas d?assumer ses responsabilités. Il s?intéresse à tout ce qui se passe autour de lui.
Au bout d?un an, il décide de voir l?envers du décor de l?industrie en intégrant un établissement hôtelier. Au bout de quatre ou cinq mois, il réalise que ce n?est pas vraiment le cercle dans lequel il veut évoluer. Il entame alors des études par correspondance en gestion du tourisme auprès d?une université australienne, tout en cherchant à revenir professionnellement dans le monde des réceptifs.
Il trouve un emploi au sein du service clientèle de Mauritours et s?investit tant et plus qu?au bout de deux ans, on lui confie la responsabilité du service clientèle. Il n?a à l?époque que 22 ans et doit gérer les attentes et exigences de 80 000 clients. ?C?était énorme mais les responsabilités ne m?ont jamais effrayé. J?ai toujours été ambitieux et je ne crois pas uniquement en l?ancienneté. Une personne peut être très neuve dans son rôle et avoir toutes les compétences d?un employé qui est là depuis de nombreuses années. On ne peut plus dire de nos jours qu?un jeune ne peut assumer des responsabilités. C?est une école de pensée archaïque.?
Mais, encore tout pétri qu?il est du monde artistique, David commet quand même une erreur de parcours en démissionnant pour aller fonder et gérer une agence de mannequinat. Il réalise bien vite qu?il n?y a pas de débouchés dans ce secteur à Maurice. ?C?était mon instinct qui me dictait cela à l?époque. Cette erreur de parcours qui n?a duré que quelques mois a tout de même été salutaire dans la mesure où elle m?a permis de me rendre compte dans quel domaine je voulais vraiment évoluer, à savoir le tourisme.?
David a alors le choix de se tourner soit vers les boîtes les plus importantes de l?île, où il a fait forte impression mais où il mettra plus de temps à grimper les échelons de la hiérarchie, ou prendre le risque de tenter l?expérience dans une entreprise qui démarre et où il aura tout à prouver et à se prouver. Détestant la facilité, il opte pour la seconde solution. Ainsi, le 31 décembre 1997, il passe un entretien avec Sara Moollan, directrice de Budget Tours, réceptif à taille humaine qui ne cible à l?époque que le marché indien. Il est impressionné par le ?charisme et la forte personnalité? de la Lady à qui il fait part de ses ambitions. ?Je lui dois tellement pour m?avoir donné ma chance !?
Peu habituée sans doute à autant de franchise et de détermination, Lady Moollan l?embauche comme Marketing Executive. A l?époque, Budget Tours n?a que six employés. David prend énormément de plaisir à étoffer la structure et se donne à fond en étant sur tous les fronts. Ce qui lui permet de maîtriser tous les rouages de la boîte. Budget Tours finit par agrandir ses marchés, en réussissant d?honorables percées en Russie, en Europe de l?Est et en Australie.
Au bout de trois ans, David est nommé responsable du département des ventes et du marketing mais il supervise toujours les autres opérations. Il voyage beaucoup pour mieux cerner les attentes des différentes clientèles. En parallèle, il développe le segment Meetings, Incentives, Conferences and Events. Celui-ci prend tant d?essor qu?on lui en confie l?entière gestion. David, qui croit que rien n?est impossible du moment que l?on croit en lui et qu?on lui en donne les moyens, met à profit toute sa créativité pour remplir les besoins des différents marchés. ?Ce qui est motivant dans ce segment, c?est que rien n?est acquis. Il faut toujours épater la clientèle, être créatif, surprendre constamment. Et comme on ne peut réinventer une destination, il faut faire du sur mesure et monter des circuits uniques.?
?J?ai toujours été ambitieux et je ne crois pas uniquement en l?ancienneté. Une personne peut être très neuve dans son rôle et avoir toutes les compétences d?un employé qui est là depuis de nombreuses années.?
C?est ainsi qu?il séduit la clientèle avec notamment l?organisation d?un dîner de gala végétarien dans la cour d?un temple et qu?il réussit à faire qu?un directeur de société plante le drapeau de sa compagnie sur la montagne du Morne. Il y a aussi l?arrêt champagne surprise en pleine forêt avec un défilé de mode ou encore la balade en charrette tirée par des b?ufs.
L?investissement important de la British American Investment au sein de Budget Tours aiguise sa vision des choses. ?Pour moi, faire partie d?une multinationale ouvre un éventail de perspectives tant au niveau financement, qu?aux niveaux vision et stratégies. Cela ne pouvait être que positif même si cela signifiait que nous n?avions pas droit à l?erreur.? Bien qu?il ait toujours été exigeant envers lui-même, David affirme avoir changé son état d?esprit. ?J?ai toujours donné le meilleur de moi mais là, on se dit qu?il faut faire les choses de manière encore plus rigoureuses.? Budget Tours change d?appellation pour devenir Solis Indian Ocean voilà quatre ans.
Une des plus grandes satisfactions de David jusqu?ici est d?avoir remporté l?appel d?offres pour devenir le réceptif attitré du MV Universe Explorer, paquebot éducatif américain transportant 900 étudiants voulant élargir leurs horizons. Cela fait cinq ans que cette collaboration dure. Tout comme il n?est pas peu fier que Solis Indian Ocean ait remporté l?an dernier l?appel d?offres pour le séminaire international de Dior à l?hôtel Sofitel. Cela a signifié accompagner 300 ambassadrices Dior de boutiques hors taxes du monde entier. ?Cela m?a prouvé que nous pouvions évoluer dans la cour des grands et qu?il est possible de dépasser ce qu?on croit être ses limites.?
Si David croit en son potentiel d?aller loin dans la hiérarchie de Solis Indian Ocean, il est tout de même surpris à la mi-avril quand on lui propose le poste de directeur général. Ce carriériste consulte ses parents, son épouse Martine qui est sa ?source de motivation?, de même que ses amis, avant d?accepter.
Si la stratégie globale de Solis Indian Ocean est ?en perpétuelle évolution?, qu?il entend renforcer par les partenariats avec Madagascar, les Seychelles et la Réunion, le nouveau directeur général ne veut pas rester à la traîne des marchés traditionnels surtout avec l?ouverture du ciel. ?Depuis le début de juin, nous avons une représentation sur les marchés germanophones et bientôt, nous étendrons notre présence sur d?autres marchés porteurs.?
David est plus conscient que jamais de tous ces enjeux et une de ses priorités est de faire partager sa vision de l?entreprise à l?équipe qu?il dirige. ?La direction peut avoir la stratégie de développement la plus parfaite qui soit mais, si votre équipe ne l?épouse pas ou ne s?en sent pas partie prenante, cela ne sera qu?un coup d?épée dans l?eau. Il faut donc partager cette vision avec elle.? Il a d?ailleurs démarré une série d?activités visant à partager cette vision et surtout à renforcer l?esprit d?équipe.
Mais David est mitigé par rapport à l?ouverture du ciel. ?Si nous voulons rester dans le haut de gamme et ne pas tomber dans le tourisme de masse, cette ouverture doit être contrôlée. Il faudrait éviter de commettre les mêmes erreurs que certains pays du Maghreb qui n?ont désormais qu?un tourisme de masse.?
S?il applaudit la création de villages touristiques et l?objectif du plein emploi dans trois ans, David pense que le développement de l?industrie ne doit pas se faire au détriment de l?écosystème. Tout comme il estime qu?il faudrait des critères plus précis dans la délivrance des permis d?opération aux nouveaux réceptifs.?Certains nouveaux venus offrent des prestations gratuites qui sont capables de casser une destination. Les autorités concernées doivent être très vigilantes et il nous faudrait davantage de synergie entre le privé et l?Etat sur toutes ces questions. Cela pour l?épanouissement de notre secteur touristique qui est promis à un bel avenir??
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