Publicité

L?amertume du producteur de lait

13 juin 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

En voie de disparition, le métier d?éleveur ? On ne pourrait le croire après avoir rencontré Shailendrasing Totaram, âgé de 25 ans. Le jeune homme, un natif de Triolet, a toujours nourri une passion pour l?élevage. C?est donc sans surprise que depuis cinq ans, ne quittant pas la localité et aidé de son père Peerteerajsing, il s?est lancé dans une petite mais non moins florissante entreprise de production de lait avec quelque 25 têtes.

Dans l?étable où nous l?accompagnons, nous accueille la lourde effluve du fumier, mêlée à l?innocente rumeur des vaches alertées par le bruit de notre arrivée. Pour elles, quelques heures après la traite matinale, c?est l?aire du repos et notre visite est source d?une lasse curiosité parmi la petite communauté dérangée. Ici, tout le monde est ?traité? de la même façon : Holstein-Friesland et autres vaches de qualité, côtoient leurs pairs plus ?ordinaires?. ?Selon l?espèce, on tire de 25 à 40 litres quotidiens?, nous livre Shailendra, qui semble connaître ces sympathiques pensionnaires sur le bout des doigts.

On ne s?improvise pas ainsi. Et ce n?est pas que l?attachement à un rythme de vie indissociable de celui de la vie elle-même (la production de lait est tributaire des naissances et fécondation des bêtes) qui l?a poussé à embrasser un métier qu?il souhaite laisser à ses futurs enfants. Shailendrasing concède : ?Il faut un certain degré de discipline pour mener ce train de vie. Ou bizin komans netoy laferm 4h45. Moi mo finn touzour ena lamour pou sa aktivite la.?

Mais ce qui est à la base de son succès, c?est sa réflexion. Son choix n?est pas passéiste : ?Pou reysi vinn enn elever bizin fer zis enn sel aktivite, kouma produir dile.? Shailendrasing ne s?est certes pas engagé dans ce business sans réfléchir. ?Au debu, mo finn komans avek enn, apre de, trwa vas.?

?Il faut un certain degré de discipline pour mener ce train de vie. ?Ou bizin komans netoy laferm 4h45. Moi mo finn touzour ena lamour pou sa aktivite la.??

Très vite, la pression des coûts de production lui est apparue comme un élément essentiel du problème. Cultiver soi-même réduit considérablement les coûts de production. Avec l?aide de l?Agricultural Research and Extension Unit, Shailendrasing se tourne donc vers la culture de l?herbe éléphant sur quelques arpents de terre, fournissant ainsi un fourrage de bonne qualité.

?Cela a été un bel investissement. Il m?a d?abord fallu désherber les terrains et faire des tests avec l?herbe éléphant. Mais les résultats ont été probants.? Le gain a été aussi qualitatif. ?L?herbe éléphant contient déjà plus de matières grasses et améliore le niveau de la production laitière elle-même.?

Mais la question des coûts est plus complexe encore. ?L?actuel prix de vente du lait, fixé par les autorités, ne reflète pas la réalité. Il faudrait trouver un prix qui, sans être exorbitant, serait plus juste.? Car le prix de certains produits de base a triplé en sept ans. Si des produits dérivés lui permettent d?amortir ses propres coûts, ?les veaux que je mets en vente et le fumier des vaches fournissent un revenu appréciable.?

Mais le produit ciblé reste le lait. Un point sur lequel Shailendrasing veut insister : ?Je ne comprends pas pourquoi les autorités ne mettent pas en valeur la qualité du lait elle-même, qui diffère selon les unités de production.? Avec l?actuel système, où le producteur commercialise son lait via un collecteur qui ensuite le revend à l?Agricultural Marketing Board (AMB), les risques de mélange de lait de différents fermiers existent. ?C?est décevant si moi j?ai investi dans un lait de qualité supérieure. Le gouvernement devrait redéfinir sa politique et miser autant sinon plus sur la qualité que la quantité : le lait frais varie en qualité : ceux qui font des efforts devraient être reconnus.?

Pour l?expansion de son business, Shailendrasing a son projet. ?Monn investi dan enn bak pou dile ki mo fer vini dela Réunion.?

Ce bac à lait lui aura coûté Rs 100 000. ?Il ne faudra pas oublier la consommation électrique que cela va représenter.? Mais Shailendrasing reste serein : ainsi il pourra développer ce qui l?a déjà rendu populaire dans les environs, la distribution directe de lait. Sans toutefois négliger le marketing d?une partie de sa production via l?AMB. ?Mais je déplore que l?AMB, qui vient à Triolet, nous oblige à passer par un intermédiaire, le collecteur, plutôt que de nous encourager en nous laissant traiter directement avec elle. Le collecteur lui prend une commission.? On ne peut reprocher à Shailendrasing de vouloir maximiser sa rentabilité. Entreprenant, il a tout essayé, auprès de l?Empowerment Fund comme de la Sedha, optant pour un projet de coopérative avec d?autres jalons de l?élevage. Ainsi, avec cette société, la coopérative du Morcellement-Saint- André, il ambitionne de doubler la production pour atteindre 200 à 300 litres par jour

?Nou bizin organiz prodiktyon. J?ai monté mon projet avec l?aide d?un comptable certifié et j?ai obtenu l?aval d?une banque.? D?où l?incompréhension de Shailendrasing devant le refus de la Sedha de subventionner ce projet. ?Moi quand j?ai débuté en 2000, j?étais tout seul et j?ai lourdement investi. Ce n?est qu?en 2005 que j?ai contracté un premier loan. J?agis de façon réfléchie.?

Cette incompréhension se transforme en perplexité devant la nouvelle de la fermeture de l?unité de production de Palmar. ?Cela survient si vite, que celui qui voudrait investir dans des bêtes mises à la vente à la suite de cette fermeture n?aurait pas le temps de se retourner pour trouver les emprunts nécessaires.? ?Moi cela ne peut trop m?affecter car pour accroître le nombre de mes vaches, je compte sur l?insémination de mes bêtes. Mais pour celui qui débute et qui doit aussi trouver des génisses, la disparition de cette unité est une opportunité.?

Shailendrasing a-t-il raison de sentir un manque d?engagement des autorités pour encourager l?essor du lait frais ? Statistiquement la production laitière ne pèserait pas lourd. ?Mais les chiffres sont calculés sur le lait écoulé par l?AMB. Or la moitié de la production est absorbée ici même par nos clients.? Et cela se fait sans tambour ni trompette.

Publicité