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De Chacha Ramgoolam à Anerood Jugnauth

13 juin 2007, 00:00

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L?après 11 juin 1982 doit se mettre en place. Les sentiments sont partagés à tous les échelons de la fonction publique comme de l?ensemble de la population. Les militants victorieux les plus endurcis, les plus hostiles à l?ancien régime travailliste, ne peuvent s?empêcher d?être tristes à l?idée que le nouveau soleil, qui se lève sur l?arène politique, le fait aux dépens d?un vieux routier de cette même politique, comptant plus de quatre décennies de militantisme actif mais qui, depuis près de soixante ans, ne cesse de peaufiner sa vision de ce que doit être une île Maurice indépendante, démocratique mais surtout fraternelle et familiale, en dépit de toutes les divergences raciales, culturelles, religieuses, idéologiques, qui différencient les membres de cette communauté humaine exemplaire à bien des égards.

Une parade policière marque, aux Casernes centrales, l?anniversaire de la reine Elizabeth, toujours chef de l?Etat mauricien, en dépit de quatorze ans d?indépendance politique. A Maurice, on n?a jamais coupé le cordon ombilical nous unissant à nos anciennes puissances coloniales. Elles y sont toujours les bienvenues. On leur sait gré de tout ce qu?elles ont fait en notre faveur. Il y a certes quelques fausses notes. Une des caractéristiques du peuple mauricien demeure tout de même de privilégier les bons souvenirs et d?atténuer au maximum les mauvais.

Le Premier ministre désigné, pardon plébiscité, par l?électorat, Anerood Jugnauth, est présent mais en tant que chef de l?opposition de la reine à Maurice. Les résultats électoraux ne sont pas encore proclamés car le décompte des voix est toujours en cours. Tous savent cependant qu?on se dirige vers un 60-0 inattendu mais mémorable car historique, peut-être même sans précédent dans le monde entier. Mémorable certes mais pas commémoré, 25 ans après. Dieu seul sait pourquoi.

Arrive le Premier Ministre sortant, rejeté par l?électorat. Sir Seewosagur Ramgoolam n?a rien perdu de sa sérénité, ni de sa dignité, en dépit d?une défaite accablante pour lui, pour sa longue carrière, faisant de lui l?égal d?un Mahé de Labourdonnais, mais surtout pour son Parti travailliste, pour le Parti de l?indépendance de Maurice, pour le parti de Rozemont, d?Anquetil, de Maurice Curé, le Parti de la fraternité et de la grande famille de Maurice.

Il commence par saluer sportivement son vainqueur, son principal adversaire, son ancien ministre, l?ancien lieutenant de Sookdeo Bissoondoyal, son principal rival au sein de l?électorat majoritaire. Il est trop démocrate, trop british, pour laisser apparaître son amertume.

Il salue tout autant respectueusement les membres de l?élite de la population mauricienne, toutes ses personnalités occupant des postes constitutionnels, les autorités judiciaires, policières, éducatives, religieuses, sociales, syndicales, industrielles, commerciales, agricoles, sucrières, les responsables des principaux services publics, les maires et les présidents des districts, le corps diplomatique. Il se dirige vers l?estrade officielle pour recevoir l?hommage de la garde d?honneur de notre force policière. La cérémonie en l?honneur de la reine Elizabeth II peut commencer.

Tout ce beau monde a successivement présenté ses plus chaleureuses félicitations au vainqueur du 11 juin 1982 pour ensuite témoigner sa plus profonde sympathie au grand perdant du même scrutin. Tout cela se fait sans la moindre hypocrisie, sans aucune velléité d?obséquiosité pour essayer de se faire bien voir du nouveau pouvoir politique.

Tous les notables présents ou presque savent qu?ils ne doivent qu?à eux-mêmes le poste qu?ils occupent, que la méritocratie la plus totale a toujours droit de cité dans le pays. Le changement de maître politique à l?Hôtel du gouvernement ne changera pas d?un iota leurs habitudes professionnelles. Avec le temps, ils s?adapteront aux désirs légitimes des nouveaux princes appelés à gouverner l?île Maurice.

Sur le plan personnel, certains d?entre eux ont voté pour le PM sortant et d?autres pour son successeur. Cela fait partie de la vie privée de tout un chacun, de sa conscience. Il ne peut être question de l?étaler sur la place publique, ou pire encore de l?utiliser dans l?espoir de se faire bien voir par les nouveaux dirigeants politiques. Qui se rendra coupable d?un tel impair se couvrira de ridicule et ne tardera pas à devenir la risée du grand public.

L?île Maurice a voté. Elle plébiscite un changement de dirigeants politiques après deux décennies de règne travailliste sans partage. Ce n?est pas plus compliqué que cela. La vie continue. C?est business as usual. Tout change. Mais tout continue comme par le passé car rien n?a changé en fait. Qui n?a pas compris les nobles sentiments ressentis par ceux qui assistent à la parade officielle du 12 juin 1982, à Maurice, en l?honneur de la reine Elizabeth II, ne comprendra jamais ce que peut être la population mauricienne quand elle s?élève à la hauteur d?événements exceptionnels, à la hauteur d?un nouveau 12 mars 1968.

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