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Triangles de la création
Lui, ce qu?il veut, c?est inviter d?autres artistes dans son tableau. Celui du touche-à-tout Thisath Thoradeniya, le Sri Lankais. Celui du portraitiste impressionniste de Zanzibar, Seif Soud. Pour faire un paysage à trois pinceaux. Une ?uvre qui aurait un certain côté de chez lui, au Cap en Afrique du Sud. Tout en ressemblant beaucoup à Maurice, où Rudolph Tshie, paysagiste sud-africain et ses collègues, vont vivre jusqu?au 18 juillet.
D?une moue, Rudolph s?excuse un peu. Non, il n?a pas encore entamé son travail. Arrivé à Maurice en début de la semaine dernière, il explique qu?il attend de recevoir le matériel nécessaire à la création.
Dans l?intervalle, les trois artistes ont visité la salle polyvalente du siège de l?Alliance française vendredi. C?est là qu?ils exposeront le fruit des promenades, des moments de méditation et de labeur. Une manifestation prévue du 14 au 17 juillet à Bell Village.
Pour le moment, c?est avec un sourire de gamin que Rudolph raconte comment il fait trempette du côté de Flic-en-Flac. Ne manquant pas l?occasion de taquiner Seif Soud qui lui, bien qu?à Maurice depuis dix jours, n?a pas montré de grand intérêt pour la mer. L?interpellé, l?air innocent se contente d?un sourire énigmatique. Dit parfois qu?il ne comprend pas l?anglais que nous utilisons.
Alors, c?est Thisath qui se charge de rétablir la communication. Les liens entre ces trois visages, hier des parfaits inconnus, aujourd?hui réunis pour deux mois, pour la résidence d?artistes organisée par l?association pARTage, sont déjà visibles.
Exprimer de nouveaux sentiments
Deux mois à se balader, à prendre ou poser le pinceau à leur gré. Avec tous les frais (logement, repas, matériel, transport) pris en charge par l?association pARTage. Deux mois débarrassés des contraintes du quotidien, être en condition optimale de création.
C?est sûr, de Maurice, ils ont encore dans la tête les clichés de romantic place. Avant que Thisath n?évoque les ?problèmes avec les travailleurs srilankais, ce qui fait qu?on entend parfois parler de Maurice dans mon pays.? Avec franchise, il avoue ne pas savoir quelle forme prendra ces deux mois de résidence. Décrivant son style comme de la ?peinture contemporaine qui rappelle le pop art?, le Sri Lankais s?exprime aussi à travers du matériau de récupération : morceau de tôle, clous, plastique.
Pendant que Thisath aura le nez dans les débarras, Rudolph Tshie, lui, lavera ses yeux à l?eau des paysages. à la recherche du différent, de l??exotique?. Cette ?beauté qui émane de Maurice très verte et fertile. Vous savez, je vis loin de la mer, dans un endroit très sec. J?étais fasciné l?autre jour de voir un bébé qui spontanément se mettait à nager dans la mer, avec sa mère, alors que moi, je suis adulte, je ne sais pas nager et je ne fais que tremper le bout de mes orteils.?
Nouveau sourire de l?artiste du Zanzibar. ?Moi, je croyais que tous les Mauriciens vivaient dans des bungalows luxueux comme ceux que l?on voit en bord de mer.? Avant de dire qu?en participant à cette résidence, il espère changer de registre, approfondir ses connaissances en matière de jeux de couleurs pour exprimer de nouveaux sentiments.
Des locaux, les trois plasticiens ont eu l?occasion d?en côtoyer. Que ce soit en visitant le Salon de mai qui se tient actuellement au MGI. Ou de vive voix. Lors des conversations, Rudolph a tendu l?oreille. A compris que certains étudiants se comparaient à lui. A senti leur attitude ?compétitive?, qu?en somme c?est la conduite typique de l?insulaire.
Lui, humblement confie qu?en allant voir les travaux de confrères sud-africains, en travaillant à côté d?eux lors de résidences artistiques, sent qu?il est ?coincé?, qu?il n?avance pas. D?où sa décision de demander à d?autres artistes de mettre leur pâte dans son tableau. ?Je ne l?ai jamais fait avant. Je crois que c?est un signe de maturité que de travailler avec les autres.? Et n?a-t-il pas des craintes que ce paysage ne corresponde pas à ses attentes. La réponse fuse : ?Nous ne sommes pas des enfants, tout passera par la discussion.? Verdict des palabres à la mi-juillet.
NOUVEL ATELIER PARTAGE
Laissez parler l?insulaireAprès un atelier de paysagisme l?an dernier, l?association pARTage redonne à son atelier résidentiel annuel des dimensions internationales. InsulARt, thème de l?atelier prévu du 14 au 29 juin, réunira des plasticiens îliens. Ils viendront des pays insulaires voisins : Réunion, Madagascar, Comores, Seychelles. Rodrigues n?est pas oubliée. Mais aussi de Zanzibar, du Sri-Lanka, de Trinidad, de la Martinique, de Haïti, d?Andaman (archipel du territoire indien) et des Maldives.
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