Publicité
Dialysés : Le calvaire au quotidien
Le vieil homme est épuisé. Assis sur un banc baigné de soleil, il prend une gorgée de ce thé que son épou-se lui a préparé et mis dans une bouteille en plastique. La dialyse est un traitement éprouvant. En quelques heures, la machine a reproduit ce que ses reins auraient dû faire en deux jours.
Ainsi, de nombreux patients éprouvent une fatigue importante à la fin d?une séance de dialyse. D?autres ressentent des malaises dus à une hypotension ou à des crampes provoquées par la perte en eau et de sodium trop importante. Le centre d?hémodialyse de Flacq voit ainsi défiler quotidiennement des malades jeunes et moins jeunes, et qui souffrent d?insuffisance rénale. Leur vie est rythmée par des séances de dialyse et des visites à l?hôpital pour des suivis médicaux.
« Je vomissais tout ce que j?avalais »
« La dialyse nous permet de vivre et de mener une vie presque normale », souligne Deojit Buruth, un gardien de nuit de 54 ans. Au lieu de se replier sur lui-même, il a choisi de combattre sa maladie. Dans sa jeunesse, il était un footballeur talentueux. Mais le diabète qui est dans « ses gènes » puisque trois membres de sa famille en sont atteints, a mis fin à ses rêves de faire de ce sport une profession.
Le diabète, mais aussi l?hypertension comptent au nombre des principales cau-ses de l?insuffisance rénale. « Je me suis réveillé un beau jour et je ne pouvais plus marcher. Je vomissais tout ce que j?avalais », ra-conte, quant à lui, Leckraz Gujadhur, 46 ans et ancien gardien de l?hôpital de Flacq. Le diagnostic du médecin est alors sans appel : dysfonctionnement des reins en raison de l?hypertension artérielle et dialyse à vie. Sa maladie l?a aigri, il n?y peut rien. « Nou pe viv enn lanfer. Pa fasil pou dormi ladan pandan 4 heures », confie-t-il.
Sa liste de récriminations est longue. Le transport accordé par le ministère de la Santé pour le trajet aller-retour qui est en retard 9 fois sur 10, la nourriture offerte ? du thé et du pain tartiné de beurre et de confiture ? à la fin de chaque séance, qui est inadaptée à la condition du malade, les patients qui n?ont jamais été vus par un néphrologue et encore moins par un nutritionniste, le manque de communication entre médecins et malades, les médicaments, notamment les cachets de calcium, qui sont de mauvaise qualité? « Se vrai nou pa kouma tou dimounn, renchérit le président de la Renal Disease Patients Association (RDPA), Issa Neerooa. Nou bizin gaign plis fasilite ek bon kalite medikaman. »
L?insuffisance rénale touche tout le monde sans distinction. Vêtue d?une grande jupe turquoise et légèrement maquillée, Rita Gunnoo, offre un autre visage de la maladie. Celle de l?optimisme. Pourtant elle a récemment vécu une tragédie : la perte de son bébé de six mois, en juin 2006. « Je suis malade depuis deux ans. J?aurais pu y mettre fin mais j?ai choisi de continuer la dialyse », confie-t-elle. Sa s?ur était prête à lui donner un rein, mais Rita a refusé. « J?ai entendu dire qu?il y a des risques de rejet. S?il existait des garanties sur les chances de réussite, j?aurais accepté », poursuit-elle.
Environ 200 personnes décèdent chaque année
Un choix probablement suscité par l?expérience malheureuse vécue par sa compagne d?infortune, Pamela Fine. Cette dernière croyait tourner la page sur la dialyse en 2001 lorsqu?elle subit la greffe d?un rein donné par son père.
« Ma vie était redevenue normale jusqu?au jour où j?ai rechuté. Mon corps a rejeté l?organe transplanté six ans plus tard. »
Elle a alors retrouvé le centre de dialyse trois fois par semaine. « Mo bien sagrin ki sa pa finn marse. » Il y a une lueur d?espoir, sa s?ur souhaite lui donner un rein. Mais cette fois c?est le corps de Pamela qui refuse. « Le médecin m?a dit qu?il y avait encore des risques de rejet car je produis des anticorps comme tous les dialysés transfusés régulièrement. » La prise d?erythropoïétine (voir questions à) aurait pu changer la donne et lui permettre de recevoir un nouveau rein.
Triste constat : faute d?être sauvées à temps, environ 200 personnes décèdent d?insuffisance rénale chaque année, relève la RDPA. La majorité des malades qui ont entre 45 et 55 ans fondent de grands espoirs sur le Human Tissue & Transplant Act, dont le Board, qui a déjà été constitué, doit mainte-nant être approuvé par le Bureau du Premier ministre.
« Cette loi est leur seule chance, car même s?ils recevaient une greffe maintenant, ces personnes n?auraient pas les moyens de se faire opérer vu que l?intervention coûte beaucoup plus que les Rs 200 000 accordées par l?État pour les opérations à l?étranger », explique Bose Soonarane, le secrétaire de l?association. Mais le temps presse?
En chiffres
797
Tel est le nombre de patients qui suivent des séances de dialyse dans les cinq centres rattachés aux cinq hôpitaux régionaux. Ce nombre s?élève à 148 dans les cliniques privées. L?État débourse annuellement Rs 75 millions pour la dialyse, et le nombre de séances ne cesse d?augmenter. En mai, 9 635 séances ont été réalisées dans les centres de dialyse publics et privés.
Publicité
Publicité
Les plus récents