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Rideau sur le Ritz
<B>par Raj JUGERNAUTH</B>
Comme d?habitude elles ont dansé pour les habitués du club. Comme si de rien n?était. Danses lascives et souvent seins nus autour de la poutre en acier inoxydable des deux podiums circulaires du restaurant qui donne sur la plage de Baie-du-Tombeau. Seulement certains habitués de ce genre de spectacle savaient qu?ils assistaient à la toute dernière soirée du Ritz. Le propriétaire de la boîte de nuit a décidé de saborder ce rêve devenu réalité en juin 2004.
«En juin 2004, j?ai ouvert cette boîte pour réaliser un rêve que je caressais depuis que j?ai assisté à des tels spectacles dans des hôtels de luxe aux états-Unis. J?ai écrit un nouveau chapitre dans le nightlife mauricien. Il m?a fallu beaucoup de courage, de persévérance et d?argent pour ouvrir cette boîte. Et il m?a fallu beaucoup plus de courage pour décider de la fermer», déclare Brizlall Codaychurn, Bryan pour les intimes, qui vendait du pain avec son père à Quatre-Bornes dans son enfance.
Pourquoi fermer après avoir investi presque Rs 30 millions pour acheter et transformer l?ancien hôtel Arc-en-Ciel ? «J?ai donné un spectacle de qualité aux Mauriciens dans un lieu de luxe. Mais j?ai été humilié par le comportement de la police. Bien que j?aie gagné mon affaire en cour contre la police, je reste dépité par un certain tabou très tenace chez les Mauriciens.Je laisse maintenant le soin aux autres de poursuivre sur la voie que j?ai ouvert dans le nightlife ici. Je vais maintenant investir encore plus d?argent dans l?établissement pour réaliser un autre rêve que je caresse depuis longtemps», explique le propriétaire du Ritz, Brizlall Codaychurn. Ce fils de marchand de pains qui a visiblement réussi. Il est depuis l?ouverture de sa boîte entouré des belles filles, dont certaines viennent de l?Inde. Il a décidé de changer complètement de registre à partir de la semaine prochaine.
<B>Prendre une autre voie</B>
«Il n?y aura pas une goutte de boisson alcoolisée dans mon établissement à partir de la semaine prochaine. J?ai acheté des meubles en Asie pour rénover complètement l?hôtel et à partir de juillet je reçois les richissimes alcooliques et drogués d?Europe et d?Asie pour des cures de désintoxication dans mon établissement.» Brizlall Codaychurn caresse ce rêve depuis qu?il a travaillé dans des centres de désintoxication privés en Grande-Bretagne.
De fait, ce self-made millionnaire a débuté comme étudiant infirmier à Londres dans les années 60. «On disait à cette époque que le nursing consistait à nettoyer les pots de chambre des malades anglais. Il fallait du courage pour dire que vous alliez vous faire infirmier en Grande-Bretagne.»
Il n?a pas seulement eu du courage, mais aussi une certaine vision en achetant des maisons de retraite. Ce qui lui a permis de se faire une petite fortune. Que deviendront ses employés, une trentaine, soit une bonne douzaine de danseuses dont les salaires, avec les pourboires des clients, dépassent souvent les Rs 20 000 mensuellement. Personne ne sera à la rue.
Brizlall Codaychurn passe en fait le témoin à un autre Mauricien qui possède un nouveau club privé qui a recruté ses danseuses. Il n?en dira pas plus sur ce nouveau club, si ce n?est que ce nouveau club n?aura pas le même environnement et la même atmosphère que sa boîte offrait à la clientèle locale et touristique. Il avoue qu?il n?a nullement l?intention de lancer une autre boîte ailleurs. «Plus jamais ça. J?ai ouvert la voie et j?ai introduit à Maurice les stag et les hen parties qui sont des pratiques courantes en Europe pour permettre aux hommes et aux femmes d?enterrer leur vie de célibataire à la veille de leur mariage. Aux autres de continuer. Moi, je prends une autre voie.»
Une campagne de publicité est en ce moment en cours en Grande-Bretagne, notamment dans des revues spécialisées pour psychologues et psychiatres, concernant le Ritz Rehab Centre.
<B>Le Ritz Rehab Centre</B>
C?est dans le British Journal of Psychiatry et auprès des médecins spécialisés dans la réhabilitation des drogués et des alcooliques que Brizlall Codaychurn a entamé sa campagne de publicité pour son nouvel établissement. Le Ritz Rehab Centre, premier du genre dans notre région, sera calqué sur le Priory Private hospital de Rhoenhamton, situé dans l?Est londonien. Mais ce centre de réhabilitation privé ne sera pas à la portée des Mauriciens moyens. Seuls les très riches pourront se payer une cure, d?une durée minimale de 15 jours dans cet établissement qui ouvre ses portes en juillet. «Après avoir donné quelque chose de nouveau au nightlife mauricien, je viens proposer un nouveau produit touristique, le tourisme médical pour alcooliques et drogués. Je vise des Européens, mais aussi des Asiatiques et des Russes qui ont les moyens de se faire désintoxiquer hors de leur pays», explique Brizlall Codaychurn. Il est certain de réussir son coup. Il avoue être un joueur invétéré, sauf qu?il mise sur des projets et non sur le tapis vert.
<B>Natacha : «Je ne ferai aucun autre métier à part la danse»</B>
Les danseuses du Ritz gagnent bien leur vie. Personne ne veut l?avouer. Mais il se dit dans ce milieu qu?une danseuse peut se faire entre Rs 20 000 à Rs 30 000 par mois. Dépendant de ses prestations et des pourboires des clients, principalement les touristes des grands hôtels qui ont pris l?habitude de passer au moins une soirée au Ritz Private Club. Il faut dire que cette boîte privée a été bien vendue par les chauffeurs de taxi des hôtels. Natacha, danseuse de 19 ans, mère célibataire d?un enfant, avoue que le Ritz lui a permis de se payer des choses auxquelles elle n?osait même pas rêver quand elle était baby-sitter, employée d?usine ou bonne à tout faire.«J?ai été bien payée et la danse est en fait le seul métier qui me plaît, et dans lequel je me retrouve.
En fait, c?est le seul métier que je sais faire. Il me permet de m?occuper de mon enfant pendant la journée et de gagner décemment ma vie le soir» affirme-t-elle. Mais il n?est pas donné à n?importe qui de faire du «pole dancing», affirme-t-elle. Il y a le regard des autres, mais ses parents acceptent qu?elle fasse ce métier. Mais il faut aussi avoir un certain physique, le sens du rythme, et être au summum de sa forme pour faire des acrobaties avec la poutre. Elle est entrée dans le monde du «pole dancing» par hasard. Natacha estime être une personne respectée qui n?a jamais été mal considérée par la clientèle du club. Le c?ur gros avec la fermeture du Ritz, elle dansera pour un autre club privé pour amasser de quoi se marier et fonder sa famille.
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