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Dr Joy Backory : Passionné et détaché...
Les personnes occupant des postes importants ont tendance à minimiser les échecs personnels qu?ils ont pu rencontrer durant leurs parcours. Pas Joy Backory qui veut que les siens indiquent qu?il ?y a des développements différents selon les âges. J?ai connu beaucoup d?échecs dans ma vie. J?ai eu un résultat de Form VI très moyen. J?ai raté ma première année de concours de médecine et j?ai dû le refaire. Je n?ai pas réussi le concours d?internat du spécialiste classique en France. Mais derrière chaque échec, il y a une porte qui s?ouvre et je suis quand même là?. Le ton est ainsi donné. Cette relativité transpirera tout au long de l?entretien que nous accorde ce professionnel de santé, aîné de trois enfants et fils de parents infirmiers.
C?est à l?université de Lille en France que cet ancien élève du collège Royal de Port-Louis étudie et obtient son diplôme de médecine générale. Et pour son premier stage en tant que médecin, il est envoyé au service des maladies infectieuses à l?hôpital de Tourcoing où s?effectue notamment la prise en charge des personnes séropositives.
A cette époque, les médicaments existants traitent uniquement les maladies opportunistes et la mort est bien souvent au rendez-vous. ?Ce travail d?accompagnement entraîne forcément un questionnement de soi et permet de mieux se connaître pour mieux aider les autres.?
Bien que se sentant impuissant face à cette situation, le jeune médecin qu?il est s?enrichit au contact des malades et c?est là que se produit chez lui un déclic. Il réalise que c?est auprès de tels patients qu?il veut travailler alors il étudie pour obtenir un diplôme de prise en charge des personnes vivant avec le virus.
A la fin de ses études, Joy ressent le besoin de rentrer se ressourcer à Maurice. On est alors en 1996. Cette année-là est aussi celle de son mariage avec sa copine française Stéphanie qui lui donne par la suite trois enfants, Léa, aujourd?hui âgée de neuf ans, Théo, cinq ans et Hugo, trois ans. Il se lance dans la pratique privée.
Outre de sympathiser avec le Dr Nand Pyndiah, virologue au ministère de la Santé, une autre rencontre, déterminante dans son parcours, est celle qu?il fait avec Nicolas Ritter. Ce dernier jette alors les bases de ce qui deviendra Prévention, Information et Lutte contre le sida (PILS). Joy intègre cette organisation non gouvernementale en tant que médecin technicien.
Ce n?est que deux ans plus tard qu?il intègre le service public, étant affecté comme généraliste à l?hôpital de Flacq. Durant son temps libre, il poursuit son travail auprès de PILS où il siège aussi comme membre exécutif.
A partir de là, la contribution de Joy à l?amélioration de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA sera importante, même s?il a tendance à la minimiser.
Outre d?initier le traitement pour les personnes séropositives, il s?occupe aussi des transferts sanitaires en urgence des patients en péril vers la Réunion. Ces derniers sont alors suivis par le Dr Catherine Gaud, immuno-logiste affectée à l?hôpital de Bellepierre. Avec l?appui de cette dernière, il lance sur une base pilote le projet de traitement de prévention de la transmission du virus de la mère à l?enfant, financé par l?Agence nationale de recherche sur le sida. Projet qui fonctionne et qui est repris et appliqué comme politique par le ministère de la Santé.
?Avec PILS, j?ai appris à me débrouiller avec peu de moyens. Avec mes patients, j?ai appris que nous ne sommes propriétaires de rien dans la vie mais locataires de tout.?
Avec l?aide du Dr Renaud Ng Man Sun, à l?époque coordonnateur de la Aids Unit, Joy rédige un projet de mise sur pied d?un National Daycare Centre for Immuno-Suppressed que le gouvernement applique au centre Bouloux de Cassis. Il est ensuite muté pour diriger ce centre de soins. Il évolue alors dans un cadre officiel, constitue son équipe, tout en suivant les patients qu?il traitait de façon bénévole. ?C?est très satisfaisant de rallier une équipe de médecins, d?infirmiers, de techniciens de laboratoire et des officiels du ministère autour d?un changement de conception à propos du VIH/SIDA et leur faire prendre conscience que les personnes vivant avec le virus ne sont pas vouées à une mort rapide. Pour cela, il a fallu plaider, convaincre et leur montrer qu?eux aussi ont une contribution dans la prise en charge de ces malades. Pour avoir des résultats, il faut certes des législations, des documents, des mandats et des autorisations. Mais le plus gros du travail repose sur la persévérance et la création d?affinités humaines avec les différents interlocuteurs et acteurs.?
Sentant qu?il plafonne et que la structure peut rouler sans lui, il postule auprès des Nations unies pour être le point focal de l?ONUSIDA à Maurice et pour aider la Commission de l?océan Indien à développer son programme de lutte contre le sida. C?est ce qu?il a fait jusqu?à tout récemment.
Un autre fait marquant chez Joy est qu?il ne se contente pas de voir sa contribution là où il passe. Il mesure aussi ce qu?il a reçu. ?Avec PILS, j?ai appris le travail associatif et à me débrouiller avec peu de moyens. Avec mes patients, j?ai appris que nous ne sommes propriétaires de rien dans la vie mais locataires de tout. Avec le gouvernement, j?ai représenté mon pays à des conférences internationales et cette exposition m?a enrichi. Avec la COI, j?ai compris le cadre diplomatique du travail avec cinq États et j?ai pu contribuer à développer le partenariat COI/ses Etats membres/la société civile/les Nations unies. En tant que point focal de l?ONUSIDA à Maurice, j?ai contribué avec l?équipe pays-Nations unies au développement du plan multisectoriel 2007-2011 qui va guider le pays pour stopper le sida et améliorer la qualité de vie des personnes porteuses du virus. Dans tout cela, je n?ai été qu?un pion, dans le bon sens du terme.?
A partir du 23 juillet, Joy agira comme conseiller en partenariat auprès du quartier général de l?ONUSIDA à Genève. Ses tâches seront similaires à celles qu?il remplissait pour cette instance à Maurice : instituer des partenariats au niveau pays, aider à développer de nouvelles stratégies, initier de nouveaux partenariats avec les instances internationales et les organisations religieuses.
Joy considère que le gouvernement n?a pas seul la responsabilité dans la lutte contre le VIH/SIDA. Toutes les parties concernées doivent jouer leur rôle. ?Tout dépend de la perspective. On arrive dans une phase de partena-riat gouvernement-secteur privé. C?est nouveau, difficile, parfois douloureux et il faut faire vite au niveau des autorités. Mais la société civile est aussi à la croisée des chemins et doit agir. Toutes les parties prenantes doivent se mettre au diapason pour le bien-être de la population.?
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