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Stratégies contradictoires
par Raj Meetarbhan
La lutte des classes prônée par une aile radicale du Parti travailliste est peut-être sincère. Mais il reste à savoir si les théoriciens de ce combat ont assimilé les leçons du passé quant à la mise en pratique de la logique de Marx. Cela fait longtemps, en tout cas, que les économistes ont compris que l?enrichissement des pauvres ne se fait pas sans l?enrichissement des élites. C?est la prospérité des uns qui fait la prospérité des autres.
Le dernier dirigeant politique qui avait cru qu?il suffit de tourner le dos au business, aux investisseurs et à l?ouverture pour lutter contre la pauvreté a conduit son pays à la déroute. Non, il ne s?agit pas du Zimbabwéen Robert Mugabe mais de l?ancien dictateur ougandais, Idi Amin. Celui-ci déclara une ?guerre économique? le 5 août 1974, après un rêve où Dieu lui ordonna d'agir. Il décréta à son réveil l'expulsion de quelque 40 000 Indiens et Pakistanais engagés dans les affaires. Pour son pays, c?est un cauchemar qui commençait.
Même s?ils ont en commun des préjugés racistes, le cas du bourreau de Zimbabwe est différent de celui du fou d?Ouganda. L?objectif premier de Mugabe n?est pas de mettre à bas le grand capital. Celui-ci est plutôt motivé par le désir de laver l?affront des humiliations coloniales. Vengeur, il s?est acharné sur les fermiers blancs et a confisqué des terres que ces derniers ont su faire fructifier pendant des décennies. L?économie de son pays, qui repose sur l?agriculture, s?en est trouvée ruinée.
Chez nous, il faut s?inquiéter des tentatives de faire marche arrière sur les acquis et principes de l?ouverture et de l?économie libérale. On en vient à se demander si les idéologues qui poussent à la confrontation ne manquent pas de lucidité. Et si les investisseurs se sentent effarouchés par l?hostilité ambiante à leur égard ?
Aujourd?hui, l?Etat réclame des terres aux sucriers parce que, soutient-il, c?est le gouvernement qui négocie avec l?Europe les mesures d?accompagnement destinées à financer la modernisation de l?industrie. Qu?est-ce qui prouve que demain l?Etat n?ira pas réclamer une petite contribution additionnelle des ?barons? de l?offshore en invoquant les avantages que ceux-ci tirent des traités de non double imposition négociés par des politiques ?
De même, le ?Competition Bill? a l?air de faire partie de ces opérations menées avec zèle par la mouvance anti-business. Certes, il est un fait qu?il existe des monopoles, des ententes secrètes et d?autres pratiques occultes qui pénalisent les consommateurs. Mais, en général, c?est le marché et son ouverture à la concurrence qui permettent de fournir le meilleur service possible au moindre coût. Quand le gouvernement s?en mêle avec l?intention de corriger les distorsions, cela mène à des situations du type Amul.
En ce moment, l?État tente de concilier une stratégie libérale et la tentation de piloter les enjeux économiques. Cet écartèlement est pénible.
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