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Terre : Le nouveau deal

3 juin 2007, 00:00

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C?est une réforme d?envergure qui est en gestation. La vive tension qui a opposé le gouvernement aux sucriers durant près de deux mois aura eu le mérite de faire naître le projet d?un partenariat extrêmement ambitieux entre l?État et le secteur de la canne. Profitant de la phase de restructuration profonde de l?industrie sucrière, le gouvernement s?apprête à négocier le transfert d?importantes superficies de terres. Mais surtout, à initier un changement majeur dans la structure de l?actionnariat de l?industrie de la canne. C?est un nouveau deal qu?on propose.

Étonnamment, la question de la terre ne semble plus susciter de controverses. Fin mars, le gouvernement avait laissé entendre que l?industrie sucrière allait devoir contribuer au financement des coûts sociaux de la réforme, en transférant la propriété de 1 500 à 2 000 arpents de terre à l?État.

Durant tout le mois d?avril, cette demande a été jugée, selon les points de vue, soit inopportune ou carrément scandaleuse. Mais la mésentente à ce sujet s?est tue. Désormais, on parle non pas de 1 500 ou 2 000 arpents de contribution, mais d?une superficie encore plus vaste? le chiffre de 3 000 est même évoqué. Avec prudence, à l?hôtel du gouvernement.

C?est que la méthode a changé. Fini le « flou » autour des projets « d?intégration sociale » dont le gouvernement parlait, sans grande conviction, début avril. Désormais, on quantifie les superficies nécessaires, leurs emplacements géographiques précis et surtout les projets pour lesquels les terres transférées seront utilisées.

<B>Des fenêtres d?opportunités</B>

C?est Arvin Boolell qui présidera le sous-comité chargé de la question des terres. « Nous n?allons pas annoncer d?un coup tous les projets pour lesquels des terres devront être transférées. Nous distillerons, cela fait partie de la négociation », lance placidement un ministre du gouvernement.

L?approche « project-oriented » qu?a prise le gouvernement aurait aidé à calmer les esprits. Mais on aurait tort de croire que les terres transférées iront seulement à l?élaboration de projets sociaux. En effet, le gouvernement se ménage des fenêtres d?opportunités. Ainsi il se prépare à sortir des cartons certaines possibilités de participation précises.

Le délai de soumission pour les « expressions of interests » internationales pour la ville nouvelle de Highlands au coût de Rs 100 milliards a pris fin ce jeudi. Or, il se pourrait que l?offre de certains soumissionnaires nécessite une superficie supérieure aux 2 500 arpents initialement prévus.

C?est là que l?industrie sucrière pourrait être appelée à contribuer une partie des terres que le gouvernement lui réclame. Le coup a été bien pensé. Car l?industrie sera bien mal inspirée si elle refusait de contribuer, à travers un apport de quelques dizaines, voire centaines d?arpents de terre à un projet qui est considéré comme « le projet urbain le plus ambitieux depuis l?époque de Mahé de Labourdonnais ».

Au gouvernement, on semble avoir compris que l?offre faite aux sucriers doit être précise et cadrer avec une stratégie tellement ambitieuse, que dire non, pour l?industrie sucrière équivaudrait à passer pour une bande de rétrogrades soucieux de protéger leurs intérêts en ne participant pas au processus de modernisation de l?économie du pays.

La deuxième offre du gouvernement à l?industrie sucrière est effectivement très ambitieuse. Elle concerne la structure de son actionnariat. Navin Ramgoolam et quelques-uns de ses ministres, dont Rama Sithanen, planchent sur une proposition qui fera passer le Sugar Investment Trust (SIT) pour un Petit Poucet.

Pour bien comprendre cette proposition, il faut imaginer l?industrie de la canne dans environ dix ans. En 2015, les champs de cannes dominent toujours le paysage. Mais la quasi-totalité des sucreries a fermé. À leur place, trônent quatre grands centres de production. Chacun opère quatre activités connexes. La production d?environ 100 000 tonnes de sucres ordinaires et spéciaux. La fourniture d?électricité en brûlant bagasse, charbon ou déchets ménagers. La fabrication de rhum et d?alcool de canne supérieurs. Et enfin la distillerie d?éthanol pour l?exportation et son utilisation par les véhicules du pays.

En instituant le SIT en 1993, le gouvernement d?Anerood Jugnauth avait négocié, avec l?aide de son ministre des Finances Rama Sithanen, l?acquisition de 20 % du capital des sucreries qui allaient être transférés au SIT. Mais 20 ans après, en gardant la structure du capital actuel du SIT, les actionnaires du trust, planteurs ou travailleurs de l?industrie sucrière, ne toucheront des dividendes qu?à partir des seules activités de production de sucre et d?énergie de l?industrie de la canne.

<B>Redistribution des cartes</B>

D?où l?idée de négocier un nouveau deal. En effet, il est maintenant question d?une prise de participation à hauteur de 20 % dans toutes les activités des futurs clusters de la canne. De sorte que l?actionnaire du SIT touche des dividendes provenant aussi bien des profits des activités de distillerie d?éthanol et d?alcool des quatre grands centres de production du pays.

Mais comment faire ? Devant un projet si ambitieux, le gouvernement songe à créer une grande holding ou alors quatre holdings dont chacune serait propriétaire d?un cluster dans le pays. Les 20 % de prise de participation dans le cadre du SIT seraient revendus à ces holdings qui auront toujours pour actionnaires majoritaires les actuels propriétaires des usines sucrières. Mais ces holdings redistribueraient à leur tour 20 % de leur capital aux planteurs et travailleurs de l?industrie sucrière. Autant dire une redistribution des cartes et une vraie mise en application d?une politique de démocratisation de l?économie et de l?actionnariat dans le pays.

<B>Activités rentables et porteuses</B>

Mais les modalités d?un tel projet restent à être peaufinées et négociées avec les sucriers. Mais en attendant, on dégage déjà tous les bienfaits de cette approche. Dont « un sens d?appartenance plus grand » des planteurs et travailleurs de l?industrie qui auraient désormais la possibilité de désigner des directeurs pour défendre leurs intérêts sur les conseils d?administration des quatre clusters.

Et on évoque aussi le volet d?ingénierie sociale du projet. En effet, un petit planteur détenant 5 000 actions du SIT touche moins de Rs 500 de dividendes actuellement. Assommés par le feuilleton des mauvaises nouvelles sur les perspectives de rester planteur de canne, nombre d?entre eux rechignent à conserver leurs terrains. Les travailleurs de l?industrie ruminent le même blues face à un avenir incertain.

Mais avec la nouvelle forme de participation dans des activités désormais rentables et porteuses, beaucoup de ces pessimistes redécouvriront des raisons de croire en l?avenir de la canne. De travailler dans le secteur et d?aider à son développement.

Le tableau est beau. Il faut maintenant que le gouvernement et le secteur sucrier le peignent ensemble. Ce ne sera pas sans négociations.

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