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Masque ?

3 juin 2007, 00:00

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« Sur le Pont Neuf j?ai rencontré Mon autre au loin ma mascarade? »

C?est dans « Le Roman Inachevé » de Louis Aragon que l?on peut lire ces vers, un long poème où l?homme revient méditer sur sa vie et cette époque tellement troublée? La « mascarade » de la vie, avec ses visages et leurs comédies, les masques que l?âge distribue au fil de l?époque.

Qui dit masque, dit déguisement, désir de se cacher, tromper, donner le change. Ainsi, dans bien des circonstances, l?homme (et mieux encore la femme) avancent-ils masqués. La redoutable lutte pour la vie sociale exige cette prudence si l?on ne veut pas se laisser broyer. Les « malins » excellent à cet exercice ; les naïfs, les purs manquent d?une élémentaire rouerie : ils s?y brisent.

Notre monde est plein de gens qui n?ont pas su « jouer le jeu » du déguisement, de la comédie. Ce que Chrysale reproche patiemment à l?Alceste du « Misanthrope ». Molière non plus, dans la vie ? bien que comédien à la scène ? ne saura pas déguiser ce qu?il pense de l?hypocrisie. Sa comédie du « Tartufe » déchaîna la virulence cléricale. Il devait être enterré la nuit, comme un chien : la vengeance est un plat qui se déguste froid.

Au théâtre, le masque (qui est devenu le maquillage moderne) permettait d?interpréter des personnages dont le type physique indiquait le caractère : le bon ou le méchant, le jeune ou le vieillard, le roi et le guerrier. Certains masques hideux représentaient le vice, la traîtrise, les forces de l?enfer. Ou la marque d?un sortilège, comme dans l?inoubliable film de Jean Cocteau « La Belle et la Bête », celle-ci incarnée par l?extraordinaire Jean Marais. Film magique qui souligne cet aspect magique du masque.

Ainsi en Chine, le port du masque exorcise les mauvais esprits, le dragon des fêtes chinoises.

Mais le rôle social du masque perdure au cours des fêtes de carnaval, comme symbole de ce que l?on peut faire si JE est un Autre. Au Moyen-Âge, à la faveur de la fête des Fous, le populaire pouvait tout dire, tout se permettre, sous la protection du déguisement. On connaît le fantastique défoulement collectif que constitue le célèbre Carnaval de Rio. C?est une sorte de purgation des humeurs, un débridement général des m?urs, permis hors du cadre des obligations habituelles? On peut ici évoquer le fameux « Dîner de têtes » de Prévert?

En Afrique, en Orient, l?usage du masque reste un rituel. Rituel de danses et d?invocations, dont la sculpture nous donne une image saisissante. Le masque donne apparence à ce que l?on appelle sur soi et la tribu ; mais également à ce que l?on redoute, les démons que les hommes veulent se concilier ou éloigner? Beaucoup de ces masques sont des ?uvres d?art plus ou moins fantastiques, propres à frapper les imaginations. On rejoint ici l?origine du mot, issu du latin « masca », sorcière? La sorcellerie a toujours recours au masque ; soit par le déguisement, soit par l?usage de figurines représentant les personnes sur qui l?on souhaite agir?

Un grand usage a été fait du masque dans nos sociétés mondaines. Surtout au cours de « bals masqués ». Le bal masqué, justement, permettait un libre comportement vis-à-vis des autres, jeu de la vérité fort prisé au dix-neuvième siècle et jusque dans les années trente. Bien des romanciers ont utilisé cette fiction ? Alexandre Dumas, entre autres, afin de faire circuler, à demi-cachés, des personnages traqués? Venise a beaucoup illustré le bal masqué, sous des visages de grande beauté. Napoléon Bonaparte aimait les bals masqués. « Il s?y trouvait entrepris chaque année, nous raconte Las Cases, par un même masque, qui lui rappelait d?anciennes intimités, et le sollicitait avec ardeur de vouloir bien le recevoir, et l?admettre à sa cour. C?était une femme très aimable, très bonne et très belle? L?Empereur, qui l?affectionnait, lui répondait toujours : ??Je ne nie pas que vous soyez charmante, mais voyez un peu quelle est votre demande : jugez-la vous-même? Vous avez deux ou trois maris, et des enfants de tout le monde. On tiendrait à bonheur sans doute d?avoir été complice de la première faute ; on se fâcherait de la seconde, on la pardonnerait peut-être, mais ensuite, et puis, et puis ! »? Alors la belle solliciteuse lui disait : « Du moins, ne m?ôtez pas l?espérance.?? Et renvoyait à l?année suivante à être plus heureuse. »

Tous les masques ne furent pas si frivoles. Ainsi le fameux « Masque de fer » prisonnier de Louis XIV, et dont l?identité se discute encore?

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