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Notre rapport avec l?argent

3 juin 2007, 00:00

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Les prix flambent, le nouveau budget national approche à grands pas, nous sommes en pleine saison des courses hippiques? Avec tout ça, on ne cesse de parler d?argent.

En y regardant de plus près, l?argent, c?est quoi ? De simples bouts de papier et de la ferraille. Alors pourquoi tant de discussions autour de l?argent ? Pourquoi tant d?efforts pour en avoir ? Parce qu?il est pratiquement impossible de vivre sans. Les chiffres s?additionnent ou se soustraient pour régir notre rythme de vie, notre niveau de confort ou d?inconfort.

Nous sommes tous d?accord pour dire que l?argent est important, mais il n?a pas la même place pour chacun de nous. Des liens différents finissent par se tisser avec lui, en fonction de nos expériences passées et de notre environnement, comme le souligne la psychologue Véronique Wan Hok Chee. « Nous côtoyons l?argent depuis notre plus tendre enfance. Il y a même certains parents qui le donnent à leurs très jeunes enfants pour qu?ils jouent avec, alors qu?ils n?ont aucune notion de ce que c?est. »

D?autres encore essaient de combler leurs progénitures avec le fameux pocket money. Alors que certaines personnes grandissent dans des conditions plus modestes. Toutes ces expériences font que chacun de nous considère l?argent de manière différente. Et elles peuvent expliquer le fait que nous sommes radins, dépensiers ou prévoyants.

TEMOIGNAGES

Cassandra, 25 ans, est très près de ses sous

« Je suis l?exemple même de la radinerie et je l?assume. On m?accepte comme je suis ou pas du tout. Je suis surtout radin lorsqu?il s?agit des autres. Je ne vais pas montrer mon affection par des choses matérielles, mais plutôt par des gestes ou des mots.

Pour me faire plaisir, il arrive que je dépense une certaine somme, mais,je fais de mon mieux pour que ce soit le moins possible. Par exemple, au restaurant, je vais choisir le plat le moins cher ou alors je me fais inviter et je laisse les autres payer pour moi. Et je n?achète pas de cigarettes.

Je compte toujours sur mes amis pour m?en donner.

Par ailleurs, j?utilise ma carte étudiante qui n?est plus valide pour payer moins cher lorsque je prends le bus. Si je vois un mendiant sur la route, je ne vais rien lui donner ou alors mes petites pièces pour m?en débarrasser. Quelquefois, c?est embarrassant pour moi d?agir de la sorte en présence de quelqu?un que je connais, mais je me dis que les gens doivent m?accepter comme je suis. Et je ne croispas que je changerai. »

Jean-Luc, 35 ans, dépense sans compter

« Je ne fais pas vraiment attention à mon budget. Il faut que je me fasse plaisir. Si je trouve quelque chose qui me plaît, je dois absolument me l?acheter. La plupart du temps, je le fais dans la limite de mon budget. Mais il m?est parfois arrivé de casser la tirelire.

Par exemple, je me suis fait plaisir en m?offrant une grosse chaîne hi-fi. Cette dépense a laissé un énorme trou dans mon compte en banque. Par la suite, j?ai eu à faire beaucoup de sacrifices et à me serrer la ceinture, ce qui n?était pas du tout facile. Mais ce n?est pas parce que je suis passé par ce moment difficile que je suis devenu moins dépensier. Je continue à me faire plaisir. L?argent est fait pour être dépensé et non pour être gardé. À quoi bon sinon ? »

Robin, 27 ans, n?aime pas parler d?argent

« J?ai du mal à parler d?argent, surtout de mon salaire. Je pense que c?est du domaine du privé et que les autres n?ont pas à savoir une chose aussi personnelle. Puis, c?est un sujet délicat à aborder. Cela dépend bien évidemment de ceux avec qui je suis.

Il m?arrive d?en parler avec les parents, je n?aborde jamais le sujet avec les collègues et les amis. On ne sait jamais combien touche l?autre. ça peut être frustrant pour un collègue d?apprendre que je touche plus que lui, alors qu?il est employé dans l?entreprise depuis plus longtemps que moi. Au final, cela peut devenir une source de conflits et de convoitise. Des relations peuvent être gâchées à cause de l?argent. Certains n?hésiteront pas à passer des remarques désobligeantes. »

PROFILS

Le radin

Ce n?est pas que le personnage d?une pièce de Molière, l?avare existe bel et bien. Retirer le moindre sous devient source de douleur, de séparation et même d?angoisse pour le radin. Il y a bien évidemment ceux qui n?ont pas les moyens de se payer des biens matériels, qui vivent dans des conditions modestes par la force des choses. Mais ce n?est pas le cas du radin, dont le compte en banque peut faire pâlir d?envie, même si son apparence et les conditions dans lesquelles il vit laissent souvent à désirer.

Une rente honorable à chaque fin de mois, mais voilà que le placard est un ramassis de vieilleries mille fois portées, la maison est négligée, la voiture tombe en pièce, mais le radin trouve toujours le moyen de ne pas tirer un sou de sa poche. Cette façon d?agir trahit un souci de conserver, d?économiser et de recevoir sans donner en retour.

Selon la psychologue Véronique Wan Hok Chee, ceux qui cadrent avec ce profil ont sûrement vécu dans l?extrême simplicité, voire la pauvreté, et où les rentrées d?argent étaient très difficiles. Maintenant qu?ils arrivent à en recevoir, même de façon confortable, les radins ne réussissent pas à se défaire de cet argent. La peur d?en manquer les tenaille.

Ils ont aussi pris l?habitude de vivre en faisant des sacrifices et en se privant. Cet argent qu?ils préservent est synonyme de sécurité, cela leur donne le sentiment d?être à l?abri du besoin. Ils peuvent avoir des rêves, vouloir réaliser certaines choses, mais cela demeure au niveau du fantasme puisqu?ils n?y mettent pas les moyens pour y arriver.

Dans cette catégorie, ils sont nombreux ceux qu?on appelle les « bater bis ». Au lieu de s?acheter des choses, ils demandent aux autres de le faire à leur place ou ils ont recours à des stratèges pour éviter de vider leur bourse.

Ils sont de ceux qui arrivent très souvent à se faire inviter au restaurant.

Le flambeur

Grande maison, belle bagnole, voyages, restaurants. Bref, une vie de rêve que vit le flambeur. Mais à quel prix ? Celui du surendettement, des prêts à rembourser, des trous dans le compte en banque ! Et cela uniquement pour être en possession de biens matériels, pour posséder le luxe en quantité ostensible.

Le flambeur dépense sans compter, n?hésite pas à dilapider des sommes folles pour faire l?acquisition d?objets. Il profite de la vie, au jour le jour, parce qu?il ne sait pas ce qui l?attend plus tard. Il a le goût du risque, mais, surtout, il n?a aucune notion de sacrifice ni de projection dans l?avenir. Le flambeur ressent le besoin de dépenser de manière compulsive et peut faire des achats inutiles. La plupart du temps, cela répond à un besoin de combler un vide intérieur.

L?acquisition compulsive permet à ce dernier de se sentir comblé. Mais ce bien-être est éphémère et l?insatisfaction refait toujours surface. Peu importe la quantité de choses qu?il a en sa possession, le flambeur en veut toujours plus. L?achat compulsif est une addiction, comme celle à la drogue ou à l?alcool.

Pour certains dépensiers, s?acheter des choses de manière compulsive est devenu un mode de vie. Mais pour d?autres, utiliser leurs cartes bancaires est synonyme de réconfort. En effet, ces derniers considèrent l?achat comme un moyen de consolation. Une mauvaise journée se termine donc au magasin à essayer de chercher du réconfort en remplissant les sacs. Mais bien sûr, les objets ne comblent jamais un vide intérieur ou un malaise profond.

Il y a aussi ceux qui dépensent sans compter pour montrer qu?ils ont du pouvoir, puisque dans notre société l?argent est synonyme de statut social et de respect de la part des autres. Ils sont avides de considération et de reconnaissance.

Le « zougader »

Pour le zougader ? joueur ? le lien avec l?argent est un lien pathologique. Comme l?explique Véronique Wan Hok Chee, le joueur compulsif n?a pas besoin de cet argent, et il ne sait pas non plus comment le garder. Même lorsqu?il gagne des sous, le zougader a besoin de les dépenser puisqu?il ne sait pas quoi en faire.

Ce qui pousse le joueur à parier son argent, c?est la fascination pour le jeu et non pas l?appât du gain.

Le fait de jouer, de prendre des risques le grise. Lorsqu?il ressort avec beaucoup d?argent, il va le rejouer. Il en veut toujours plus, même s?il ne sait pas ce qu?il va en faire après.

Le bon Samaritain

Pour le bon Samaritain, l?argent n?a pas grande importance. Il n?est pas un dépensier compulsif ou un surendetté, mais il n?hésite pas à s?en séparer pour couvrir les autres de cadeaux. Ses gestes sont empreints de générosité, mais quelquefois d?autres raisons se cachent derrière ses actions qui peuvent paraître banales.

Un besoin de se sentir aimé, d?être reconnu, d?être entouré, d?être en contact permanent avec les autres, le motive à gâter son entourage et à dépenser sans compter pour lui. Une telle attitude traduit un besoin d?affection. La perte de l?argent, de biens matériels paraît dérisoire en comparaison avec la perte de liens affectifs. Pour le bon Samaritain, il y a un vide intérieur qui est comblé non pas par la possession, mais par l?affection qui lui est donnée.

Le prévoyant

Le prévoyant se reconnaît de par son attitude économe. Mais ce dernier n?est pas non plus près de ses sous. Il sait répondre à ses besoins et à ceux de sa famille. Que la rente soit très bonne ou modeste, le prévoyant arrive toujours à mettre de côté de quoi parer aux urgences et également s?assurer un certain confort pour l?avenir. Il n?hésite pas à épargner de l?argent ou à l?investir pour qu?il fructifie.

Le prévoyant réfléchit mûrement avant d?effectuer la moindre dépense. Il traque les bonnes affaires et ne se laisse pas guider par ses pulsions ou ses émotions. Il sait se faire plaisir tout en gardant la tête sur les épaules. Les publicités, les offres alléchantes ne l?influencent pas. Il connaît et surveille de près les moindres fluctuations de prix. Au final, c?est quelqu?un qui ne vit pas dans des conditions modestes et dont le compte en banque n?est pas, non plus, en souffrance.

Le « mal à l?aise »

Parler d?argent n?est pas chose facile pour « le mal à l?aise ». Il considère ce sujet avec gêne, hésite à l?aborder ou esquive les questions qui y ont trait. Selon Véronique Wan Hok Chee, ce genre de personnes passent ce sujet sous silence pour ne pas donner l?impression d?être riches ou pour ne pas attirer la jalousie. Elles évitent ainsi convoitise et rivalité. Ce qu?elles ont sur leur compte en banque ou dans leur portefeuille demeure dans l?ordre du privé.

Même avec des amis ou en famille, aborder les questions d?argent devient problématique.

Le « mal à l?aise » a des difficultés à parler de ses revenus, même avec son conjoint. Face à un ami, il hésite même à demander à être remboursé ou à être payé pour un service rendu. Il préfère donc esquiver la question.

SA PLACE DANS LE COUPLE

Même les relations de couple ne sont pas épargnées par l?argent. Si certains arrivent à s?entendre sur le sujet, d?autres sont moins habiles à cet exercice. Il n?y a pas de règles générales, tout dépend du couple, des individus qui y sont impliqués et de leurs revenus. L?argent peut devenir une méthode pour déterminer qui a le plus de pouvoir, surtout lors des conflits. Dans les couples qui rencontrent des difficultés, l?argent peut être un moyen d?avoir l?ascendant sur l?autre, de montrer qui est le plus fort. Et le partenaire qui possède moins, peut se sentir diminué. Heureusement, certains couples arrivent à instaurer des règles où tout le monde y trouve son compte. Par exemple, chacun des deux peut contribuer au ménage selon ses revenus. Mais le plus important est d?en discuter ouvertement avant de se marier.

Cela peut éviter des problèmes par la suite.

QUESTIONS A SADASIVEN COOPOOSAMY, PSYCHOLOGUE

« Les comportements avec l?argent remontent à l?enfance »

Il semble que chacun de nous ait une relation différente avec l?argent. Comment expliquer cela ?

Tout remonte à l?enfance, à nos années formatrices, c?est-à-dire les six premières années de notre vie. Nous acquérons, grâce à nos parents, la base de notre éducation durant cette période et nous faisons nos propres expériences. C?est à ce moment de la vie que l?enfant apprend la maîtrise de soi. L?exemple que les parents nous donnent durant cette période est crucial. Si ces derniers ont montré qu?il faut toujours faire des sacrifices, qu?il faut toujours économiser, nous grandissons avec cet état d?esprit et cela finit par faire partie de notre vie.

En revanche, si une personne a vécu dans des conditions très modestes durant son enfance, elle peut essayer de compenser cela en dépensant à outrance plus tard. Dépenser, montrer au monde qu?elle a de l?argent est une façon de compenser, de prouver qu?elle a réussi. Ses biens lui donnent le sentiment d?accéder à un rang social enviable. Mais tout dépend des individus, il ne faut pas généraliser. Toutefois, les comportements avec l?argent traduisent un mode de vie spécifique dans l?enfance.

Est-ce dire que plus tard, il ne sera plus possible de modifier son rapport avec l?argent ? Par exemple, un dépensier le restera toute sa vie?

À un certain âge, il est vrai que c?est difficile de changer. Et la personne en question ne réalise pas qu?elle devrait modifier son comportement avec l?argent. Selon elle, elle a raison d?agir ainsi, et les autres ont tort. Un avare n?acceptera pas le fait que, s?il défait les cordons de la bourse, ce ne sera qu?à son avantage Il est même outré devant les dépenses des autres.

C?est à l?entourage proche d?analyser son comportement et d?essayer de le comprendre. Il pourrait lui parler, l?aider en lui proposant de se rendre chez un thérapeute pour réapprendre à renouer avec l?argent et ce, de manière moins compliquée. Les proches peuvent aussi accompagner un dépensier lorsqu?il fait ses courses, afin d?essayer de le freiner lorsqu?il commence à abuser. Mais il est important que la personne en question ait un déclic et prenne du recul pour essayer de comprendre son rapport avec l?argent.

Les relations avec l?argent sont complexes.

Est-il possible de les rendre plus simples et plus saines ?

Franchement, je pense que cela est très difficile dans ce monde matérialiste. Tout est là pour nous pousser à consommer davantage. Les publicités sont partout, de nouveaux produits viennent constamment envahir le marché. Nous voulons toujours plus. Tout nous pousse vers l?argent. Tout se mesure à la grosseur de notre portefeuille.

D?un côté, nous voulons donc plus d?argent pour acheter encore plus de choses et de l?autre, nous avons peur d?en manquer. Dès notre plus jeune âge, l?argent fait irruption dans notre vie, alors que nous n?en avons pas encore la notion, la valeur et que nous ne connaissons pas la place qu?il devrait avoir. Il n?est pas surprenant de voir des jeunes s?adonner aux jeux de hasard.

Une solution serait de prendre du recul par rapport à l?argent et ne pas en faire une obsession.

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