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La bataille pour la succession de Thabo Mbeki est engagée

31 mai 2007, 00:00

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Aujourd’hui, le poste de vice-président n’est plus le ticket d’entrée dans la course à la présidence et la bataille pour être le candidat du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, s’annonce rude.

Il est désormais certain que Thabo Mbeki, dont le second mandat s’achève en 2009, ne s’accrochera pas à son poste de président. Un temps, Jacob Zuma, le vice-président, a fait figure de successeur naturel. Le scénario s’est effondré quand, en juin 2005, empêtré dans une affaire de corruption, il a été démis de ses fonctions. L’affaire, un pot de vin sollicité auprès du groupe français Thalès, a connu des rebondissements avant de s’enliser.

Dès le début de cette saga judiciaire, les partisans de Jacob Zuma ont dénoncé un complot du camp Mbeki pour barrer la route à leur champion. Celui-ci a ensuite repris lui-même cet argument, après avoir été accusé de viol par une jeune femme qu’il soupçonne d’avoir été manipulée par ses adversaires. Le 8 mai 2006, la justice a acquitté Jacob Zuma dans cette affaire, dont il est sorti très affaibli. Malgré ces démêlés avec la justice, Zuma reste cependant un prétendant sérieux. Il peut compter sur le soutien d’une partie importante de l’ANC et de ses alliés politiques.

Cet homme rond et décontracté est un tribun hors pair. Il sait chauffer les foules comme pour un concert de rock, n’hésitant pas à chanter et danser sur scène avec un certain talent. Ses opposants le disent démagogue. Ses partisans lui vouent un culte sans limite. Bien que politiquement, il ne soit pas plus à gauche que les autres candidats potentiels de l’ANC, il peut d’ores et déjà compter sur le soutien d’une grande majorité des syndicats, unis sous la bannière de la Cosatu, sur le Parti communiste et sur la ligue des jeunes de l’ANC.

De son côté, le président Mbeki – trop attaché à ne pas ternir l’image de modèle démocratique que l’Afrique du Sud a acquis – ne contournera pas la Constitution pour s’offrir un troisième mandat. Il aimerait cependant s’assurer que la présidence du pays ira à l’un de ses poulains. Pour cela, il pourrait briguer un troisième mandat à la tête de l’ANC, qu’il dirige avec fermeté depuis dix ans. Ses détracteurs lui reprochent d’ailleurs son style autoritaire et son aversion pour la contradiction, voire pour le débat.

Rien dans les textes régissant le parti ne l’empêche de se représenter. Il lui faudra cependant faire campagne dans chacune des directions provinciales. La partie n’est pas gagnée d’avance même si elle est bien engagée. Seule sa province d’origine, l’Eastern Cape, lui est acquise. Tout comme Jacob Zuma peut compter sur le Kwazulu Natal.

Thabo Mbeki est également bien implanté dans le Gauteng, qui englobe la capitale Pretoria et Johannesburg, ainsi que dans la région du Cap et du Limpopo au nord. Dans les autres provinces, qui toutes, petites ou grandes, ont le même poids électoral, il y aura une vraie bataille.

Une bataille qui ne porte pas sur des choix politiques. Il est ici question de pouvoir. Aux yeux de tous les prétendants, l’ANC est la “machine à penser” et le futur chef de l’Etat, quel qu’il soit, ira prendre chaque semaine ses consignes auprès du parti. Ce qui donne toute son importance à la présidence de cette formation idéologiquement hétéroclite.

S’il est encore un peu tôt pour que chacun abatte ses cartes – le congrès de l’ANC est en décembre – des noms de successeurs potentiels commencent à circuler. Thabo Mbeki a suggéré que le prochain chef de l’Etat devrait être une femme. Dans son entourage, deux noms sont principalement avancés : la ministre des affaires étrangères, Nkosasana Dlamini Zuma, et la vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka. Deux femmes avec lesquelles il travaille depuis long- temps. Il pourrait alors organiser une direction bicéphale du pays, l’une à la tête de l’Etat et lui à la tête de l’ANC, formation toujours aussi hégémonique.

© Le Monde 2007 </B> <I>Distribué par The New York Times syndicate

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