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La dernière chance

30 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Raj Meetarbhan

Les ténors du régime rencontrent les barons de l?industrie-mère aujourd?hui pour désamorcer une bombe. Il leur reste peu de temps. Le compte à rebours est déjà enclenché et nous ne sommes qu?à 24 heures de l?échéance fixée par le gouvernement pour régler le contentieux avec les sucriers. Faute d?une issue positive à la réunion qui se tient, cet après-midi, au bureau du Premier ministre, les deux parties vont entrer en une guerre ouverte qui augure mal de l?avenir économique du pays.

D?abord quelques points pour planter le décor. Le prix du sucre sur le marché européen baissera de 36 % au total d?ici 2009. Un plan de restructuration de l?industrie a été conçu pour faire face à cette contrainte. Il vise notamment à réduire le coût de production. À cet effet, il faut dégraisser, mécaniser et centraliser. Sept des 11 usines sucrières devront fermer. À terme, seules Fuel, Belle-Vue, Savannah et Médine resteront en opération. Cette année, Mon Loisir, Mon Trésor et Riche-en-Eau ont demandé l?autorisation de fermer. Le gouvernement est disposé à donner son feu vert si, en contrepartie, l?industrie s?arrange pour lui offrir entre 1 500 et 2 000 arpents de terre. Les sucriers n?ont pas apprécié ce procédé qu?ils ont assimilé, du reste, à un chantage.

En vérité, la demande du gouvernement n?est pas en soi déraisonnable. L?État peut légitimement réclamer une contribution des usiniers-planteurs en contrepartie de sa contribution à la réforme de l?industrie et des coûts sociaux qu?entraînera le dégraissage des effectifs. Étant donné les besoins de l?État en termes de bien foncier, il est compréhensible qu?il demande des terres aux sucriers pour réaliser des projets à vocation sociale. Seulement, il y a la manière de faire. Dans cette affaire, les sucriers sont convoqués à la table de négociation seulement après avoir été acculés le dos au mur. Le gouvernement a mis la charrue devant les b?ufs en imposant ses conditions avant de rechercher la concertation.

Si le pouvoir s?y était pris correctement, il est probable qu?il aurait obtenu sans grande difficulté les terres qu?il recherche ou même davantage. Durant le deal Illovo, de gros propriétaires ont bien accepté de transférer des superficies importantes de terres à l?État notamment à Ebène et à Highlands en échange de certaines concessions.

Une vingtaine d?usiniers-planteurs possèdent environ 100 000 arpents de terres sous canne. Si l?État leur avait demandé les 1 500 à 2 000 arpents de terres dans le cadre d?une négociation où les partenaires se respectent, le deal avait des meilleures chances d?aboutir à un résultat qui donne satisfaction aux deux parties.

Depuis deux mois, il existe une atmosphère tendue qui ne permet pas aux sucriers et aux dirigeants politiques de résoudre un conflit qui menace de virer au psychodrame. L?importance de l?enjeu devrait les forcer à se réconcilier in extremis.

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