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Le phénix renaît de ses cendres comme le safran détruit à Phoenix

28 mai 2007, 00:00

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Le jour où le journal éminemment travailliste et ramgoolamien, Advance, publie un numéro spécial (et illégal car imprimé sans date et surtout sans aucune indication de proprio, de rédacteur en chef, ni d?imprimeur) avec texte intégral du manifeste électoral du PAN, présentation de ses candidats avec données biographiques, photos et autres trombinoscopes, l?express lui vole la vedette en publiant, en exclusivité bien sûr, la mystérieuse réapparition chez un commerçant de 75 balles de safran et de ti-l?anis, officiellement détruites par le feu au dépotoir de? Phoenix (non loin de l?endroit où se construiront bientôt de nouvelles halles commerciales). Avec son humour habituel, l?express surtitre, bien sûr, son scoop : ?Tel le phénix qui??

Une fois n?est pas coutume, douaniers et policiers ont accordé leurs violons pour pincer le ou les coupables et au besoin les mettre au violon pour un bon bout de temps, autrement dit l?espace d?une libération sur parole. Sont dans leur collimateur un gros commerçant de la capitale et ses deux complices douaniers, dont un haut fonctionnaire.

Des policiers et des douaniers (l?auréole n?est pas assez vaste pour couvrir toute leur corporation) subodorent l?étrange possibilité que 75 balles d?épices, officiellement déclarées brûlées au dépotoir de Phoenix pour raisons sanitaires, se trouvent en fait et bien mystérieusement dans un entrepôt portlouisien, appartenant à l?honorable gros commerçant. Se serait-il agi à Phoenix d?un feu de paille ? Mais pas de fumée sans feu, concluent mordicus certains policiers et douaniers. M. Kusruthsing promet en tout cas une enquête serrée. Ce qui veut dire ce que cela veut bien dire.

Ingénument l?express subodore de son côté un ?gros scandale capable de défrayer la chronique?. C?est oublier que nous sommes à Maurice. Il répare aussitôt son imprudence en précisant tout de suite que ce safran/ti-l?anis de la marque Phénix ou Phoenix s?ajoute d?ores et déjà à la longue liste des scandales non élucidés ou encore à élucider. N?ajoutez plus ! Le placard est déjà plein.

En novembre 1981, trois commerçants commandent chacun 111 balles de safran sec indien. La douane bloque la livraison pour cause de permis d?importation pas en règle. Les trois commerçants s?en remettent à la Cour suprême. En attendant le verdict de cette instance judiciaire, les 333 balles sont entreposées chez Containers Services Mauritius Limited (CSML). A la mi-mai 1982, la douane et la santé ordonnent la destruction au dépotoir de Phoenix de 75 balles de safran et de 20 de petit anis.

Des questions se posent à ce niveau concernant l?inexplicable absence des commerçants concernés au moment de l?autodafé. D?autres se demandent si les balles de safran et de petit anis proviennent ou non de la commande des 333 balles. Peu après, des indics mettent au parfum certains policiers et douaniers plus crédibles que d?autres. Ils perquisitionnent l?entrepôt d?un gros commerçant et, ô stupeur ! retrouvent une partie du safran et de petit anis officiellement brûlés à Phoenix.

Cette histoire de safran et de petit anis à brûler nous rappelle qu?un journal fut averti avec plusieurs heures de retard que le gouvernement travailliste avait enfin supprimé, en octobre 1976, la censure qui pesait sur la presse depuis 1972. Quand le haut gradé, chargé de porter cette bonne nouvelle à ladite rédaction, s?amena, il faillit se trouver nez à nez avec de gros trafiquants de drogue, venus se plaindre à un journaliste, qu?ils espéraient compatissant, que la police avait brûlé du gandia aux Casernes centrales sans, ô crime de lèse-majesté, les avoir dûment avertis au préalable. A la vue de ce gratin mafieux, venu conter à la presse hospitalière ses doléances, le haut gradé effectua le demi-tour le plus rapide de toute sa carrière policière et préféra s?assurer du départ des plaignants. Voilà pourquoi ce journal apprit la levée de la censure avec plusieurs heures de retard. Nous sommes bien à l?île Maurice.

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