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Subutex : La consommation explose

27 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les toxicomanes semblent avoir trouvé un produit de substitution : le Subutex. Mais cela n?a malheureusement rien à voir avec un éventuel programme de désintoxication. Moins cher et facilement accessible, ce dérivé de l?opium, est rapidement devenu une énième drogue à ajouter à la longue liste des stupéfiants.

Les trafiquants ont rapidement repéré le filon et en ont fait un véritable business. À tel point que dans certains pays d?Europe, à l?instar de la France, le nombre d?accros au Subutex a largement dépassé celui à l?héroïne et à la cocaïne.

Le scénario est en passe de se répéter à Maurice. L?arrestation d?un steward d?Air France, Christophe Caterino (voir hors-texte), en est la preuve. Il avait en sa possession plus de 50 000 comprimés de Subutex. « Il ne fait aucun doute que cette drogue est largement répandue ici. Il y a une demande et les trafiquants n?ont pas attendu pour y répondre », analyse un membre de l?Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu).

Et d?ajouter que ce stupéfiant représente un pourcentage de plus en plus important dans les saisies effectuées par la police. « Si la situation actuelle perdure à Maurice, la consommation de cette drogue dépassera celle des drogues dures », ajoute cette même source.

Ce produit a pourtant été mis au point pour venir en aide aux héroïnomanes. Mais ces derniers ont vite compris qu?ils pouvaient se l?injecter pour obtenir les mêmes effets que ceux procurés par certaines drogues dites dures.

La raison de l?explosion de la consommation du Subutex sur le marché est simple. Contrairement aux autres drogues, il est fabriqué de manière tout à fait légale par des laboratoires pharmaceutiques étrangers.

Ce produit, qui est distribué dans toutes les pharmacies en Europe, est donc facilement accessible. Il suffit de se munir de la prescription d?un médecin.

Reniflant la bonne affaire, certains médecins, avec la complicité de pharmaciens peu scrupuleux, ont trouvé la combine pour vendre « légalement » du Subutex en grande quantité à des toxicomanes. Ces derniers en font ensuite un tout autre usage que celui préconisé.

Les éléments de l?Adsu affectés à l?aéroport et au port sont en première ligne dans un combat anti drogue qui leur semble parfois sans fin. « Il ne se passe pas une semaine sans que quelqu?un n?essaye de faire entrer de la drogue dans le pays. Je fais ce métier depuis plus de dix ans et je suis toujours surpris par l?inventivité des trafiquants », confie un membre de la brigade anti drogue.

« Physiquement impossible » de tout fouiller

Force est de constater que les enjeux économiques de ce trafic étant ce qu?ils sont ? le quart d?un comprimé de Subutex atteint ces jours-ci Rs 700, les trafiquants tenteront de faire passer en douce de grosses quantités de drogues. D?aucuns nous ont affirmé que la récente saisie de la police pourrait avoir fait flamber le prix de cette drogue.

« Nous avons bien sûr réalisé un grand nombre de grosses saisies ces dernières années mais il nous faut être réaliste, ce n?est que la partie visible de l?iceberg. Il nous faut sans cesse redoubler d?effort pour tenter de freiner, à défaut de mettre un terme à ce trafic », nous laisse entendre un haut gradé de la police. Les gros moyens mis en ?uvre pour identifier et procéder à la vérification des bagages et des conteneurs qui entrent sur le territoire mauricien aident certes les policiers sur le terrain, mais il demeure « physiquement impossible » de fouiller tous les conteneurs.

Maurice, fait-on, par ailleurs, ressortir du côté des Casernes centrales, servirait également de lieu de transit vers les pays d?Afrique. Un peu moins de dix passeurs, en provenance de l?île, ont été appréhendés par la police africaine lors de l?année écoulée. D?ailleurs, le quotidien français

Le Figaro, qui a suivi de près les récentes arrestations de trafiquants en France, laisse entendre qu?il pourrait y avoir un réseau de trafic de drogue sur l?axe France-Maurice (voir hors-texte).

Face à la recrudescence de ce trafic, les autorités mauriciennes travaillent, dans certains cas, de concert avec les autorités françaises et africaines. « Le seul moyen de combattre efficacement ce trafic est d?en identifier les acteurs en amont ainsi que les contacts locaux. Cette tâche s?avère plus difficile que prévue car ils sont très méfiants », déclare un membre de l?Adsu. Tellement méfiants qu?ils ne se présentent pas toujours pour récupérer la drogue auprès des passeurs. Ce qui n?arrange pas du tout les enquêteurs lorsque ces derniers recourent à des « control deliveries ».

Mais pendant que la police et les têtes pensantes de cet infâme trafic poursuivent leur jeu du chat et de la souris, des toxicomanes continuent à retrouver le sourire brûlé dans une petite cuiller, dixit Diam?s.

Les usages détournés

Le Subutex, dérivé de l?opium, est utilisé à l?étranger dans le cadre d?un programme de désintoxication destiné aux héroïnomanes. Ce produit, qui se présente sous la forme d?un comprimé, se place sous la langue. Il a pour but d?éliminer l?effet de manque chez les toxicomanes lors du sevrage. Mais souvent, ces derniers utilisent ce traitement comme un nouveau moyen d?atteindre le nirvana. À tel point que le Subutex est presque aussi recherché que les autres drogues. Car si elle est injectée, cette substance peut avoir les mêmes effets que certaines drogues dures. L?injection peut être à l?origine d?un effet euphorisant et elle élimine chez le toxicomane l?effet de manque. Mais, à la base, le produit n?est pas fabriqué pour être introduit dans les veines, car il est dense et génère donc des obstructions veineuses. Si une personne se shoote au Subutex sur une très longue période, cela peut s?avérer aussi nocif, sinon plus, que certaines drogues dures.

Des pilules plein les valises

L?impressionnante quantité de comprimés de Subutex saisie par l?Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) le 14 mai dernier, ne laisse que très peu de doute quant à l?existence d?un réseau de trafic de drogue sur l?axe France-Maurice. C?est, en tout cas, ce que pensent les enquêteurs mauriciens. Ces derniers ont contacté les autorités françaises et ils travaillent de concert pour en identifier les maillons aussi bien en France qu?à Maurice.

Forts de certaines informations obtenues en amont, les membres de l?Adsu décident de monter une opération afin d?appréhender Christophe Caterino (34 ans), un steward d?Air France, à sa descente d?avion à l?aéroport SSR. Ce dernier est aussitôt amené à l?écart. Les informations des policiers se révèlent exactes. La fouille de ses bagages leur a permis de mettre la main sur quelque 51 863 comprimés de Subutex. Ils étaient dissimulés dans 15 colis destinés à un contact local.

Interrogé sur la provenance de cette drogue, Christophe Caterino expliquera à la police qu?il voulait « simplement rendre service » et qu?il ne sait pas personnellement à qui la marchandise était destinée. L?opération policière en vue de retrouver le contact local s?est avérée vaine. Celui-ci ne s?est jamais présenté pour récupérer la marchandise. Le ressortissant français a comparu devant le tribunal de Mahébourg le lendemain de son arrestation sous une accusation provisoire d?importation et de trafic de drogue.

« Certes, il s?agit là d?une grande quantité de Subutex qui a été saisie. Mais nous ne pouvons nous empêcher de penser à toute cette drogue qui parvient à échapper à notre vigilance et à entrer dans le pays », note, avec réalisme, un membre de l?Adsu. Les saisies importantes restent, en effet, très rares. La dernière remonte au début de cette année. La brigade anti drogue avait mis la main sur 25 000 comprimés de cette même drogue dans une maison située à Cité-La-Cure.

Un trafic surveillé de très près

Suite à l?arrestation de Christophe Caterino, l?Adsu a pris contact avec la brigade anti drogue française pour l?informer de la saisie. Celle-ci n?a pas échappé au quotidien français, Le Figaro, qui, dans son édition du 19 mai, n?hésite pas à souligner que le Subutex fait l?objet de nombreux trafics entre la France et l?étranger. « Les autorités françaises surveillent de très près le trafic de Subutex, notamment après les récents événements qui y sont survenus il y a quelques mois », laisse-t-on entendre du côté des Casernes centrales.

En France, ce sont, en effet, quelque 24 personnes qui ont été mises en examen dans le cadre d?un trafic de cette drogue. Parmi elles, une demi-douzaine de médecins, 12 pharmaciens et des dealers français, tunisiens et géorgiens? Ces derniers sont soupçonnés d?avoir participé à un vaste trafic qui aurait coûté plus de 500 000 euros à l?État français.

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