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Les surprises amusantes de la linguistique électorale
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Les surprises amusantes de la linguistique électorale
Ceux qui sont allés écouter le professeur de linguistique de l?université d?Aix-en-Provence, Louis-Jean Calvet, discourir sur le thème annoncé des « habits neufs de la politique en France : nouvelles façons de dire ; nouvelles manières de faire », dans l?espoir d?obtenir d?énièmes commentaires sur le déroulement de la récente campagne présidentielle et d?avoir des éclaircissements inédits sur les législatives du mois prochain, sont restés sur leur faim.
En revanche, le public réuni mercredi dernier au Centre culturel Charles Baudelaire (CCCB), a pu apprécier les amusantes subtilités linguistiques si révélatrices du discours électoral, qu?il convient de distinguer du laïus politique, sinon gouvernemental, car toute opposition demeure, par définition, dans caro cannes et en campagne électorale jusqu?à, non pas le prochain scrutin, mais bien jusqu?à la prochaine et éventuelle victoire électorale. Mais il convient, au préalable, de vouloir disséquer « linguistiquement » ce discours, à la condition sine qua non de pouvoir le faire à l?aide, bien sûr, de la Dissection linguistique à l?aide de l?ordinateur (DLAO).
On doit peut-être à Louis-Jean Calvet et à son complice, Jean Véronis, la mise au point de la DLAO. Ils n?auront peut-être pas le Nobel de linguistique ou de la paix pour cela, mais ils le méritent amplement. Les possibles applications universelles de leur DLAO, pouvant mettre à nu les innombrables mensonges éhontés proférés quotidiennement sur la place publique et répercutés par les micros et les caméras de la globalisation, méritent, en effet, cette reconnaissance planétaire.
« Parle mentère et roulaison »
Si Louis-Jean Calvet et Jean Véronis n?ont pas inventé l?ordinateur, ils ont le mérite d?avoir mis au point un logiciel permettant à la nouvelle Fée du Logis (et de nos bureaux), de balayer en quelques secondes n?importe quel texte numérisé, expédié ou non par Internet, même les plus kilométriques, les plus soporifiques, textes politiques et médiatiques compris. Le balayage terminé, le linguiste même en herbe peut lui poser les questions qui lui passent par la tête, même les plus saugrenues.
Quels sont, par exemple, les mots, les verbes, les adjectifs, les adverbes les plus utilisés ? Ce balayage ne se limite pas à un seul texte, mais s?étend à l?ensemble des textes déjà mémorisés, y compris ceux d?innombrables autres locuteurs. C?est dire que les résultats du balayage peuvent s?étendre aussi bien à tous les textes pondus par un discoureur pendant un temps à déterminer comme ils peuvent comparer ses spécificités oratoires à ceux de ses ennemis et amis préférés. Les résultats obtenus n?ont parfois rien à envier à la célébrissime émission « Surprise ! Surprise ! »
C?est ainsi que l?auditoire réuni, ce mercredi, par le CCCB, n?en a pas cru ses oreilles quand Calvet lui a appris que le substantif qui revient le plus souvent chez ce mécréant de Brassens, après la mémorisation numérique des textes de toutes ses chansons connues et inédites, est bizarrement « Dieu ! ». Voilà qui donne raison aux ecclésiastiques qui, déjà avant Vatican II, avaient troqué le répertoire de l?affreux gorille aux dépens du bréviaire en latin. Chassez le naturel, il revient au galop.
Il convient, ici, de préciser qu?avant de jeter son dévolu sur les candidats déclarés ou non de la dernière présidentielle en France, Calvet scrutait déjà, plus intelligemment et plus durablement, les paroles de plusieurs compositeurs dont ses préférés et parfois amis : Moustaki, Ferré, Maxime Le Forestier, Brassens.
Il parvient ainsi à la conclusion que la fréquence d?utilisation d?un mot ou d?un verbe peut ne rien avoir de commun avec l?idée qu?on se fait habituellement de tel ou tel chanteur.
Ainsi notre métèque préféré n?utilise ce mot que dans la chanson fétiche l?ayant rendu célèbre sous toutes les latitudes et les longitudes. De même pas d?Auvergnat chez Brassens ailleurs que dans sa célébrissime « Chanson pour le Bougnat ». Pareillement « t?es toute nue » chez Ferré que si tu es « joli môme ».
Appliquée au discours politique ou électoral, la recette Calvet-Véronis conclut, entre autres, que « souvent politicard varie et bien fol qui s?y fie ». L?assistance ne s?est pas gênée pour expliquer au docte Calvet que, sans DLAO, les Mauriciens savent de longue date que bien des politiciens font d?honorables « parle menteurs ». Cela ne nous empêche pas de voter docilement tous les lustres pour qui vous savez.
Le linguiste a en tout cas apprécié notre parle mentère folklorique comme il prend bonne note de notre « roulaison » de sucrerie, même quand celle-ci brûle maintes bougies rouges pour pouvoir cesser de rouler pour vous chers planteurs.
« Monsieur le Premier... minus »
Calvet n?a guère exercé sa verve au sujet de la sidérante « bravitude » royale. Il se contente de souligner que le néologisme concocté, mais pas par Cocteau, sur la Grande Muraille de Chine respecte le génie propre à la langue française. Cela, en effet, est une incontestable certitude pour ne pas parler, ici, de platitude, de plénitude, et même de? « platinitude ».
Il faut se méfier des verbes utilisés les plus fréquemment. Vouloir, pouvoir, falloir ont, en effet, la partie trop facile. Ils s?accommodent à toutes les sauces même les plus mensongères. Un politicien qui dit : « Je veux faire ceci ou cela », confirme en fait qu?il ne l?a bizarrement pas encore fait et que rien ne dit qu?il le fera si l?occasion se présente. Retour donc à la case « causer pou la bousse pa pi » !
C?est l?occasion de rappeler ici que le gouverneur, sans doute le plus crédible de toute l?histoire de Maurice, pourrait bien être Arthur Purves Phayre qui servit à l?hôtel du gouvernement de novembre 1874 à décembre 1878. Ses contemporains et nos compatriotes ne pouvaient qu?être rassurés quand ils lisaient à tout bout de champ dans les journaux de l?époque « le gouverneur A.P. Phayre ». Cela ne pouvait que les changer favorablement des gouvernants et autres politiciens abusant des promesses souvent mensongères, car un gouverneur « a pé faire » vaudra toujours mieux que des ministres « mo pou faire » !
Impossible, bien sûr, de commenter en détails, ici, les drôleries linguistiques relevées par Louis-Jean Calvet, mardi dernier, au CCCB, au sujet de la dernière campagne présidentielle en France. Contentons-nous de leur simple énumération en vol, de façon non exhaustive et de rappeler cette lapalissade : les absents ont eu tort.
● Au Congo, le populo traduit S.C.O.R.E. par « service commercialisé des ordures rejetées par l?Europe ». Un bon score, celui-là.
● M.P. y signifie officiellement « militaires pour le peuple » et pour celui-ci « meurtriers du président ». Comme quoi la brutalité policière n?est pas l?apanage de certains pays.
● C.P.E. (la roche tarpéienne de Villepin) devient de ce fait « comment perdre les élections ». (Méfie-toi Gokhool !).
● Un micro indiscret permet à Jospin de souligner cruellement la vieillesse de Chirac. Un lapsus freudien lui fait peu après présenter de vive voix à l?ex-président « ses meilleurs? vieux ! »
● Autre lapsus mémorable : un parlementaire apostrophe « Monsieur le Premier? minus ! » Il s?agit définitivement de quelqu?un cherchant à communaliser le gouvernement en place.
● Troublé par des révélations chiraquiennes à venir, Sarkozy loue des prothèses à réparer les? factures. Fillon vient à son aide en promettant que Nicolas retrouvera sous peu les? fractures réclamées par l?opinion publique. On n?est jamais mieux trahi? À propos que pense la linguistique des possibles rapprochements entre « Fillon », « Pignon » et « Dîner de cons » ?
● Le Nébuloscope de Calvet-Véronis prouve que Villepin écoute tout et surtout son contraire. Il confond en fait les verbes « écouter » et « entendre ».
● Le Pen abonde en métaphores jurassiques et confond allégrement sauriens et vauriens. La « kacherisation » n?est pas loin. O peuchère !
● Sarkozy copie tellement la Busherie qu?il « tricolorise » le « USA love it or leave it » amerloque.
● Le même Sarkozy a eu beaucoup de mal à se défaire du pléonasme voulant rendre justice à la « France qui se lève tôt? le matin ! »
C?est dire la richesse humoristique d?un exposé linguistique qui conclut curieusement que la différence est au discours ce que le piment rodriguais est à toute cuisine digne de ce nom. Quand on parle comme tout le monde, on ne dit rien d?intéressant. Penser la même chose, c?est penser à rien. Vive la différence ! Vive la linguistique ! Vive la DLAO.
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