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Nazal Rosunally : prendre un enfant par la main
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Nazal Rosunally : prendre un enfant par la main
Il en a tout à fait conscience. Sans fausse modestie, Nazal Rosunally le reconnaît. Avec ses crayons de couleur, il a lui aussi aidé des générations de petits Mauriciens à apprendre à lire, à écrire et à compter. En inventant des personnages. En illustrant des morceaux choisis extraits, par exemple, des Misérables de Victor Hugo.
Pourtant, depuis le début du mois, il a arrêté. Il part en préretraite après une carrière de 30 ans comme Senior Technician Graphics au Mauritius Institute of Education (MIE). Il ne croquera plus de cartoons pour les transformer en outils pédagogiques. Derrière lui, accroché au mur de son atelier à son domicile à Rose-Hill : un clown jongleur censé aider les enfants à apprendre les couleurs.
Le dessinateur, lui, jongle avec ses publications étalées sur la table. Les feuillette, les palpe, quand il raconte Lapino lapini, série de contes musicaux édités depuis dix ans. Ou Alpha Bêta, alphabet rigolo pour les maternelles. Nazal Rosunally s?excuse plusieurs fois durant la conversation. C?est qu?il n?a pas la mémoire des dates. Il a toujours laissé le temps ?glisser? sur lui. Et tique un peu quand il tombe sur une photo de lui prise il y a 20 ans, quand il était ?beau et moins stressé?. Sa femme qui assiste à l?entretien sourit. C?est elle qui aide sa mémoire, quand dates et noms lui échappent.
Volubile (au contraire d?un dessin dont le message se doit d?être bref), Nazal Rosunally se raconte avec force détails. Il insiste, tourne en rond, prend son temps, aimant rire et se pencher vers vous pour vous parler sur le ton de la confidence.
Nazal Rosunally, s?est essayé à la caricature. Il a fait des cartoons pendant 12 ans chez Le Mauricien, en plus de tâter à l?illustration classique. Un parcours raconté avec la fierté de celui qui se sait ?polyvalent?. Pas seulement par goût mais surtout parce qu?il faut bien gagner sa vie.
Avec assurance donc, il explique que l?art le plus difficile des trois c?est le cartoon, là où il faut faire passer un message à caractère social par le biais d?un dessin humoristique.
Se décrivant comme un ?blagueur? et un ?élément détonateur?, c?est avec une extrême prudence qu?il donne son opinion sur l?affaire ?Mrs Toorab?, la dame en bikini effacée des nouveaux manuels scolaires pour la Standard I. ?Dans ce Maurice multiculturel, il faut comprendre la sensibilité des uns et des autres.?
Dans sa carrière, Nazal Rosunally se souvient avoir dû présenter des excuses pour avoir dessiné un garage portant le nom de Sam. ?Je ne savais pas qu?un garage portant ce nom là existait vraiment.? Échaudé depuis, il ne choisit plus que des noms totalement imaginaires. Dont les derniers en date sont ?Bizz? et ?Fourmizz?. ?Comme cela, j?évite les ennuis?, nous confie-t-il.
Les ennuis ? Nazal Rosunally ne se méfie pas tant des sensibilités exacerbées que des conséquences financières qu?entraîne la publication d?un livre. Des plis viennent s?ajouter à ceux qui barrent déjà son front. Fraîchement élu pour siéger sur le comité littéraire de la Mauritius Society of Authors et membre de l?association des éditeurs de Maurice, c?est au quotidien qu?il éprouve les difficultés auxquelles fait face celui qui se lance dans la publication à compte d?auteur.
?Pourquoi est-ce qu?on ne ferait pas un stand pour ce type d?auteurs, dans les foires organisées pour la fête du Livre?? s?interroge Nazal Rosunally. Lui qui a passé trois décennies à tenter d?inculquer le goût des livres aux écoliers est issu d?un milieu où le livre était synonyme de clé pour l?avenir.
Sixième d?une fratrie de 12 enfants, tout n?était pas rose dans le Centre-de-Flacq de son enfance. Entre un père chauffeur d?autobus et une mère femme au foyer, la boîte de crayons de couleur à cinq sous était hors de portée pour cet enfant qui allait à l?école pieds nus. ?Le patron de mon papa lui disait toujours d?envoyer ses enfants à l?école, de ne pas leur permettre de s?absenter, même si pour cela, il fallait supprimer un repas.?
Le père Rosunally, conservant précieusement ce conseil, l?a appliqué à la lettre. Mettant fin très vite à la passion de son fils Nazal pour le football, alors que ce dernier avait été sélectionné pour se joindre à l?équipe junior des Muslim Scouts. ?J?étais triste mais c?est comme cela.?
Alors, sa sueur a coulé sur les dessins. Enfant, il dévorait les albums de Blek Le Roc. ?On avait la pression de lire un livre en français et en anglais par semaine.? Toujours ce père qui ?finalement a bien fait?. Pour réaliser ses premières ?uvres, Nazal Rosunally imagine alors une palette toute personnelle : du charbon pour tracer, ?la grain gandol? qui, une fois écrasée, devient mauve, des ?boul ble?, petits carrés d?indigo utilisés pour blanchir le linge, de la terre rouge du bord de la rivière toute proche. Et le voilà lancé. Reproduisant d?abord ses héros préférés. Avant de se lancer dans la bande dessinée.
Un parcours orienté, après ses études au collège Darwin, vers l?enseignement du dessin pendant un an au collège Professeur Basdeo Bissoondoyal. Suivi de cinq ans au Teachers? Training College, qui laisse progressivement la place au MIE. ?Les responsables qui travaillaient sur les manuels scolaires savaient que j?étais un bon dessinateur, ils m?ont donné ma chance comme freelance.?
Nazal Rosunally gravit les échelons. Jusqu?à vouloir désormais se consacrer entièrement à des projets privés dans le même créneau. Dernier produit en date, un CD accompagné d?un magazine pour dire ?Bonne fête maman? en cinq langues, dont le mandarin. Des chansons qui voient la participation de Meera Mohun et Claudio Veeraragoo entre autres.
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