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Conflit gouvernement - JEC : Une question de perceptions
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Conflit gouvernement - JEC : Une question de perceptions
Une réforme économique à conduire, des investissements directs étrangers (IDE) à foison, un secteur privé local qui parie sur le long terme, et une grogne qui a envenimé les relations entre l?Etat et le secteur privé. Les propos tenus par Jacques de Navacelle ont fait couler beaucoup d?encre. Les réactions en chaîne qui ont suivi tout autant.
A Maurice, l?État a toujours su et pu compter sur le secteur privé local pour soutenir le développement économique du pays. Du reste, l?entrepreneuriat et la vitalité d?un secteur privé participent au développement car ils sont générateurs de richesses. Le secteur privé a, quant à lui, bénéficié du soutien de l?État pour assurer son dynamisme. Ils sont interdépendants.
?Le développement se lit dans la réduction des inégalités. Et ce n?est pas seulement en portant atteinte aux avoirs de groupes spécifiques qu?on peut y arriver.?
Si le Joint Economic Council (JEC), qui ?représente l?ensemble du secteur privé?, s?est permis de critiquer les ?signaux? du gouvernement, c?est parce qu?il est un acteur clé de la société. Cela n?est pas discutable. Le gouvernement n?a pas digéré les déclarations du président du JEC. La grogne gagne du terrain, l?économie risque d?en souffrir. Il semblerait que le n?ud du problème soit lié à des perceptions.
Des relations tendues entre les autorités et le secteur privé ne favorisent guère un climat d?affaires attractif. Les possédants, les entrepreneurs, les investisseurs sont à même de devenir plus frileux. Du revers de la main, le managing director du Board of Investment (BOI), Raju Juddoo, balaie ces idées. ?La crise actuelle n?a aucune influence sur le travail du BOI. Les investisseurs étrangers et mauriciens pensent leurs projets sur le long terme et travaillent dans le cadre défini par l?État.? Il soutient que les IDE sont en plein essor prouvant que ?les hommes d?affaires ont confiance dans l?avenir, sinon pourquoi aurions-nous autant d?investissements locaux et étrangers dans le tourisme, les nouvelles technologies ou le commerce ??
Les inquiétudes, relayées par la presse, seraient donc fondées sur de pures spéculations. Toutefois, il faut admettre qu?il est peut-être un peu trop tôt pour avoir une lecture plus claire de l?impact de ces relations conflictuelles et complexes. Il n?empêche que cette tension peut engendrer des inquiétudes chez les investisseurs étrangers. C?est le cas d?un investisseur européen opérant dans le tourisme : ?Il est difficile de suivre une stratégie sur le long terme dans la mesure où les réglementations changent au même rythme que les gouvernements. Les procédures sont compliquées, peu claires, parfois démotivantes. Si l?on ajoute à cela des relations tendues entre le gouvernement et les entreprises locales, tout investissement devient décourageant?. Cet opérateur témoigne de la frilosité dont peuvent faire preuve les investisseurs ou hommes d?affaires étrangers face à un tel contexte. Les perceptions ne sont pas à minimiser dans le monde des affaires. C?est l?un des indicateurs d?appréciation, certes subjectif, pour de nombreux investisseurs tant locaux qu?étrangers.
Autre perception, admise du bout des lèvres : un penchant ? auquel nous ne pouvons apporter aucune validité objective ? du gouvernement à saper le moral des entreprises détenues majoritairement par les Mauriciens d?ascendance européenne. Il ne s?agit pas de tomber dans une quelconque diatribe communale ou anti-communale, mais bien d?admettre que les signaux dont parlait Jacques de Navacelle ont surtout touché des entreprises à capitaux blancs ; Desbro, IBL, usines sucrières.
Revanche sur l?histoire, tentative de rééquilibrer le jeu social par la démocratisation de l?économie ? Quoi qu?il en soit, il ne nous a pas été possible d?avoir le sentiment d?hommes d?affaires issus de ce groupe. ?La situation reste tendue, et ce qui a été dit devait être dit?, apprend-on néanmoins. Toute déclaration pourrait être perçue comme une volonté de ?jeter de l?huile sur le feu?.
La thématique de démocratisation de l?économie s?inscrit en filigrane dans les ?signaux? du gouvernement. La démocratisation dont on parle ne signifie pas que toutes les couches de la population vont bénéficier des leviers économiques. Les entrepreneurs moyens ou sans terres sont ?directement concernés par cette politique par laquelle ils peuvent espérer renforcer leur assise économique?.
Bien évidemment, la démocratisation de l?économie est souhaitable, louable également. Toutefois, elle ne doit pas se faire au détriment de groupes socialement favorisés ? par l?histoire notamment ? qui participent à l?économie. Le développement se lit dans la réduction des inégalités. Et ce n?est pas seulement en portant atteinte aux avoirs de groupes spécifiques qu?on peut y arriver.
Le dialogue est nécessaire entre l?État et le secteur privé. L?un ne peut se passer de l?autre. La grogne entre le gouvernement et le secteur privé est néanmoins révélatrice des divergences qui existent entre ces deux acteurs-clés du pays. Mais les divergences ne concernent pas que ces deux entités. En leur sein même il existe des divergences d?opinion qui tiennent aux intérêts de chacun des sous-acteurs.
Maurice joue la carte de l?économie mondialisée, ouverte sur le monde. C?est un défi sérieux compte tenu de la concurrence. C?est surtout un défi pour le secteur privé mauricien qui doit réussir à assurer sa vitalité. Pour cela, il a besoin de l?État comme l?État à besoin de lui pour soutenir ses politiques économiques et sociales. On n?aura de cesse de le dire : le dialogue est primordial, non les invectives personnelles. Raju Juddoo se veut rassurant sur le climat des affaires : ?Everything goes on !? Et il faut que cela continue.
Gilles RIBOUET
Fluctuations boursières : Reflet de la tension
La Bourse de Maurice a clôturé ses séances de mercredi et jeudi en accusant de fortes baisses de l?indice SEMDEX (-5 %). ?Les marchés n?aiment pas les incertitudes et les tensions ?, remarque une source proche de la Bourse de Port-Louis. Jeudi, la valeur des titres de cinq grandes entreprises mauriciennes a fortement reculé : New Mauritius Hotels (-15 %), Naïade Resort (-14,5 %), Rogers et Sun Resort (-8,4 %), ainsi que IBL. Sans tirer de conclusions trop hâtives, on notera que ces groupes sont tous dirigés par des Mauriciens d?ascendance européenne, alors que les autres entreprises cotées en Bourse ont connu ?une évolution somme toute normale ces jours-là ?.
La confusion qui a régné dernièrement a donc provoqué une certaine nervosité au niveau du marché. Les investisseurs ont interprété le conflit entre l?État et le JEC de manière négative. Un broker de la Bourse confie ?de nombreux investisseurs étrangers nous ont posé des questions suite aux tensions?. Clairement, le climat socio-politique est un indicateur pour tout investisseur qu?il ne faut pas sous-estimer.
Cependant, aussi bien du côté de la Bourse que des brokers, on se veut rassurant. Le marché depuis vendredi est revenu à la normale. Il semblerait que cela soit à mettre en relation avec l?apaisement des derniers jours. Trop en phase pour n?être qu?une simple coïncidence. En effet, ?les fondamentaux ont repris leur cours normal et les cinq titres qui ont connu une forte baisse ont recouvré toutes leurs pertes au cours des deux dernières séances?, apprend-on de la Bourse. Seul IBL a encore connu une très légère baisse ce lundi. ?La crise a été de courte durée, espérons qu?elle le reste !? lance ce broker.
Le point de vue des syndicats
■ Radakrishna Sadien, du Government Servant Association, regrette ?les verbiages qui ont eu lieu de part et d?autre?. Pour lui, chacun a une fonction précise. ?L?État doit assurer la justice sociale et le secteur privé a une fonction économique dictée par la profitabilité.? Il n?empêche que le secteur privé a une responsabilité sociale. Les consultations entre l?État et le privé ne doivent pas dériver vers un schéma dans lequel ?le secteur privé serait le conseiller du gouvernement ?. Le négociateur syndical
Jack Bizlall pointe ?l?insatisfaction générale, notamment dans le secteur privé, de la politique menée par le gouvernement?. Pour lui, ?Jacques de Navacelle a eu le courage de parler des problèmes. Ses prédécesseurs ont été beaucoup plus timides?. Radakrishna Sadien le rejoint mais nuance ?il a dépassé le cadre?. Il parle même ?d?ingérence?, qui ne doit pas exister de part et d?autre. Jack Bizlall redoute ?une amplification du problème par la suite?, car si le dialogue s?instaure à nouveau, il n?empêche que la démocratisation de l?économie portera inévitablement atteinte aux acquis de certains groupes. Les syndicats estiment avoir été injustement écartés du problème car ils représentent les travailleurs. ?C?est une force que l?on ne peut occulter.? Cette grogne soulève des interrogations. L?incidence des politiques gouvernementales sur le secteur privé se répercute, par ricochet, sur les travailleurs.
État ? secteur privé : relations intimes
■ Le gouvernement est l?autorité politique, émanation du peuple, veillant au bon fonctionnement de la vie sociale, économique et institutionnelle. Le rôle du gouvernement est bien entendu d?assurer l?intérêt général, notamment en proposant un cadre économique et social favorable. Dans ce sens, le secteur privé, qui regroupe l?ensemble des entreprises non-gouvernementales (nous mettons ici de côté les structures associatives et ONG), doit se conformer aux règles établies par l?État pour opérer.
Le secteur privé est un acteur fondamental de toute société car il est générateur de richesses. Tout développement a une dimension sociale ? assurer le bien-être d?une population par l?éducation, l?accès aux services de santé, d?eau, d?assainissement ; une dimension politique ? assurer le bon fonctionnement des institutions et respecter les droits régaliens (défense intérieure et extérieure, frapper la monnaie, relations internationales, justice) ; et une dimension économique ? assurer le développement économique à travers un secteur privé dynamique créateur de richesses en vue de réduire les inégalités. Il y a donc une interdépendance très nette entre l?État qui définit un cadre légal et le secteur privé qui créé de l?emploi, des richesses et peut soutenir les autorités dans des projets à visée collective. Cependant, cette interdépendance peut s?avérer néfaste si l?État vire dans l?interventionnisme ou si un secteur privé oligopolistique a une trop grande influence sur le gouvernement. Le dialogue entre ces deux piliers de tout pays est nécessaire, mais l?indépendance de chacun également.
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