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« Lors d?une catastrophe, le principal défi est la communication »

19 mai 2007, 20:00

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Vous animez, depuis lundi, un atelier de travail sur le « Leadership Program in Regional Disaster Response and Trauma System Management » au « Mauritius Institute of Health », à Pamplemousses. Quels en sont les principaux objectifs ?

Il s?agit d?abord de développer un système de gestion des désastres, de former des leaders, de mettre au point des programmes, d?évaluer le système de gestion des ressources et de développer des concepts de collaboration entre civils et militaires. Et il est tout aussi important de développer des relations entre toutes les organisations de santé américaines et celles de Maurice. Je pense que ce n?est que le début d?une belle collaboration.

À qui s?adressent ces cours de formation ?

Nous formons tous ceux qui peuvent être amenés à faire face à une catastrophe. Il y a les médecins, les infirmiers, les policiers, les membres de la Mauritius Ports Authority, de la National Coast Guard, du Service d?aide médical d?urgence (Samu), et ceux des services météorologiques. Les étudiants de la School of Nursing sont également représentés, de même que les cinq hôpitaux régionaux. Ils sont 50 en tout, et il faut dire que c?est le groupe le plus complet et le plus grand avec lequel j?ai eu l?occasion de travailler. Ces personnes seront les premières à être amenées, un jour où l?autre, à intervenir lors d?une catastrophe. Les réunir dans une même salle pour qu?elles puissent communiquer est donc très important.

Selon vous, quels seraient les points faibles dans notre façon d?aborder et de gérer un désastre ?

Je pense que Maurice dispose d?un Samu très efficace. Les membres de la force policière et de la Special Mobile Force répondent au mieux aux événements imprévus. Le défi pour les Mauriciens, c?est d?avoir une meilleure communication entre chacun de ces organismes liés à la gestion des désastres. Ce cours de formation sera très bénéfique, dans le sens où tous les individus qui doivent répondre à une urgence sont réunis. Ils sont donc à même d?identifier les domaines où une amélioration est nécessaire. La communication est toujours le principal défi pour intervenir efficacement lors de n?importe quelle catastrophe dans le monde.

Vous faites l?éloge du Samu. Mais ce service essuie des critiques, notamment pour son incapacité, parfois, à arriver rapidement sur les lieux d?un accident?

Le directeur du Samu nous expliquait qu?il souhaitait disposer de plus d?ambulances. Mais il nous a aussi confié que ce service est inondé d?appels, dont presque la moitié émane de gens dont l?état ne nécessite pas réellement de soins urgents. Nous avons aussi ce problème aux États-Unis. La solution, c?est de faire un triage pour que le service soit utilisé au mieux. Mais là aussi, il y a un problème parce que ce qui est une urgence pour une personne ne l?est pas forcément pour une autre.

Quelles sont les règles à suivre pour gérer un sinistre tel qu?un accident de la route ?

Il faut se demander plusieurs choses : quelle est la gravité de l?accident ? Comment répartir les patients ? Quel est le niveau de soins qu?ils ont reçus sur les lieux de l?accident, et quel hôpital choisir ? Si vous avez un accident avec une dizaine de blessés à Port-Louis pendant les heures de pointe, ces derniers ne devraient peut-être pas tous être conduits dans le même hôpital. Avec les participants à l?atelier de travail, nous avons discuté de la création d?un système qui leur permettrait d?être très pointus dans la façon de répartir les victimes d?accidents, et d?assurer la coordination avec les hôpitaux selon les ressources qu?ils possèdent sur place pour les blessures graves.

San Diego et Seattle sont les deux villes les mieux équipées en termes de plan de gestion d?un désastre, et cela date de presque 30 ans. C?est vous dire qu?il s?agit d?un long processus qui demande beaucoup d?attention, de perspicacité, et qui nécessite une collecte de données continuelle, des examens de la situation, etc. Au final, ce qui est important, c?est de sauver plus de vies.

"La chose la plus importante que nous voulons inculquer, c'est qu'il faut mettre en place un plan pour les raz-de-marée, les tsunamis, et la grippe aviaire"

À Maurice, 140 personnes meurent en moyenne des suites d?accidents de la route. Et malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation, les chiffres ont peu tendance à s?infléchir?

Aux États-Unis, c?est une des principales causes de décès. Il vaut mieux investir dans la prévention. On peut penser à de petites choses qui pourraient réduire le nombre d?accidents, comme de scotcher une bande réfléchissante sur un casque de moto ou encore utiliser des équipements fluorescents. Votre pays a fait de grands progrès car vous avez des lois qui régissent la sécurité routière comme le port obligatoire de la ceinture. De même, les enfants doivent voyager à l?arrière, ceinturés ou dans un siège spécial pour éviter les blessures en cas d?accident.

Aux États-Unis nous dépensons beaucoup dans la prévention en sensibilisant les enfants au port du casque ou à l?utilisation d?équipements de protection lorsqu?ils font certains sports. Les piscines doivent être clôturées pour éviter la noyade chez les enfants. En fin de compte, il vaut mieux dépenser de d?argent dans la prévention car le traitement des victimes d?accidents est très coûteux.

Souvent, de grands blessés décèdent au cours du transport à l?hôpital. Que faire pour augmenter leurs chances de survie ?

Ce matin (NdlR : mercredi) nous avons montré aux participants une vidéo d?une réanimation qui ne s?est pas vraiment bien passée, et une autre où les soins apportés ont permis de sauver la vie d?un accidenté. Aux États-Unis, nous enregistrons toutes les réanimations effectuées par les ambulanciers. Et nous passons cela en revue pour voir si nous avons fait ce qui convient au moment voulu. Donc, il est très important de toujours se poser des questions et de passer constamment en revue ce qui a été fait pour voir ce qui doit être corrigé.

La société a aussi son rôle à jouer dans l?éventualité d?un désastre. Mais nous n?avons qu?environ 600 secouristes diplômés. Qu?en pensez-vous ?

Aux États-Unis, nous travaillons très dur avec la communauté et à travers l?American Heart Association pour être certains que tout le monde sache comment faire un massage cardiaque. Pour une victime d?un malaise cardiaque, les premières minutes qui suivent sont d?une importance capitale. Je vis à Seattle, une ville qui a probablement le meilleur système de réponse aux urgences dans le monde. On dit que c?est la ville idéale pour avoir une crise cardiaque aux États-Unis !

Donc, il est primordial que la communauté puisse aussi réagir. La prévention est très importante. Ainsi, nous couvrons les centres communautaires pour former les gens au secourisme, afin qu?ils puissent intervenir lors d?un accident jusqu?à l?arrivée des secours. De même, on apprend aux enfants la sécurité routière, ou encore l?importance d?utiliser un casque lorsqu?ils font du vélo.

Vous avez eu l?occasion de visiter l?« Accident & Emergency Department » de l?hôpital SSRN à Pam-plemousses. Quels sont vos commentaires ?

Je pense que vous avez les équipements nécessaires pour faire face à toute éventualité. Aux États-Unis, nous dépendons beaucoup de la technologie. Mais le point que je souhaite faire ressortir, c?est que vous n?avez pas à posséder toutes les technologies coûteuses. Le plus important est de former continuellement les infirmiers, les ambulanciers et les médecins.

Quelle est votre appréciation de la façon dont les autorités ont traité le problème des houles qui ont frappé nos côtes cette semaine ?

La chose la plus importante à retenir c?est probablement que vous ne vous attendiez pas à ce genre d?événement et, malheureusement, il y a eu mort d?homme. Ce que je veux dire, c?est que vous n?aurez jamais le temps de planifier lorsqu?une catastrophe vous tombera dessus. C?est pourquoi il est vital de participer à cet atelier de travail, dans l?éventualité d?un désastre. La chose la plus importante que nous voulons inculquer aux participants, c?est qu?il faut mettre en place un plan pour les raz-de-marée, les tsunamis et la grippe aviaire.

Il existe des problèmes et des défis communs à chaque sinistre, et de ce fait, on peut mettre en ?uvre, et de concert, un plan que vous pourrez ensuite parachever en apportant des détails spécifiques pour chaque type de calamité. Par exemple, le plan ne sera pas tout à fait le même s?il s?agit d?un accident industriel dans la zone portuaire ou d?un raz-de-marée. Au risque de me répéter, la chose la plus importante pour gérer une catastrophe, c?est la communication.

Maurice étant une île, elle est très vulnérable aux changements climatiques. Avez-vous des conseils à nous donner pour mieux faire face aux problèmes qui peuvent en résulter ?

Nous n?avons pas de conseils à donner sur la façon dont il faudrait traiter un désastre comme un tsunami ou un raz-de-marée. Vous avez vu notre expérience avec l?ouragan Katrina? Ce qu?on peut faire, c?est aider à faciliter la communication, à mettre toutes les pièces du puzzle ensemble. Les problèmes surgissent lorsque les gens ne se connaissent pas et nous en avons fait l?expérience.

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