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Un autre risque naturel à connaître

16 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Nous étions une douzaine d?amis qui campaient à Bel-Ombre samedi soir. Après avoir planté les tentes sur la plage, nous avons dû rapidement les déplacer parce que la mer montait. Nous étions sur la pelouse lorsqu?une première vague nous a déséquilibrés. Une seconde mais plus forte s?est abattue, noyant le camp. Nous avons décidé de rentrer sur Tamarin mais la route n?a pas été de tout repos avec des débris charriés par la mer et la route inondée. Le plus difficile a été de passer la radier de Macondé.? Christophe Cassio et ses amis s?en sont sortis indemnes. Comme beaucoup, ils ont été surpris par ces vagues venues de nulle part.

Un tsunami ? Encore ? ?Je n?étais pas capable d?expliquer d?où pouvaient sortir ces vagues?, poursuit Christophe Cassio. Pour cause, ces vagues sont la résultante d?un phénomène climatique qui se passe loin au sud de Maurice. C?est un raz-de-marée d?une intensité que les services météorologiques de Vacoas ne soupçonnaient pas.

Le raz-de-marée est né de la conjonction de deux phénomènes : la confrontation entre un cyclone extra-tropical (ou polaire) de forte intensité et un anticyclone. Théâtre des opérations : la zone climatique tempérée sud, soit à près de 2 000 kilomètres (km) au sud de Maurice. Le mécanisme de formation d?un cyclone extra-tropical n?est pas le même que celui d?un cyclone tropical.

La masse d?air chaud de basse pression, plus légère, passe dans un mouvement oblique au-dessus de la masse d?air froid anticyclonique, plus dense. Dès lors, la zone de basse pression dégénère sous l?effet combiné des différentiels de températures, de pressions et de densités. La masse d?air chaud ou dépression, plus humide, gagne en instabilité. Elle s?anime de vents circulaires générés par la ligne de front entre elle-même et l?anticyclone.

Le cyclone polaire comporte des rafales supérieures à 200 km/heure. Les vents qui soufflent au niveau de cette ligne de contact sont violents. La zone de basse pression étirée, les vents se renforcent. La pression atmosphérique au niveau du cyclone polaire est inférieure à 860 hectopascals (hPa). Ceci explique la force de cette dépression. À titre de comparaison, la pression atmosphérique du cyclone Carol était de 952 hPa.

La surface océanique, balayée par ces vents du sud-sud-ouest, est vaste. ?Le système a généré des vagues de forte intensité au niveau même de la zone de contact entre l?anticyclone et la dépression. Ces vagues ont été poussées en direction des Mascareignes par des vents violents. En soufflant sur une longue distance, ils ont transformé les vagues en houles dont la force tient à l?inertie du mouvement qui déplace les masses d?eau en profondeur?, nous apprend le Dr Beenay Pathack, ancien directeur adjoint de la station météorologique de Vacoas.

La topographie sous-marine a aussi contribué à la force du phénomène. Le raz-de-marée, en s?approchant d?un obstacle terrestre, se renforce car ?la masse d?eau en mouvement bute sur des reliefs sous-marins et c?est en surface que l?incidence se fera sentir : les vagues seront plus hautes et l?intensité du phénomène renforcée?. Pour le Dr Pathack, ?si on prévoit une houle océanique de trois mètres, on peut donc raisonnablement s?attendre à des vagues littorales de l?ordre de six mètres, dépendant de la topographie?.

La houle, de par sa force d?inertie, peut voyager sur plusieurs milliers de kilomètres. Les Maldives ont été touchées par des vagues de quatre mètres. Si la mer a été houleuse du côté de St.-Brandon, ni ses îles ni Agalega n?ont été inquiétées par le raz-de-marée.

Les populations des côtes sud et ouest ont été tragiquement surprises par les énormes vagues. Les services météorologiques, tant de Maurice que de la Réunion, ont sous-estimé l?intensité du phénomène. ?Nous avons fait une erreur d?appréciation?, reconnaît un officier de la station vacoassienne. Si notre météo peut prévoir ou émettre des bulletins avec efficacité pour les cyclones, tsunamis, pluies torrentielles ou glissements de terrain, force est de reconnaître qu?elle n?avait pas la capacité de prédire avec exactitude la force de ce phénomène.

Il faut bien voir que l?île est sujette à des raz-de-marée en cette saison. Cependant, jamais des houles australes d?une telle intensité n?ont touché les côtes mauriciennes. C?est un nouveau type de risque naturel à rajouter à la liste du Cyclones and Other Disasters Committee. C?est surtout un nouveau système d?alerte à mettre en place pour un risque naturel appelé à se reproduire.

Gilles RIBOUET

Les trois éléments nécessaires

Trois éléments doivent être réunis pour la formation d?un raz-de-marée aussi remarquable que celui de ces derniers jours. La vitesse du vent : elle génère des vagues importantes au niveau même du système initial. La migration, en l?occurrence vers l?est, du système extra-tropical anticyclone ? dépression : plus cette migration est lente, plus la force des vents produite se maintient, voire s?intensifie. À noter que le cyclone polaire se déplace vers le sud-est, étant attiré par les masses d?air polaire. Le ?fetch? : il s?agit de la distance sur laquelle les vents issus de la zone de convergence maintiennent une direction et une vitesse sur la mer, transformant ainsi les vagues en houles.

Petit lexique

Anticyclone : masse d?air froid constituant une zone de haute pression (bien supérieure à 1 015 hectopascals), peu humide, stable et dense.

Dépression : masse d?air chaud constituant une zone de basse pression (bien inférieure à 1 015hp), humide et instable.

Raz-de-marée : mouvement d?une masse d?eau océanique né d?un phénomène climatique entraînant des vagues d?une fréquence et d?une intensité importantes.

Tsunami : mouvement d?une masse d?eau océanique né d?un séisme dont l?épicentre se trouve sous la mer.

Le danger toujours présent

La menace des vagues impressionnantes qu?on a vu s?abattre sur nos côtes ces derniers jours plane toujours. La station météorologique de Vacoas a enregistré, hier, des vagues de quatre mètres. Elle en prévoit d?autres durant les prochaines 48 heures. Toutefois la situation devrait s?améliorer vendredi après-midi. Les régions les plus à risque sont le littoral sud, sud-ouest et sud-est. C?est ce qu?a fait ressortir le météorologue, Ram Dhurmea, hier soir. Il est conseillé aux public de ne pas s?aventurer en mer.

Le prévisionniste explique que selon les observations faites hier, il y a eu des vagues de trois à quatre mètres dans le sud, le sud-ouest et le nord. ?Ce sont les bouées qui permettent généralement de mesurer la hauteur de vagues, toutefois nous ne disposons pas de bouée.? Il précise que la station météo travaille en collaboration avec la National Coast Guard (NCG) sur la question.

Hier, le radier de Macondé était inondé et la route impraticable parce que des coraux et autres détritus y ont été charriés par les vagues, explique le chef inspecteur Ben Buntipilly, responsable de la SOS safety Unit, qui était sur place hier. La route a donc été fermée à la circulation à 15 heures et jusqu?à nouvel ordre. Une décision prise aussi en raison des risques considérables que des vagues emportent les véhicules. Les automobilistes qui empruntent les routes du littoral sud et sud-est sont appelés à faire preuve de vigilance, à ralentir pour éviter tout dérapage et à jeter un coup d??il en direction de la mer en empruntant ces routes.

Le corps de Ramchandar Babooa, 41 ans, a été retrouvé dans le lagon de Mahébourg hier matin après avoir été porté manquant pendant 48 heures. Il était en compagnie de trois amis dans une pirogue samedi quand il a été surpris et emporté par une vague. L?autopsie attribue le décès à une asphyxie due à la noyade.

À Rodrigues la police a intensifié les recherches hier matin pour retrouver les deux éléments de la NCG et de trois pêcheurs disparus à Port-Sud-Est mais en vain. Selon le nouveau dispositif, quatre bateaux de la NCG patrouilleront dans le lagon, au nord de l?île, où les deux policiers de la NCG ont disparu. Même nombre de bateaux pour le sud de l?île où trois pêcheurs ont disparu à Port-Sud-Est.

L?avion Dornier a aussi survolé la zone pendant que des pêcheurs et des volontaires participaient aux recherches à bord d?une vingtaine de bateaux. Une cellule de crise, présidée par le chef commissaire, Johnson Roussety, gère la situation. L?Assemblée régionale de Rodrigues a signifié son intention d?accorder une compensation de Rs 15 000 à chacune des familles des pêcheurs. Entre-temps la Commission de la sécurité sociale étudie la possibilité de leur remettre une somme de Rs 5 000.

Hier après-midi, le commandant de la NCG, Mahendra Nagy, et le Deputy Commissioner of Police, Jean Bruneau, ont regagné Maurice. Ils étaient allés à Rodrigues en vue de coordonner les recherches pour retrouver les pêcheurs disparus et les deux officiers de la NCG. Le Dr Sudesh Kumar Gungadin, Principal police medical officer, a été dépêché à Rodrigues hier.

Kursley THANAY

Bulletin spécial de la météo

La station de Vacoas émettra un bulletin spécial en cas de fortes houles et les gardes-côtes dissuaderont le public d?entrer dans une mer démontée. C?est ce qu?a annoncé Navin Ramgoolam hier dans sa déclaration à la suite du raz-de-marée qui a fait six victimes à Rodrigues et Maurice. Des abris seront prévus pour ceux dont les maisons sont endommagées et les routes inondées seront interdites. Le PM a souligné que la météo avait conseillé au public de ne pas s?aventurer en mer. Il a précisé que les conditions qui ont prévalu, ces derniers jours, étaient exceptionnelles et que même à la Réunion, c?était du jamais vu?

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