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Pour un dialogue capital

16 mai 2007, 00:00

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Nous vivons un de ces moments de notre histoire où le pays a un besoin pressant de ses fils. Ceux qui sont capables de prendre de la hauteur pour penser réellement et avant tout au pays, à sa population et aux générations futures. Et parmi doivent se trouver celui que la population a choisi pour diriger le pays, le Dr Navin Ramgoolam, mais aussi d?autres fils et filles du sol. Il en existe?

■ <B>La petite politique </B>

Si l?on prend la mobilisation des meetings du 1er Mai comme indicateur du rapport des forces entre les principales forces politiques, il n?y a rien de nouveau sous le soleil. L?Alliance sociale peut être satisfaite de pouvoir toujours compter sur le soutien de son noyau dur malgré la difficile et douloureuse réforme économique qui a été initiée depuis un an bientôt. Le MMM, de son côté, dopé par le retour de Vishnu Lutchmeenaraidoo, peut penser à retrouver le chemin du pouvoir. Il s?est réellement remis de ses déroutes électorales successives de 2005 et a fait la démonstration ? confirmant ainsi les sondages SOFRES ? qu?il est en train de se refaire une santé de même que son leader. La foule réunie par le Mouvement socialiste militant MSM est venue confirmer que la réalité est loin d?être conforme aux rêves et prétentions du MSM et de son leader. Le MSM n?est qu?une force d?appoint non négligeable. Au-delà de la guerre psychologique pour convaincre leurs partisans respectifs et l?opinion publique de leurs forces respectives et de la faiblesse de leurs concurrents respectifs, les différents états-majors savent que les lignes du jeu politico-électoral n?ont pas réellement bougé.

Eu égard aux graves enjeux et importants défis auxquels se trouve confronté le pays, ce n?est pas dans le jeu politique classique d?arithmétique ethno-castéo-électorale et sa déclinaison en combinaisons et permutations, que réside le salut du pays. Bien au contraire, ce jeu constitue un facteur bloquant dans le délicat processus de transition socio économique en cours. Alors qu?il faut sortir le grand jeu pour faire de la grande politique.

■ <B> Réaliser le potentiel d?une reprise </B>

L?Alliance sociale a engagé avec le budget 2006-2007 le pays dans un ambitieux projet de réforme économique et sociale. Dans les colonnes de l?express-dimanche et ailleurs, nous avons régulièrement exposé la nécessité de la réforme mais aussi ses manquements et aspects problématiques. Au fil des semaines, nous avons tenté d?analyser le bien-fondé des critiques dont cette réforme a fait l?objet et comprendre les résistances qui se sont développées. Reste que dans le fond, la réforme ? moyennant des aménagements ? est indispensable pour que le pays puisse avoir sa place dans le nouvel ordre économique mondialisé. S?il y a une leçon que Rama Sithanen et ses conseillers doivent tirer aujourd?hui, c?est que la science économique doit redescendre sur terre pour devenir économie politique. C?est d?autant plus nécessaire que l?Alliance sociale a gagné les élections de 2005 sur un projet de société axé sur la démocratisation économique dont la légitimité ne peut être contestée. La réforme économique a fait, est en train de faire et risque encore de faire, les frais de la ?petite politique?, ou de l?électoralisme, qui est dominante dans tous les partis, y compris au sein de l?Alliance sociale.

Malgré les incohérences de l?action gouvernementale, dues entre autres à une absence d?unité de direction, on commence à sentir une inversion des tendances sur le plan économique: l?investissement étranger est en hausse, le secteur touristique retrouve une belle croissance, les IRS se concrétisent, le développement du secteur TIC est réel même s?il est bloqué pour l?instant par un manque de main-d??uvre formée, le seafood hub est en train de réaliser son potentiel. Pour la première fois depuis 1991, le chômage est en baisse ; et se basant sur des projets concrets qui vont se réaliser dans les prochaines années, le Premier ministre et les ministres Sithanen et Duval pensent pouvoir arriver à une situation de plein emploi. La roupie mauricienne a arrêté sa dégringolade et il n?y a plus de pénurie de devises. Ce sont là autant de signes tangibles d?une reprise de la croissance économique ? le seul hic dans le paysage actuel est la réforme sucrière et la politique énergétique. Mais croissance ne signifie pas nécessairement développement. Et c?est là tout l?enjeu sociétal.

■ <B>Soigner la dépression sociale </B>

Ces signes ont lieu sur fond de ?souffrance sociale?, qui renvoie à la fois à des problèmes structurels qui ne datent pas de 2005, et des éléments conjoncturels. On y trouve l?exclusion et la précarité qui frappent une partie de la population ; une baisse conséquente du pouvoir d?achat avec un taux d?inflation de 10,5 % due à un télescopage de plusieurs facteurs que l?on a en vrac mis, à tort, sur le dos de la réforme ; et le déclassement fortement ressenti par une bonne partie des classes moyennes. Si tout le monde s?accorde sur le constat, c?est aussi un fait, que seul un développement économique solide, durable, juste, équitable et solidaire peut constituer l?antidote à la déprime, voire la dépression sociale ? et toutes ses manifestations et dérives ? qui menace la cohésion sociale et l?unité nationale.

C?est au Dr Navin Ramgoolam et à son équipe, qu?il incombe de créer le climat nécessaire afin que le pays puisse réaliser tout le potentiel des premiers signes de redressement économique. Première étape d?une réelle sortie de crise pour permettre l?émergence d?un nouveau modèle de développement. Il y a une dépression sociale à soigner et la cohésion sociale et nationale à préserver. Pour y arriver, il faut que le Premier ministre fasse preuve des qualités d?un grand homme politique pour ne pas rater ce rendez-vous avec l?histoire dans cette phase cruciale. Le choix qui s?offre au Dr Navin Ramgoolam est simple : soit il reste prisonnier du jeu de la ?petite politique? tout en s?assurant qu?il reste le maître, soit il s?affranchit de ce jeu, auquel il n?a rien encore à prouver, pour faire de la grande politique et écrire la nouvelle page d?un nouveau chapitre de l?histoire de la République mauricienne. C?est bien de cela qu?il s?agit.

■ <B>Pour un pacte historique </B>

Maurice fait partie de ces pays dont les structures socio économiques ont été façonnées par des rapports historiques basés sur des modes d?exploitation économique et d?oppression culturelle qu?ont été l?esclavage et l?engagement, aboutissant à la concentration des richesses dans les mains d?une minorité. On trouve dans ce pays un profond ressentiment envers cette minorité de grands possédants, tous d?une même communauté ? la communauté blanche. Deux pays de la région ont géré cette question de manière fondamentalement différente. Au Zimbabwe, le mouvement de libération a dérivé au point que le pays est aujourd?hui en ruine et sa population affamée. Le projet de démocratisation s?est avéré une idéologie paravent au service d?un dictateur et de sa clique s?accrochant au pouvoir. L?Afrique du Sud vit, elle, une expérience différente. Et ce, grâce en grande partie à ce grand homme qu?est Nelson Mandela. Ce n?est pas la dialectique du maître et de l?esclave avec ce dernier rêvant de devenir maître à son tour, qui fonde sa philosophie politique d?émancipation des opprimés et des exploités.

Si Maurice veut se donner une chance de réussir son entrée dans le XXIe siècle comme une République animée par des valeurs humaines fortes, notre source d?inspiration doit être Mandela, et non Mugabe. D?autant plus que la République mauricienne n?a pas de ressources autres que ses enfants.

En somme, il s?agit d?être extrêmement vigilant pour décrypter et exposer les agendas cachés de ceux qui, sous le couvert de la démocratisation, n?ont comme projet d?avenir que la revanche historique. Ceux-là n?ont aucunement à c?ur l?intérêt général. Leur fonds de commerce est de pourfendre le gros capital pour une ?recomposition? du capital ? ôte toi que je m?y mette ? et non une démocratisation. Ils ne sont pas porteurs d?avenir si ce n?est leur propre avenir. Que Dieu préserve la République mauricienne de leurs influences nuisibles et des dynamiques dangereuses qu?ils peuvent provoquer.

Le pays doit exorciser le ressentiment, qui puise ses racines dans l?histoire, et qui est en train de s?intensifier avec le sentiment grandissant que le développement en cours risque sérieusement d?accentuer les inégalités. Et pour cela, il faut arriver à dégager un pacte historique dans le dialogue. Car il s?agit de convaincre et non de vaincre. En tant que Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam a le devoir de joindre l?acte à ses discours du 1er Mai pour prendre l?initiative d?une rencontre avec les représentants du grand capital mauricien, en faisant bien la distinction entre le système et les hommes. Le changement de mindset avec une grande ouverture d?esprit doit être à l?agenda de tous les acteurs du développement afin de dégager des convergences allant dans le sens d?un développement durable.

Le grand capital de son côté doit intégrer pleinement la nouvelle donne s?agissant des exigences du nouveau modèle de développement. Il doit comprendre qu?au-delà de sa responsabilité sociale et citoyenne, il a aussi une responsabilité historique dans la présente conjoncture. Il y a à Maurice un besoin d?investissements dans des secteurs créateurs de richesses et d?emplois à forte valeur ajoutée. L?IRS par exemple, s?il peut contribuer au développement du pays ? à condition qu?il soit réellement pensé autour du concept d?intégration socio-spatiale ? ne constitue pas la panacée d?un développement durable.

La diabolisation mutuelle qui se déroule en ce moment est non seulement injuste mais ne mènera nullement part. Il existe des patriotes faisant partie du grand capital qui seront sûrement réceptifs à une démarche venant du Premier ministre en vue de trouver ensemble des propositions concrètes, et qui seront bien disposés à apporter leur contribution sous différentes formes pour aller dans le sens d?un modèle de développement intégré, durable, juste, équitable et solidaire.

Tout état qui se respecte, a le devoir de protéger les plus faibles de la société et veiller à créer les conditions pour leur intégration dans la République. La défense des faibles ne signifie pas cependant qu?il faille affaiblir ceux qui sont forts. Il faut rapidement mettre un terme à la tension et la confrontation entre le gouvernement et le secteur privé qui se sont développées avec la prise de position, inacceptable dans le ton et dans le choix des mots, du président et du directeur de la JEC, MM. Jacques de Navacelle et Raj Makoond. Le dialogue, le vrai, est seul porteur de solutions pour l?avenir. L?heure est à la construction et à la mobilisation de toutes les ressources et de tous les enfants de la République mauricienne. C?est capital.

Malenn OODIAH</B>

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