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Famille : Quel encadrement pour nos enfants ?

15 mai 2007, 00:00

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Acheminerons-nous petit à petit vers le déclin du modèle familial traditionnel ? L?image du papa, de la maman et des enfants ne fera-t-elle pas toujours référence ? Les mutations de la famille se poursuivent et de nouveaux types familiaux sont entrés dans les m?urs. Familles recomposées, monoparentales, unions libres, naissances hors mariage : la cellule familiale mauricienne se modernise. Certes, l?augmentation du nombre de séparations précoces favorise l?émergence de ces nouvelles familles. En cette Journée internationale de la famille, une incursion dans quelques-uns de ces foyers nous a semblé judicieuse.

La famille demeure-t-elle le premier dispositif qui permet à ses membres de vivre ensemble, de s?enrichir et de se soutenir mutuellement ? Il importe surtout que les enfants évoluant dans ces sphères nouvelles trouvent la place qui leur revient. ?La société mauricienne change de visage. Les familles d?aujourd?hui ne ressemblent plus à celles du passé? les couples font moins d?enfants, les mères travaillent, le rythme de vie est différent. Les couples divorcent de plus en plus et les familles se recomposent. La famille est donc un concept qui change. Qu?importe la cellule familiale, il est cependant impératif qu?elle demeure un lieu où l?enfant construit ses repères, et apprend la vie en société?, rappelle Sarah Dieazanacque, psychologue. Il n?en demeure pas moins que le modèle idéal reste le père et la mère qui se retrouvent quotidiennement aux côtés de leur enfant.

Et, si la vie fait qu?il n?a pas eu cette chance, il faut faire de sorte qu?il soit régulièrement en contact avec le parent absent du toit familial. ?Il y a encore trop de pères qui n?assument pas leurs responsabilités. Et les très jeunes pères sont de nos jours, monnaie courante?, déplore Rita Venkatasawmy, directrice du Centre d?éducation et de développement pour les enfants mauriciens (Cedem). La notion de la famille est parfois terriblement banalisée. C?est en tout cas le constat de Jacques Armon, travailleur social. ?Les enfants deviennent de véritables laissés-pour-compte. Et ce n?est plus uniquement dans les familles défavorisées et sans ressources. Il y a toujours le cas de ces beaux-pères, dans les familles recomposées qui ne veulent pas subvenir aux besoins du beau-fils ou de la belle-fille.?

Les droits de l?enfant sont encore trop souvent bafoués. C?est toujours lui qui subit les conséquences du couple qui va à vau-l?eau. ?Il faudrait instituer une family court pour mieux régler les conflits au sein des familles. On se demande bien pourquoi ce dossier a été relégué au fond d?un tiroir. Pourtant l?avocate Pramila Patten en avait fait la demande. Pendant ce temps, on assiste, impuissant, à la souffrance des enfants?, constate la directrice du Cedem.

Une souffrance qui est aussi tangible lorsqu?il s?agit d?orphelins. Il est urgent que l?île Maurice revoie sa politique d?adoption. Tant d?enfants sont abandonnés pendant que de nombreuses familles sans enfant sont obligées de se tourner vers d?autres pays pour une adoption. ?Il faut penser et agir famille mais nous n?avons pas de lois qui facilitent l?adoption dans ce pays. Au Cedem, j?ai une famille par semaine qui vient me voir et qui a ce désir d?adopter. J?ai une femme tout dernièrement qui a dû se tourner vers l?Inde?, souligne Rita Venkatasawmy.

Nombreux sont les pays qui ont jugé nécessaire de revoir le système afin de tenir compte de l?évolution de la situation des besoins de la famille nouvelle. A Maurice, avec les deux parents qui travaillent, la garde des enfants devient un véritable problème pour les familles. Et l?on n?ose imaginer la situation difficile des parents d?enfants handicapés.

Il suffit d?un petit coup de pouce

Et pourtant, d?une part, les couples se sentent et se disent seuls et démunis pour élever leurs enfants. D?autre part, nos aînés se retrouvent de plus en plus isolés et marginalisés. ?Il est temps de tirer la sonnette d?alarme. Redonnons aux grands-parents la place qu?ils avaient dans le temps. En nous privant d?eux nous nous privons d?une grande richesse. Pourtant c?est ce qui était l?essence même de la famille mauricienne. Aujourd?hui chacun vit sa vie un peu trop égoïstement?, constate Rita Venkatasawmy.

La situation familiale continuera à évoluer et à se diversifier. Elle entraînera avec elle son lot de disparités sociales ?Il faudrait davantage de psychologues et d?assistantes sociales pour rétablir un certain équilibre quand cela est encore possible.? C?est le constat de terrain de Jacques Armon. Un manque de soutien à ces nouvelles familles se fait cruellement sentir. Davantage de travailleurs sociaux de proximité sont à pourvoir afin d?aider et de réconcilier certaines familles quand il est encore temps. Que l?on divorce ou qu?un parent meure, ce sont là, les aléas de la vie. Il suffit, parfois, d?un petit coup de pouce pour que la famille se remette sur les rails. ?Il y a des choses qui relèvent d?une politique gouvernementale et il y en a d?autres qui relèvent du c?ur. Si chaque famille stable entrouvrait sa porte à un enfant en difficulté, ce serait déjà très bien. Après tout, nous, Mauriciens, sommes tous une grande famille?, conclut la directrice du Cedem.

Premila DOSORUTH

Questions à Sarah Dieazanacque

Psychologue clinicienne

● De nouveaux modèles familiaux émergent de plus en plus. Quelles sont les préoccupations et les peurs de ces pères et mères de famille, peut-être désemparés, que vous côtoyez ?

Il s?agit plus de réussir une nouvelle cellule familiale, où le rôle de chacun est bien défini. Je leur préconise de faire très attention à une remise en couple trop rapide après une séparation, car si cette nouvelle union ne tient pas, cela perturbera l?enfant, qui vivra à nouveau un sentiment d?abandon. Il y a aussi à gérer les relations entre les demi-frères et demi-s?urs, qui ne sont pas toujours évidentes. Il est très important de prendre le temps de tisser et de créer des liens, les uns avec les autres.

● Et quel soutien pratique peut-on offrir à ces parents et à leurs enfants ?

Parfois, la famille peut consulter un psychologue, qui l?aidera à construire ces liens, et qui permettra aussi à chacun de trouver sa place. Cela peut prendre du temps, mais il est nécessaire de ne pas brusquer les choses. Le psychologue peut proposer une thérapie familiale, qui laisse aussi la possibilité aux parents de garder leur rôle et leur autorité parentale, même s?ils sont séparés.

● Qu?en est-il véritablement de ces enfants qui vivent au sein de ces nouveaux modèles familiaux ?

Il n?est pas toujours facile, par exemple, pour l?enfant d?accepter le nouveau conjoint de son père ou de sa mère. Il peut toutefois s?adapter à cette nouvelle situation si le nouveau conjoint ne se substitue pas au rôle du parent qui n?est plus là. Il faut savoir que plus les parents (l?ex-couple) s?entendront sur des points essentiels et plus ils accepteront la place et la présence du nouveau conjoint, plus l?enfant vivra bien cette nouvelle cellule familiale. Car il pourra ainsi s?autoriser à aimer le nouveau ou la nouvelle venue.

Propos recueillis par P. D.

Famille monoparentale Sahera Peerun, 21 ans

?Ma priorité, mes enfants?

■ ?J?ai tout fait pour que mon mariage soit une réussite mais en vain.? Sahera Peerun, mère de deux enfants se résout à se séparer de son mari. ?Je ne dirai pas que ce fut une décision facile à prendre. Loin de là, mais j?ai franchi le pas pour le bonheur de mes enfants et pour le mien aussi. Je dois être moi-même bien dans ma peau pour pouvoir mieux m?occuper de mes enfants et pour qu?ils le soient aussi.? Malgré son jeune âge, Sahera trouve le courage d?élever ses deux enfants sans leur père. Elle affirme ne pas prétendre se substituer au père mais se bat bec et ongles pour donner le meilleur à ses enfants. A voir Inshira, trois ans, si vive, souriante et épanouie, on ne doute pas qu?elle y réussisse à merveille. ?A Maurice, c?est un véritable drame si on se sépare et élève seul ses enfants. Certaines personnes ont une telle étroitesse d?esprit qu?elles vous montrent du doigt comme si on avait commis un quelconque crime.? Mais Sahera fait fi du regard des autres et des difficultés et mène tambour battant sa vie de célibataire retrouvée. ?Beaucoup croient encore qu?il faut absolument un homme à nos côtés pour qu?on puisse s?en sortir financièrement. Mais moi je travaille dur pour pouvoir m?en sortir.? A la question d?une possibilité de se remettre en ménage avec quelqu?un, on obtient un ?non? catégorique. ?Je trouve mon équilibre comme je suis en ce moment et ma priorité demeure mes enfants. J?ai le devoir de faire de tout mon mieux pour leur offrir une belle vie.? Cette secrétaire peut aussi compter sur ses parents pour mener à bien tout ce qu?elle entreprend. ?Si mes enfants sont si épanouis c?est aussi grâce à leurs grands-parents. Le soutien moral de la famille est très important. Sans mes parents et la famille je n?y arriverai peut-être pas.? Toute sa famille est présente pour entourer et aimer ses deux enfants palliant ainsi un certain manque. ?J?encourage les femmes à être plus fortes moralement pour faire face aux épreuves. C?est mieux d?être seul à travailler et à s?occuper de ses enfants que de souffrir dans un couple qui ne tient plus la route.? Sahera déplore l?absence d?une aide efficace aux femmes qui élèvent seules leurs enfants. ?Ailleurs, cela se fait mais Maurice, tel n?est pas le cas. Ici, on est dans une société qui n??uvre pas en faveur des femmes, encore moins en faveur des femmes élevant seules leurs enfants.?

Témoignage

Vanessa Bundhoo, 35 ans William Résidu, 41 ans

?Il faut communiquer?

■ Aurélie, 15 ans tient dans ses bras le petit Wheelan tout juste âgé de 35 jours. Elle le couve des yeux et lui murmure quelques mots d?amour. C?est justement l?amour qui prévaut dans cette famille recomposée qui en a fait sa réussite. Car Wheelan n?est que le demi-frère d?Aurélie. Cette dernière est l?une des deux filles que William Residu a eues de son précédent mariage. ?Mais la vie, parfois, fait que deux êtres qui se sont aimés ne s?entendent plus?, rappelle tristement William. Alors, c?est la séparation. Mais, dans son malheur, son chemin croise celui de Vanessa Bundhoo, celle qui fut un temps une amie. Elle-même est mère de trois garçons et d?une fille. La magie s?opère et depuis le 21 octobre 2005, les deux amoureux vivent sous le même toit. Wheelan est venu ainsi sceller cet amour. Ces deux travailleurs sociaux, pour l?heure en instance de divorce, accueillent ainsi dans leur maison sept enfants lors des fêtes et des grandes occasions. Comment faire pour que cette joyeuse maisonnée s?entende ? ?Il faut communiquer?, répondent en ch?ur Vanessa et William. ?Les familles recomposées sont encore, hélas, mal considérées à Maurice. Mais quand un couple ne marche plus, pourquoi n?aurait-il pas droit à une deuxième chance ? Tout le monde peut faire des erreurs dans la vie. Aujourd?hui, je respecte mon ex et j?attends qu?elle le fasse aussi.? C?est avec un peu d?intelligence de la part des uns et des autres et avec un constant dialogue qu?une famille recomposée a une chance de réussite. ?De mon côté c?est vraiment depuis que je me suis séparée de mon ex que je m?entends bien avec lui. Aujourd?hui, chacun a sa vie et pour le bien-être de nos enfants nos gardons d?excellents contacts?, précise Vanessa. ?Faire semblant d?être heureux dans un couple qui va mal n?est pas à conseiller. Tout cela pour se conformer à l?image idéale du papa, de la maman et des enfants, surtout aux yeux des autres. Souffrir en silence, c?est très pernicieux. Un jour, j?ai dit ?stop?.? Aujourd?hui Vanessa et William s?attellent à faire durer leur couple. Certes, il y a les petites disputes quotidiennes. Mais c?est leur façon à eux de communiquer, disent-ils. ?Souvent il nous arrive de discuter pendant de longues soirées. C?est très important. Nous apprenons des erreurs du passé. Nous mettons en premier plan le bonheur de nos enfants parce que nous savons que ce n?est pas toujours évident pour eux d?évoluer dans une famille recomposée. Mais nous sommes persuadés qu?un couple qui est voué à l?échec peut recommencer la vie à zéro.?

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