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Un goût amer
par Raj Meetarbhan
Le nouvel épisode des relations tumultueuses entre les sucriers et l?Etat fait craindre le pire pour notre industrie-mère. C?est sa survie qui est menacée par un jeu complexe impliquant divers représentants d?intérêts spécifiques. Les clivages sont profonds et sans un leadership résolu on se dirige vers une impasse absolue.
Le problème immédiat qu?il faut régler est celui de la fermeture de trois usines, notamment Mon-Loisir, Mon-Trésor et Riche-en-Eau. Le Conseil des ministres a autorisé ces fermetures depuis le 30 mars mais a imposé des conditions que l?industrie juge ?excessives?. Si aucune solution n?est trouvée d?ici le 31 mai, les usines devront continuer à rouler. La Mauritius Sugar Producers Association a demandé des éclaircissements sur les conditions de l?Etat mais elle n?a pas reçu de réponse à ce jour.
Avec la réduction de 36 % du prix du sucre exporté vers l?Europe, Maurice a adopté une stratégie visant à réduire ses coûts de production. Sept des onze usines sucrières devront fermer avec cet objectif en vue. Seuls quatre pôles de production restent. Ils sont Fuel, Belle-Vue, Savannah et Médine. La logique économique est implacable : sans la centralisation, l?industrie n?est pas viable.
Le gouvernement a autorisé les trois usines à cesser leurs opérations, mais a exigé, en contrepartie, 1 500 à 2 000 arpents de terres. Il a aussi fait savoir qu?il ne se considère plus obligé de financer à 75 % les coûts liés au ?Blueprint? sur la centralisation des usines. Du coup, l?état-major de l?industrie s?est braqué.
Les conditions qui sont attachées à la fermeture des usines sont le résultat de pressions exercées sur les dirigeants du pays par l?aile radicale du Labour. Les positions de celle-ci s?apparentent à des considérations d?ordre émotionnel et vindicatif plutôt qu?à la rationalité économique. Cette même aile a failli saboter l?adoption du ?Sugar Industry Efficiency Act?, une loi indispensable à la poursuite de la centralisation. Finalement, la loi a été votée mais une concession majeure a été faite au lobby anti-réformiste. Cette loi ne reconnaît pas la production d?éthanol comme faisant partie intégrante du ?cluster? de la canne à sucre, condition exigée par l?Union européenne.
L?UE a établi un calendrier de réforme qui doit être respecté si le pays entend bénéficier de son aide pour moderniser l?industrie. Ces ?mesures d?accompagnement? sont d?un montant de Rs 500 millions pour cette année et de Rs 8,5 milliards pour la période 2006- 2015. La fermeture des trois usines est un des engagements pris par le gouvernement auprès des bailleurs de fonds. Si un accord n?est pas conclu avant la fin de ce mois, le processus de centralisation sera bloqué et l?aide européenne hypothéquée.
Après la saveur douce des prix garantis qu?elle a obtenus pendant des années, c?est avec le goût amer des incohérences gouvernementales que l?industrie est forcée d?entamer sa mue.
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