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L?île Maurice perd le Dr Leckraz Teelock
Le 4 mai 1982, l?île Maurice perd son haut-commissaire à Londres, le Dr Leckraz Teelock. Il meurt à l?âge de 74 ans, laissant derrière lui sa veuve, Lady Vinaya, une fille et son fils, Sanjeet. Il est le troisième ambassadeur à mourir dans l?exercice de ses fonctions, après Sir Guy Forget (ce début de mai 1982 voit également l?inauguration, au Centre de Flacq, du Lycée polytechnique qui porte son nom), décédé à Paris, en janvier 1972, et Guy Balancy (septembre 1979 à Washington). Sir Leckraz Teelock est aussi, au moment de son décès, le doyen du corps diplomatique dans la capitale britannique.
Il voit le jour vers 1908, dans une famille de la classe moyenne, connue pour son patriotisme et pour son respect constructif des valeurs et traditions ancestrales. Elle lui permet d?aller étudier la médecine en Grande-Bretagne où il noue des liens d?amitié avec un certain Seewoosagur Ramgoolam, plus connu comme Kewal. De retour au pays natal, il exerce la médecine avec toutes les qualités propres à un disciple d?Esculape respectueux de son serment d?Hippocrate.
Bickramsing Ramlallah, directeur de Mauritius Times et ancien député travailliste de Poudre d?Or (1959 et 63) et du No 6 (1967), dit de lui, au moment de son décès : ?Thousands of people owe him their lives and health. As a medical practitioner, he used to examine his patients thoroughly and patiently, listened to the nature of their illness. His presence, his soothing words and the genuine interests he took in them was enough to partly relieve their sufferings.? Bref, il faisait exactement ce que tout médecin digne de ce nom doit faire mais que beaucoup de ses confrères actuels sont réticents à faire dans nos hôpitaux et dispensaires publics, avec souvent la bénédiction et la complicité du gouvernement qui les couvre d?une sinistre impunité protectrice. Nous ne pouvons que leur souhaiter bonne sieste même aux urgences, en attendant l?avènement d?un gouvernement capable de nettoyer les écuries d?Augias de la République bananière de Maurice. Inutile de préciser que, à l?instar du Dr Maurice Curé, le Dr Teelock paye les médicaments de ceux qui ne peuvent s?acquitter des honoraires de ses scrupuleuses consultations.
Sa générosité ne se limite pourtant pas aux quatre murs de son bureau de consultation. Il est toujours disponible quand il s?agit d?aider financièrement des institutions charitables. Et quand elles ne viennent pas à lui, il s?empresse d?aller vers elles et de leur ouvrir son portefeuille, avant même qu?elles aient le temps de formuler leurs requêtes.
En 1946, par exemple, quand la communauté mauricienne hindoue manifeste le désir de créer, à l?instar des écoles confessionnelles, un collège pour ses adolescentes, le Hindu Girls College, qu?elle aura l?intelligence de confier au professeur Besson du collège Royal de Curepipe, alors en instance de départ pour la retraite, le Dr Teelock remet, aux promoteurs de ce louable projet, l?importante somme à l?époque de Rs 15 000, soit l?équivalent du salaire annuel de trois hauts cadres du secteur privé de l?époque, touchant déjà Rs 500 par mois, soit environ Rs 1,5 million de 2007.
Le bon et généreux Dr Teelock ne nourrit, bien sûr, aucune ambition politique, se contentant de pouvoir répandre le bien autour de lui. Peu avant les élections législatives du 9 mars 1959, une délégation d?habitants de Bon Accueil, soutenue par le Parti travailliste de Seewoosagur Ramgoolam, frappe à sa porte et le supplie d?être leur candidat pour ce scrutin. Il est élu avec 3 584 voix, soit 60,33% des suffrages, alors qu?à Triolet son ami Kewal doit se contenter de 3 111 voix et de 59,47% des suffrages. Il a d?autant plus de mérite que, lors des élections du 23 octobre 1963, son successeur travailliste Robin Ghurburrun (pourtant pas n?importe qui) devra mordre la poussière avec seulement 2 034 voix (35,37% des suffrages) face au musulman Wahab Foodun, IFB (2 135 voix, 37,13%) et J. Ramdoor, PM (1 581 voix, 27,50%). Ironie du sort, dès juillet 1978, on mentionne le nom de Robin Ghurburrun pour succéder de nouveau au Dr Teelock, mais cette fois, non pas à Bon Accueil, mais à Londres.
A la fin de février 1964, en effet, Seewoosagur Ramgoolam exige de lui un nouveau sacrifice, celui de devoir quitter ses parents, ses amis, ses connaissances, ses malades, son pays natal même, pour être nommé commissaire de Maurice à Londres. Son esprit de service lui interdit, bien sûr, de refuser ce nouveau mandat. Il représentera dignement l?île Maurice dans la capitale britannique et défendra notamment avec succès, avec l?aide infiniment précieuse de Sir Guy Sauzier et de RaymondChasles (à Bruxelles) les intérêts sucriers de l?industrie mauricienne. Ils sont de ceux qui obtiennent, en octobre 1974, que le prix de £ 140 s?applique au quota mauricien de 380 000 tonnes de sucre, heureux prélude au boom sucrier de 1973-76 et de l?accroissement de notre quota à 500 000 tonnes.Sir Leckraz Teelock est aussi un membre fondateur de la Mauritius Free Press Ltd, propriétaire du journal Advance. Il contribue également à la fondation de la Mauritius Family Planning Association. Il sait contrecarrer avec intelligence et diplomatie la campagne anti-indépendance de Maurice que les adversaires de cette avancée constitutionnelle radicale essayent de contrer, en inondant la presse conservatrice anglaise avec des articles hostiles à ceux qui militent en faveur de l?indépendance de Maurice.Sir Leckraz Teelock a droit, bien sûr, à des funérailles nationales, en mai 1982.
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