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Le vrai faux départ d?Harish Boodhoo

13 mai 2007, 00:00

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«Pa kitt nou. » Non, ce n?est pas une traduction appro-ximative de la célèbre chanson de Jacques Brel, Ne me quitte pas. Nous sommes le 11 mai, dans le bureau d?Harish Boodhoo à Port-Louis. Face à lui, une femme âgée d?une soixantaine d?années. Cette dernière le supplie de ne pas exécuter sa menace de mettre un terme à son engagement auprès des personnes qui se disent victimes de la vente à la barre.

Jetant un regard compatissant en direction de la dame, Harish Boodhoo, d?un air ferme et décidé, déclare alors que sa décision est définitive. Mais faut-il vraiment croire celui qui, en plusieurs occasions, a promis de se retirer de la scène politique avant de se raviser ?

« Il a le flair du parfait politicien »

« Harish Boodhoo est un homme rusé. Il a le flair du parfait politicien. Il n?est pas interdit de penser que l?homme a vu les signes avant-coureurs d?un changement du paysage politique, notamment la remontée spectaculaire du MMM et les difficultés de l?Alliance sociale. Lorsqu?il s?est rendu compte des limites de son engagement auprès des victimes de la vente à la barre, il en a profité pour se retirer? afin de refaire son entrée au moment opportun », témoigne un de ses anciens proches collaborateurs, qui a choisi de garder l?anonymat.

Cangayen Pillai, qui a connu Harish Boodhoo et qui maintenant a pris ses distances, souligne que ce dernier restera un homme politique avant tout. Ce trait d?Harish Boodhoo, souligne-t-il, a transpiré dans son engagement auprès des victimes de la vente à la barre. « Il faut éloigner la politicaille de la lutte en faveur des victimes de la vente à la barre. Ce qu?il faut, c?est professionnaliser le mode de fonctionnement de ce mouvement », affirme notre interlocuteur. Il est persuadé qu?Harish Boodhoo reviendra à la politique et gage qu?au moment propice, il reprendra la lutte en faveur des victimes de Sale By Levy comme cheval de bataille.

Rajesh Bhagwan, secrétaire général du MMM, refuse, quant à lui, d?interprêter la décision d?Harish Boodhoo. « Tout le monde connaît son parcours. Il n?est pas un nouveau venu sur la scène politique, et il est le seul habilité à tracer la voie de son avenir sociopolitique. »

Boodhoo veut se consacrer à l?écriture

Bien qu?il ait été annoncé en grande pompe, le départ d?Harish Boodhoo, autant que sa décision de ne pas faire de la politiqu restent hypothétiques, pour ne pas dire ambigus. La décision de se retirer, le 31 mai, ne sera effective que si les appels lancés en direction du Premier ministre, Navin Ramgoolam, aboutissent.

Harish Boodhoo souhaite en effet une révision du Borrowers?Protection Act afin, qu?entre autres, le pouvoir d?enquêter du commissaire pour la protection des emprunteurs soit étendu aux cas survenus avant la promulgation de la nouvelle législation.

Harish Boodhoo trouve, en effet, inacceptable que le commissaire puisse exiger, dans ce cas, que les victimes fournissent des preuves qu?elles ont bien été spoliées de leur bien. Harish Boodhoo promet même de sortir de sa « retraite » si deux politiciens qu?il surnomme respectivement « razoir » et « kouto sinoi » abusent de leur pouvoir.

Et d?ici le 31 mai, Harish Boodhoo va mettre la pression. Tous les jeudis, les participants marcheront du Centre Marie- Reine-de-la-Paix jusqu?à proximité de la Cour suprême entre 11 h 30 et 15 heures. Il faut savoir que la vente à la barre des biens a lieu tous les jeudis en Cour suprême. Le 31, un meeting est donc prévu devant cette instance.

Mais le retrait de l?homme de Belle-Terre ne serait-il pas un prétexte pour préparer le terrain à Vijay Makhan, son beau-frère qui vient d?adhérer au MMM, si ce dernier est appelé à se présenter comme le candidat au poste de Premier ministre ? Harish Boodhoo écarte cette possibilité en raison de ses relations conflictuelles avec Paul Bérenger. « Je n?ai aucune intention d?aider aucun parti politique de quelque manière que ce soit. »

Cependant, il existe deux éléments qui donnent à penser que ce départ serait définitif. Harish Boodhoo soutient que, financièrement, il ne peut plus continuer à payer le loyer de son bureau de Port-Louis. Et après 39 ans de carrière mouvementée, l?homme veut se consacrer à l?écriture. Cet ancien formateur de l?École normale possède, en effet, une parfaite maîtrise de la langue de Shakespeare, acquise selon une ancienne méthode d?apprentissage. Il écoute la BBC et dévore les magazines, non seulement pour s?informer, mais également pour parfaire son vocabulaire. Toutes les nouvelles expressions susceptibles d?être réutilisées dans un autre contexte sont soulignées, puis mémorisées. Il les note même dans son agenda. Car Harish Boodhoo fait partie de ceux qui tiennent leur journal de bord, et c?est un homme d?écriture. Tous les détails de son existence sont quotidiennement notés.

Un engagement auprès des démunis

« Comme j?ai des dettes avoisinant les Rs 1, 8 million, peut-être que la vente de mes livres me permettra de les rembourser graduellement », confie-t-il, pragmatique.

L?un des sujets qu?il veut traiter dans un des projets d?ouvrage concerne la relation avec sa mère. « Je suis très attaché à ma mère et la mort n?a pas pu effacer les liens qui m?unissent à elle. » Et pour cause.

Harish Boodhoo, benjamin d?une famille de six enfants, est né seulement trois mois après la mort de son père. Deux semaines avant son accouchement, sa mère devait toujours besogner dans les champs. À cinq ans, Harish Boodhoo commence à travailler.

C?est dans des conditions difficiles qu?il termine ses études secondaires, maintes fois interrompues en raison de l?incapacité pour ses parents de payer la scolarité. Pour s?en sortir, Harish Boodhoo vendait des légumes et des journaux pour 25 sous. C?est que chez les Boodhoo, on connaît la valeur de l?argent gagné. On comprend aisément que son engagement auprès des démunis résulte, en grande partie, des circonstances pénibles de son enfance.

Un de ses proches collaborateurs le définit ainsi : « La politique pour lui, c?est comme l?équilibre à la bicyclette. Si elle ne roule pas, la bicyclette tombe. » Ce trait d?Harish Boodhoo qui s?est maintes fois manifesté, va-t-il se réaliser une fois encore ? Seul l?avenir le dira.

Une campagne à l?américaine

Ce n?est pas Harish Boodhoo qui dira le contraire. Dans le cadre de la campagne pour sensibiliser au sort des victimes de la vente à la barre, Harish Boodhoo a recommandé la réalisation d?un clip pour diffuser son message et le témoignage des victimes. Sa durée sera d?une heure au grand maximum. La bande vidéo sera vendue par les victimes de la vente à la barre elles-mêmes. « Le prix sera très abordable. Cela nous permettra de faire un petit peu d?argent. »

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