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Le délire gouvernemental
par Nazim ESOOF
Si l?île Maurice a souvent été présentée comme le tigre de l?océan Indien, son secteur privé s?est, lui, comporté comme un tigre de papier. Prévenant, voire pusillanime, le secteur concurrentiel généralement règle son pas sur celui des gouvernants. Sans doute, il n?est dans l?intérêt ni de l?un ni de l?autre d?entrer dans un rapport de force. Mais la mode consensuelle semble aujourd?hui ne plus avoir cours.
En effet, pour leur dernière sortie publique, les grands pontes du Joint Economic Council, dont Raj Makoond et Jacques de Navacelle, sont sortis de leurs gonds. L?événement est si inhabituel qu?il mérite d?être souligné. Partenaire de l?État, le secteur privé mauricien a développé au fil des ans un rapport honteux à l?argent. Tout le temps, ce sont des spectres anciens qui l?ont contraint à adopter une posture inhibée face à l?opinion publique. Présenté comme démons par les politiques en période de campagne électorale, il s?était résolu à être un acteur plus ou moins actif ou plus ou moins passif, dépendant des cas. Aujourd?hui, ce secteur privé se trouve presque dos au mur face à un gouvernement qui se signale par son embrouillamini idéologico-économique. C?est à juste titre qu?il hausse le ton, quoiqu?on peut lui reprocher de frôler la démesure par moment. On ne peut ?uvrer à un élargissement de l?espace des opportunités en pratiquant un manichéisme qui sert à marginaliser le secteur privé local au profit des investisseurs étrangers. Il y a définitivement d?autres manières de pratiquer la démocratisation de l?économie qu?en stigmatisant le secteur privé traditionnel. Ce dernier est aujourd?hui désemparé. Après s?être réjoui autour d?un premier budget aux senteurs particulièrement libérales, il éprouve désormais des «sentiments confus» et va même jusqu?à affirmer que «l?Etat ne doit pas se mêler des affaires où il n?a rien à faire!» Cela résonne comme une déclaration de guerre et, à bien y voir, ce ne serait pas une mauvaise chose tant elle pourrait nous permettre de sortir de l?onirisme mugabéen de certains au sein du gouvernement. Car l?enjeu est ailleurs. Mais il n?est certainement pas dans un État de moins en moins régulateur et de plus en plus tutélaire. Il n?est pas non plus dans une vision réductrice de l?activité économique où on s?aliène le principal acteur du développement. Dans ce rejet d?une élite économique qui souffre du stigmate d?être ethniquement marqué. Dans ce discours qui tend à affirmer que c?est en appauvrissant les uns qu?on parviendra à enrichir les autres. A ce rythme, on ira à coup sûr vers une paupérisation généralisée. On ne gouverne pas sans ces agents que sont les secteurs syndical et concurrentiel. Ils ont certainement leurs faiblesses mais c?est de leur force qu?il faut capitaliser pour catapulter les ambitions sociales et économiques d?un pays.
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