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?Le gouvernement doit mieux contrôler la vente des IRS?
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?Le gouvernement doit mieux contrôler la vente des IRS?
● Catovair vient d?annoncer la suspension de ses vols sur Rodrigues et blâme, en quelque sorte, le gouvernement pour ses difficultés financières. Est-ce une illustration de la démocratisation de l?économie prônée par l?Alliance sociale ?
Pas du tout. Cela n?a rien à voir avec la démocratisation. Catovair, c?est l?histoire de toute entreprise. Il y a eu une initiative, IBL s?est lancée dans un créneau avec certaines suppositions. Tout businessman dans le monde entier prend des risques calculés. Le risk management fait partie de la décision de commencer un business ou pas. Si IBL trouve aujourd?hui qu?elle ne peut plus soutenir cette entreprise, c?est dans la nature des choses que cette entreprise ferme.
● Il faut dire que le gouvernement n?a rien fait pour arranger les choses?
Mais dans quel pays au monde est-ce qu?un gouvernement doit aider les entreprises ? C?est tout le paradoxe de ces gens qui crient à l?interventionnisme par rapport à la démocratisation de l?économie mais qui disent aujourd?hui que le gouvernement doit aider une entreprise. Dans une économie libérale, le gouvernement ne peut encadrer une entreprise. Nous ne sommes plus dans cette logique. Nous allons vers la compétition globale et pour survivre, il faut qu?une entreprise soit globalement compétitive ! La stratégie d?une compagnie ne peut pas dépendre du gouvernement du jour. Si les gens croient cela, c?est très grave.
● Mais la perception est que le gouvernement fait tout pour que des compagnies comme Rogers et IBL se trouvent en difficulté?
Tout est relatif. Cette perception dont vous parlez est en relation avec ce qui se passait auparavant. La question n?est pas que le gouvernement veut tuer les compagnies locales : la vraie question est que le gouvernement d?aujourd?hui est en train de prendre du recul par rapport à l?ancien gouvernement qui, lui, aidait sélectivement certaines compagnies. Ce gouvernement est en train de laisser le champ du business aux businessmen. Je trouve cela très sain.
● Vous ne pouvez pas nier que les récents événements, dont la fermeture de Desbro, les 2 000 arpents de l?industrie sucrière et maintenant IBL, créent une atmosphère malsaine?
Pas du tout. L?industrie sucrière est particulière parce qu?elle ne sera jamais globalement compétitive sans le partenariat public. Il ne faut pas faire un amalgame. Dans son programme électoral, l?Alliance sociale dit qu?elle veut ?a strong, dynamic and vibrant private sector?. Cela veut dire un secteur privé avec une stratégie, qui peut prendre des risques sans que le gouvernement en soit la nourrice.
Cela a été le cas durant la période post-indépendance et c?était normal parce que c?était le modèle économique que le pays avait choisi. Mais les choses ont changé. C?est la mentalité des businessmen mauriciens. Ce que moi j?appelle les rentiers, qui refusent de changer. Ils veulent toujours tout accaparer et pensent qu?ils ont des droits acquis mais il n?y a pas de droits acquis.
?Hier, il suffisait au secteur privé de commander pour avoir ce qu?il voulait. Aujourd?hui, il ne peut plus exiger.?
● Y a-t-il un malaise entre le secteur privé et le gouvernement ?
C?est un malaise fictif. Le secteur privé dit que le gouvernement envoie des signaux confus et qu?il n?y a pas de communication entre lui et le gouvernement. C?est justement la preuve de ce que je dis. Ce sont des businessmen qui attendent des signaux du gouvernement. Et ils ne le devraient pas. Est-ce qu?en Angleterre, les hommes d?affaires attendent un signal de Tony Blair ? Est-ce qu?ils font cela en Inde, en Allemagne ? C?est du n?importe quoi.
● La politique du gouvernement serait donc pertinente selon vous ?
Oui, dans certaines industries, dont l?aviation, par exemple. Ce malaise est dû au fait qu?hier, il suffisait au secteur privé de commander pour avoir ce qu?il voulait. Aujourd?hui, il ne peut plus commander. Il ne peut plus exiger et il est mal à l?aise. Il est comme un enfant gâté. Alors il ne faut pas venir dire qu?il y a une détermination du gouvernement de ?casser les reins? comme le disent certains ! Ce n?est pas vrai. C?est une posture différente d?hier certes mais c?est une posture saine. Un gouvernement doit être pro-market et non pas pro-business.
● A titre d?exemple, la demande de 2000 arpents pour agréer à une centralisation essentielle à l?industrie sucrière, sans négociations, serait-donc une politique saine ?
Il y a toute une histoire derrière l?industrie sucrière. D?abord, d?exploitation. La centralisation est importante mais tout aussi importante est le signal que cette réforme ne se fait pas pour ne bénéficier qu?à un seul stakeholder. Je pense que c?est tout à fait naturel de demander des terres ? au fait, je pense que l?on ne demande pas assez ? l?on aurait pu théoriquement demander 10 000 arpents.
5 000 serait cependant un chiffre raisonnable qui s?explique par le fait que le gouvernement avance 68 millions euros à l?industrie sucrière pour qu?elle finance le coût social de la réforme. Mais la demande aurait dû concerner l?ensemble de l?industrie et je pense que ce qui pose problème, c?est que cela ne concerne que trois établissements. J?aurai préféré qu?il y ait eu une négociation globale avec l?industrie sucrière.
● Mais il n?y a pas eu de négociations tout court !
C?est ça. Et cela me gène un peu. Il faut crever l?abcès, je pense, entre les stakeholders. Il y a une chose qui est importante : notre modèle économique a été créé selon un accord où il y avait sharing of the spoils, qui découlait de nos traités préférentiels. Mais si nous venons dire à la population qu?elle ne peut plus rien avoir aujourd?hui parce qu?il n?y a plus de spoils, il faut que nous disions la même chose au secteur privé.
● Il semble que vous donnez des signaux contradictoires concernant votre position par rapport aux projets IRS. Qu?est-ce qui a changé ?
D?abord, il faut que je vous dise que mes propos ont été déformés dans une interview qui a été publiée dans un quotidien. Je n?ai malheureusement pas eu l?occasion de faire une mise au point. (Rires?) Si vous lisez l?entrevue, vous avez l?impression que c?est moi la conceptrice de l?IRS ! Je dis que ce serait désirable qu?il y ait un développement intégré.
Dans le programme gouvernemental, nous disons que les projets IRS seront revus. Nous n?avons jamais dit que nous allons les abolir. Nous disons qu?il ne faudrait pas y avoir un développement qui sectionnerait une partie de la population. Je dis oui aux projets IRS, mais sous certaines conditions.
● Quelles sont-elles ?
Que le développement soit vraiment intégré, que la population locale bénéficie de ce développement, que ce soit en termes de formation, de possibilités d?emplois et de petits business, surtout. C?est comme dans le tourisme. Nous nous félicitons de la croissance mais il faut maintenant voir comment partager cette croissance parce que s?il n?y a pas de trickle down de la croissance, elle ne sera pas soutenable. Si demain, nous avons 2 millions de touristes et que cela nous donne des recettes extraordinaires mais que le waiter est toujours en train de gagner Rs 5 000, il y a un problème. Parce que ce waiter ne voudra plus travailler, il ne voudra plus donner de la qualité et il n?y aura plus de touristes. La même logique s?applique aux IRS : il faudra faire la part des choses.
● Mais rien n?a changé avec les projets IRS. Ils ont toujours été des projets intégrés.
Non, il n?y avait pas autant d?accent sur le côté social. Par contre, il y a une chose qui m?interpelle et c?est la question de savoir si les devises, avec lesquelles les acheteurs de villas IRS sont supposés payer pour leurs villas, arrivent effectivement dans le pays. Déjà, je ne suis pas d?accord avec le seuil de taxation des villas que je trouve ridiculement bas alors que nous sommes en quête de revenus.
Il faudrait en plus que le pays ne soit pas le dindon de la farce dans toute cette affaire. Selon mes informations, certaines personnes empruntent de l?argent à Maurice en devises locales pour acheter ces villas. Ce n?est pas ce qui était convenu. Je pose d?ailleurs la question au ministre des Finances, mardi. L?accord était que l?acheteur paie en devises et que cet argent circule dans notre marché. Je pense qu?il y a un manque de monitoring et de oversight du gouvernement sur ces projets IRS.
● Mais l?aspect apartheid que vous dénonciez est toujours là?
Oui, la fragmentation sera définitivement là. J?ai un autre souci par rapport aux projets IRS. $ 500 000 pour une villa sur nos meilleures terres n?est pas cher payer. Pour cette somme, on s?achète un studio à Londres. C?est ça le high network individual que l?on veut attirer ici ?
C?est la raison pour laquelle, je pense que le gouvernement doit mettre en place un monitoring body pour voir quels sont les windfall gains ? qui sont énormes quand il s?agit d?international properties ? et dans les poches de qui cet argent va. Le ministre des Finances dit toujours qu?il lui faut plus d?argent. Mais l?argent est là ! Il faut juste le prendre !
Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN
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