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Les meilleurs ennemis

6 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les clameurs tues, les partisans rassérénés, les pique-niqueurs repus, quelles leçons tirer des gesticulations du 1er Mai ? À première vue, je n?en vois aucune. Nous n?avons appris rien que nous ne sachions déjà. Ce baromètre politique annuel a seulement confirmé nos observations empiriques et nos intuitions sociologiques.

Le MMM, une fois de plus, a démontré sa suprématie en termes de capacité de mobilisation. Ce n?est pas nouveau, ce parti, surtout quand il est dans l?opposition, a toujours mieux réussi à mobiliser ses troupes lors des grands événements politiques. Dans les circonstances actuelles, plutôt favorables aux oppositions, le MMM n?a pas raté ce rendez-vous symbolique. S?ils avaient été intelligents, les porte-parole de l?Alliance sociale auraient su comment relativiser cette réussite.

L?Alliance sociale peut, de son côté, se réjouir de son succès. On peut penser que ses partisans n?ont pas, pour le moment, de fortes motivations pour chanter les louanges d?un gouvernement qui peine encore à tenir ses promesses. Mais bien que le temps des récoltes ne soit pas encore venu, l?Alliance sociale peut se féliciter de ce que le gros de ses troupes soit resté fidèle et l?ait démontré.

Le seul perdant de l?opération est le prétentieux Pravind Jugnauth. Non pas que son meeting ait été un échec ? je pense qu?il a été en adéquation avec le poids électoral du MSM ? mais parce que le jeune Jugnauth avait, lui-même, fait monter les enchères au point de nous annoncer à l?avance que le succès de son meeting serait tel qu?il « marquera un tournant dans la vie politique du pays ». Il a surtout marqué le MSM, ramené à sa juste proportion.

Les uns et les autres peuvent s?inquiéter cependant de ce que leurs troupes se recrutent encore trop largement dans des électorats particuliers, même s?il faut convenir que les discours publics ont cherché à rassembler.

Il est donc permis, aux lendemains de l?exercice, de conclure que les lignes de partage électoral n?ont pas beaucoup bougé depuis les dernières législatives, bien que l?opposition profite sans doute du mécontentement d?une partie des déçus de l?Alliance sociale. Mais pas tant que l?on aurait pu le penser parce que justement les adhésions populaires sont toujours motivées davantage par des considérations émotionnelles que par l?analyse objective des données politiques. Et c?est pourquoi l?indéniable réussite du MMM de Paul Bérenger est aussi, douloureusement pour son leader, une immense frustration.

Dans l?ordre naturel des choses, si la gangrène communaliste ne paralysait pas tant les esprits, il eût été logique que Paul Bérenger, fort du soutien obtenu par son parti, se positionne légitimement comme le challenger direct de Navin Ramgoolam, en cas d?alternance politique. Il est le chef incontesté du principal parti de l?opposition, il est l?homme politique le plus expérimenté du pays, il a des compétences avérées. Mais il est forcé de se mettre en retrait parce qu?un trop grand nombre de ses compatriotes estiment que l?accident de sa naissance le disqualifie. Il a déjà tenté de forcer le destin ne serait-ce qu?à la faveur d?arrangements politiciens, mais il hésite aujourd?hui à renouveler la pénible expérience. Et c?est pourquoi le beau succès du MMM est un amer paradoxe. Plus ce parti apparaît fort et menaçant, plus le Parti travailliste sera en mesure de mobiliser, contre le leader du MMM, ces fausses et anciennes peurs qui alimentent les rejets historiques. Navin Ramgoolam, qui le sait, a fait de Paul Bérenger le sujet de son 1er Mai.

Le MMM devra chercher à régler ce dilemme qui occupe l?esprit de tous ses dirigeants. Il n?a que deux options : l?une à l?interne qui est la recherche d?un leader premier-ministrable au profil électoral jouable. Pour l?instant, Bérenger ne dit rien de ses intentions, il se contente de désigner indirectement ceux qui ne le sont pas. Il réfléchit néanmoins beaucoup à la question car il n?écarte pas la possibilité que le MMM soit forcé de livrer bataille seul.

L?autre option de Bérenger est celle d?une alliance conduite alors par un leader acceptable pour la population et digérable par le MMM. Je prétends que Bérenger n?exclut absolument pas que ce leader soit Navin Ramgoolam. S?il doit conclure une alliance, s?il doit s?effacer au profit d?un autre chef politique, je crois que la préférence de Bérenger ira à son ami Navin. L?interrogation qui demeure est celle de savoir ce que fera le leader de l?Alliance sociale.

Le rusé Ramgoolam, pour l?heure, garde ouvertes toutes ses options. Il entretient avec les deux chefs des partis de l?opposition des relations extrêmement cordiales au point de les ramollir l?un l?autre comme aucun de leurs partisans ne pourrait se l?imaginer. Même au plus fort de la bataille de mobilisation pour le 1er Mai, les mamours privés n?ont pas cessé. Mais rien de définitif ne se passera avant l?approche de l?échéance, quand Ramgoolam fera ses comptes électoraux.

Quant à Pravind Jugnauth, ce Petit Poucet politique qui se prend pour un géant parce que Bérenger l?a placé un jour sur un escabeau, il devra modérer ses ambitions actuelles. Il faudra davantage que le coup de pouce de papa pour récupérer le pouvoir et « former le prochain gouvernement ».

Tout compte fait, la situation politique est stable, le gouvernement a les moyens de mener à son terme son programme de réformes et sa nouvelle stratégie économique. Il est nullement menacé, sinon par ses propres contradictions et ses incohérences continues. Il est d?ailleurs navrant de constater combien il a gaspillé son beau succès du 1er Mai qui aurait pu être célébré comme l?expression d?un soutien à l?effort de redressement économique et aux perspectives qu?il ouvre. Il a plutôt offert un recours facile à la diabolisation de ce Bérenger que Ramgoolam hait en public et caresse en privé, ce Bérenger qui vilipende Ramgoolam en public et qu?il courtise en privé.

Le spectacle continue.

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