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Liberté de critiquer

3 mai 2007, 00:00

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?Pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l'opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement??. Ainsi ironisait Beaumarchais à propos de la liberté de la presse, il y a 230 ans. Il en aurait dit autant aujourd?hui, en cette journée internationale de la liberté de la presse.

Il ne faut pas remonter trop loin dans le temps pour chercher l?illustration de ce vieil antagonisme opposant la presse aux tenants d?un pouvoir quelconque. Pas plus tard qu?hier, à l?heure du bilan des rassemblements du 1er mai, les principaux partis politiques accusaient les journaux d?être à la solde de leurs adversaires. Les partis d?opposition ont reproché aux journaux de soutenir le gouvernement du jour en exagérant le soutien populaire qu?il aurait rallié la veille. Le régime au pouvoir, lui, tient un discours exactement contraire.

Quelques semaines plus tôt, la presse se faisait accuser de racisme et de sectarisme par les orthodoxes musulmans dans l?affaire des haut-parleurs. Un juge de la Cour suprême ayant statué sur l?utilisation de haut-parleurs pour appeler à la prière, la presse a appelé au respect de la loi et du jugement. Les principaux concernés l?ont promptement accusé d?être anti-musulmane. Presque quotidiennement, les élus politiques font le procès de la presse : menteuse, irresponsable, anti-patriote, amateur? A ces épithètes viennent s?ajouter les indignations des gardiens de moralité publique auto-proclamés. La presse est ?voyeur?, disent-ils. Elle est sensationnaliste, ne respecte pas la vie privée de l?individu.

Mais le public, lui, arrive à discerner. Une majorité de Mauriciens estime que la presse joue bien son rôle, comme le révèle un sondage de Taylor, Nelson, Sofres publié hier. Un constat confirmé chaque année. Le pouvoir du jour n?en a cure. Il en est à menacer. Des lois seront introduites, promet le Premier ministre Navin Ramgoolam à chaque fois qu?il en a l?occasion, pour brider la presse. Pour ?l?obliger? à agir de manière responsable. Pour l?empêcher de publier des nouvelles inexactes. Navin Ramgoolam se propose de créer une Commission pour la presse où le public se sentant lésé pourrait venir chercher redressement. Les journalistes et patrons de presse protestent avec véhémence. Cette proposition contient les germes du totalitarisme, disent-ils. Mais cela n?empêche pas le chef du gouvernement d?approfondir son projet en instituant un comité ministériel pour faire des propositions concrètes.

Toutes les critiques sur la presse ne sont pas dénuées de fondement. Il arrive, plus souvent que l?on ne l?aurait voulu, que des nouvelles incomplètes, soient imprimées. Le journaliste opère dans l?urgence, ce qui le contraint presque toujours à présenter une version partielle des choses. Et puis, la presse étant comparée au sacerdoce, il faut quand bien même pourvoir au frais du culte ! La presse obéit à la logique commerciale. Et l?impératif de rester vendable peut parfois pousser à une mise en scène de l?information susceptible de froisser. Cela étant, précise un journaliste de carrière sur le point de prendre sa retraite, c?est injuste d?accuser la presse mauricienne d?irresponsabilité. ? Je dirai au contraire que la presse locale fait preuve d?une retenue et donc d?une auto-censure salutaire pour le pays. Cela s?est vérifié dans les temps de crise quand le tissu social s?est trouvé fragilisé.?

On conçoit la liberté d?expression et le rôle de la presse selon l?image qu?on se fait de l?autorité exécutive et de sa légitimité. Dans les pays scandinaves, reconnus comme ceux pratiquant le plus haut degré de démocratie, la légitimité de l?exécutif est subordonnée aux comptes qu?il rend au peuple. De fait, la liberté de la presse y est définie plutôt comme une liberté d?accès à l?information que comme une manifestation de libre expression. Les administrations ont l?obligation de communiquer toutes les informations dans les vingt-quatre heures. Toute exception à cette règle doit être rigoureusement justifiée.

A Maurice, le culte du secret et de l?opacité règne. Les ministres se permettent des caprices de princes et disent ne devoir aucun compte aux journaux et donc à la population. Les présidents de compagnies d?État brassant des milliards de roupies en chiffre d?affaires, font les arrogants et rabrouent des journalistes comme ils l?auraient fait à leur subordonnés? L?exécutif peut-il vraiment jeter la pierre ?

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