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« National Pay Council » : l?impasse
«Il n?en est pas question. » Cette posture de Toolsiraj Benydin, porte-parole des fédérations syndicales, traduit parfaitement la détermination des mouvements syndicaux. Ces derniers opposeront, à quelques exceptions près, résistance au projet du gouvernement de réformer le système d?ajustement des salaires en fonction du coût de la vie. Il faut savoir que cette nouvelle formule a recours à des critères autres que le coût de la vie. Ainsi, les facteurs qui seront pris en compte sont la productivité de l?entreprise, la capacité de l?employeur à absorber les effets financiers de cette compensation et l?incidence de celle-ci sur l?aptitude réelle de l?entreprise à tenir tête à la concurrence.
La résistance des syndicats repose sur la crainte qu?avec la nouvelle formule, le versement d?une compensation salariale ne soit compromis du fait que les critères qui vont la déterminer ne sont pas des facteurs statiques. « Nous ne pouvons prendre ce risque », martèle Toolsyraj Benydin.
Et pour cause. Depuis 30 ans, l?allocation d?une compensation est devenue un droit acquis, garanti selon les termes du Special Wage Increases Act de 1977. Cette législation prévoit le calcul annuel du quantum de compensation pour atténuer l?impact de la perte du pouvoir d?achat encourue au cours des douze mois précédents. L?exercice est effectué dans le cadre d?une réunion regroupant les représentants du gouvernement, du patronat et des employés. Ce sont les fameuses réunions tripartites.
Le calcul du taux d?ajustement des salaires est effectué essentiellement sur la variation de l?indice des prix à la consommation enregistrée durant les 12 derniers mois. Une des caractéristiques de cette formule est qu?elle prévoit une indexation totale pour les salaires au bas de l?échelle. « Notre position est non négociable », soutient Reaz Chuttoo, négociateur au sein de la Federation of Progressive Unions.
En s?opposant à l?introduction d?une nouvelle formule de calcul des compensations et d?augmentation des salaires, les syndicats jouent un morceau qu?ils connaissent par c?ur.
<B>Le gouvernement revient à la charge</B>
Ils ont, en effet, connu un scénario semblable en 2002, lorsque l?État a eu recours au père même du tripartisme à Singapour, Lim Chong Yah, professeur d?économie à l?université technologique du Nanyang, pour une étude du système actuel de calcul des salaires. Son rapport, Wage Determination in Mauritius : Recommendations for Reform, avait alors été rejeté par le monde syndical.
Quatre ans après, le gouvernement revient à la charge. L?abolition des tripartites et son remplacement éventuel par un National Wages Council est inscrite dans le discours du budget 2006-2007. Cette année, l?idée est proposée sous une autre appellation : National Pay Council.
Les thèses avancées par le Pr Lim pour justifier la création du National Wages Council sont presque les mêmes que celles invoquées par ceux qui souhaitent l?institution d?un National Pay Council. Celles-ci s?articulent autour du principe que le calcul de la compensation salariale, de même que les augmentations, ne devrait plus être effectué en fonction du coût de la vie, mais par rapport à d?autres facteurs, notamment la productivité ou la compétitivité des compagnies. Cette volonté de l?État est illustrée par la détermination de Vasant Bunwaree, ministre du Travail, à aller de l?avant avec l?institution de ce conseil en dépit de l?opposition des syndicats.
Certains syndicalistes à l?instar de Yousuf Sooklall, président de la Free Democratic Unions Federation sont disposés à mettre un peu d?eau dans leur vin. « L?affir-mation d?une prise de position ferme comme cela a été le cas des fédérations syndicales dont la nôtre est essentielle. Lorsque son maintien risque d?aboutir à une impasse, une réévaluation de ses conséquences à court, moyen et long termes n?est pas déraisonnable. C?est ce à quoi, je m?attelle actuellement. »
Du côté du patronat, ce n?est pas non plus l?effervescence. Même si, dans l?absolu, la nouvelle formule est favorablement accueillie par la Mauritius Employers?Federation (MEF), elle soulève quelques interrogations au niveau de son application. Laval Wong, conseiller légal de la MEF, note, entre autres points, le recours à la grève si la bargaining unit d?une entreprise estime qu?une augmentation de salaire est due, en dépit de l?avis contraire de la direction.
Même si un consensus intervient, le gouvernement aura la rude tâche de convaincre les syndicats de l?indépendance de Sen Ramsamy, président du National Pay Council. L?appel de ce dernier pour que les syndicats déposent les armes pour dialoguer ne rassure pas. L?ironie, c?est que lorsqu?il venait d?intégrer la fonction publique, Sen Ramsamy était membre d?un syndicat du Bureau des statistiques. Il avait pour mentor un certain? Toolsiraj Benydin.
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