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Séropositivité : La jeunesse en danger

22 avril 2007, 00:00

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De 2 684 personnes infectées et recensées de 1987 jusqu?au mois de février 2007, on distingue 18 % de nos jeunes. Cela équivaut à un Mauricien sur cinq, âgé entre 15 et 24 ans, selon les indications de l?Aids Unit du ministère de la Santé ! Et lorsqu?on segmente les statistiques, on dénombre 50 jeunes séropositifs dépistés en 2000 tandis que cinq ans plus tard, ce chiffre est de 921 ! Le constat n?est que plus alarmant !

« Le VIH est en nette augmentation, d?autant plus que peu de jeunes se font dépister », constate Audrey d?Hotman, directrice de Prévention information et lutte contre le sida (PILS). Et oui, selon Ahmed Saumtally, médecin et responsable de l?Aids Unit, dans la réalité, les chiffres devraient être multipliés par quatre !

Le tableau est davantage noirci par deux facteurs ? le rajeunissement et la féminisation de la population séropositive ! Car selon Audrey d?Hotman, une étude a récemment indiqué qu?il y a plus de femmes que d?hommes, porteuses du virus dans la tranche d?âge des 15-19 ans. En revanche, la prévalence est plus accrue chez les 20-24 ans, en comparaison aux autres catégories d?âge.

« Les jeunes pensent au plaisir et pas aux conséquences »

Qu?est-ce qui explique l?ampleur de la maladie ? « Les jeunes veulent vivre leurs propres expériences. Aussi, beaucoup d?entre eux deviennent actifs sexuellement à un jeune âge et ne se protègent pas pendant les relations », déclare Véronique Mars, éducatrice de rue. Ses propos sont réitérés par Imran Dhanoo, président du Centre de désintoxication Idrice Goomany : « Il y a de nombreux jeunes âgés de moins de 18 ans qui sont toxicomanes. Appelés à partager leurs seringues pour s?injecter de l?héroïne, ils s?exposent aux risques de contamination au VIH et ne savent pas qu?ils peuvent ainsi le contracter. Beaucoup allient la drogue et le sexe, pensant qu?ils seront plus performants sous l?effet de la drogue. »

La contamination par voie intraveineuse est très répandue et ce, dans 90 % des cas. Ajoutez à cela la toxicomanie peut aussi, selon notre interlocuteur, entraîner la contamination des conjoints, par voie sexuelle. Et par ricochet, les épouses encourent le risque de transmettre le virus aux enfants à la grossesse !

« Les femmes sont plus exposées au VIH lorsqu?elles sont en contact avec des hommes infectés et toxicomanes, mais aussi dans des cas où ils ont été contaminés car ils ne se sont pas protégés au cours de relations sexuelles avec des prostituées » indique la directrice de PILS. Dans un récent rapport sur le VIH dans les populations vulnérables, il est démontré que l?utilisation de préservatifs était effectuée uniquement par 32 % de travailleuses du sexe et que 97,8 % d?entre elles ont eu de jeunes clients.

La propagation de la maladie chez la jeune génération peut étonner, quand on sait le nombre de campagnes d?information qui se font sur le virus et tous les moyens pour éviter de l?inoculer ! Depuis des années, celles-ci se sont multipliées, voire même intensifiées. Cela voudrait-il dire que nos jeunes n?y ont pas accès ou les ignorent ? « Les jeunes pensent au plaisir et pas aux conséquences de leurs actes. Malgré les informations, ils peuvent se laisser happer par le cercle vicieux de la drogue, parfois sous l?influence des pairs », soutient Véronique Mars. Dans certains cas, la peur taraude les jeunes.

« Beaucoup ont peur des résultats, et même s?ils ont un comportement à risque, ils évitent de se faire dépister par crainte de découvrir leur séropositivité », explique Ahmed Saumtally.

« Le sida, c?est le combat de tous »

Pour Audrey d?Hotman, le problème est reflété par le fait que les sermons des adultes ainsi que les scénarii catastrophes dépeints aux jeunes impressionnent momentanément, mais ne changent pas les comportements. Comment renverser cette situation et mieux sensibiliser les jeunes ? « Il faut inculquer une éducation sexuelle continue sans jugement et graduelle à l?école et/ou à la maison à différents âges », préconise-t-elle.

Pour Imran Dhanoo, les campagnes ne sont pas suffisamment ciblées et soutenues dans le temps. « Il ne faut pas attendre que les informations viennent vers les jeunes mais au contraire aller vers eux avec ces informations, dans les régions défavorisées, les quartiers et les écoles. Le sida, c?est le combat de tous, État, ONG, société civile, séropositifs et séronégatifs ! Car personne n?est à l?abri », conclut-il.

QUAND L?ART SENSIBILISE A LA PANDEMIE !

« Imagine un monde sans sida. Ce mot qui cause des maux. Effaçons les quatre lettres de l?alphabet et guérissons notre société, notre pays, notre planète. Stop Sida. Cela fait 20 ans que le voile sur le virus a été soulevé et continue à mutiler l?homme. Il fait encore mal et avance trop vite? » : ce sont là les maîtres-mots de SIDart, une exposition signée Evazyon, Les Zarbiens et Pov. Cette activité s?inscrit dans le cadre d?International Aids Candlelight Memorial Mauritius 2007 et a pour but, de promouvoir à travers les ?uvres exposées le respect des droits humains, et aussi de combattre la stigmatisation. L?exposition se tient au Foyer du théâtre de Port-Louis depuis hier et ce, jusqu?au 26.

YOUSOUF, 25 ANS :

« Li bien dir pou vive »

« Zamé mo ti croire mo capav gagne sa maladie là. Mo fine prend précautions et pourtant, zordi mo séropositif » : tel est le cri du c?ur de Yousouf, âgé de 25 ans.

Il vient d?apprendre sa séropositivité depuis un mois. Accro à la drogue depuis huit ans, celui-ci a tâché d?utiliser sa propre seringue pour ses injections. Mais hélas, la maladie ne l?a pas épargné. « Mo pa koné couma mo fine vine séropositif. Capav ler mone fer prison ! Mo pas koné. Mo lé sorti dans la drogue. Ler mo fine vine dans centre désintoxication, mo fine fer ène test. Ene semaine après, mone gagne ène grand sok avec résiltat ki fine montré ki mo séropositif. Prémié zafer mone pensé, séki mo pu mort », relate le jeune homme. Heureusement, il bénéficie alors du soutien du responsable du centre de désintoxication qui lui explique l?évolution du VIH et les traitements. Yousouf retrouve une once d?espoir. Mais lorsque son épouse se fait dépister, il apprend qu?elle est également porteuse du virus ! Le jeune homme est anéanti ! « Li oussi li malade. Mo senti moi coupable mais nou saye souténir nou. Mais li bien dir pou vive. Nou ti couma dir dans ène tempête mais nou pé saye sorti la dans aster là », ajoute-t-il. Son combat, il le mène avec le support du centre et de sa femme. Pour être libéré de l?emprise de la drogue, mais également pour faire face au sida. « Tant ki possible, moi mo dire tout dimoune, sirtou banne zénès, reste loin avec la drogue et évite gagne relations sexuelles sans protection pou zotte pas gagne sida », lance-t-il.

SIDA : DISTINGUER LE VRAI DU FAUX

Un résultat de test de dépistage peut être négatif alors que la personne est séropositive : VRAI

Lorsqu?une personne contracte le VIH, les anticorps réagissent trois semaines après la contamination. Si le dépistage est fait avant cette période, appelée période de fenêtre, le résultat indiquera qu?elle est séronégative alors qu?elle peut être porteuse du virus. La période de fenêtre est également applicable pour les tests du virus. Il sera détectable cinq jours après la contamination, mais pas avant ce délai. Il est conseillé de réitérer le dépistage trois mois après le premier. Tous les tests sont pratiqués dans les hôpitaux régionaux et au centre Bouloux, à Cassis.

Il n?y a pas de différence entre le VIH et le sida : FAUX

Le VIH représente le stade du virus. Par exemple, lorsqu?on est porteur du virus, on est séropositif. Les personnes ayant contracté le VIH peuvent vivre avec pendant des années avant d?atteindre la phase finale de la maladie qui devient alors le sida. Dans ce cas, on dira que la personne est sidéenne. Cette phase est normalement accompagnée de maladies qui peuvent aboutir à la mort.

Il est plus facile pour une fille de contracter le VIH qu?un garçon : VRAI

« Biologiquement, la fille est plus vulnérable. Par exemple, la surface de contact du sexe féminin est plus grande que celle d?un homme. Dans le cas des jeunes filles qui sont actives plus tôt, il y a également une immaturité du col de l?utérus car les cellules ne sont pas encore bien mises en place », déclare Ahmed Saumtally, médecin et responsable de l?Aids Unit du ministère de la Santé. Donc, lors des rapports sexuels, ces dernières risquent de se blesser et seront donc plus exposées au virus. Selon Ahmed Saumtally, la fille est également en position inférieure pour négocier pour des rapports sexuels protégés et pour éviter d?être victime de violences.

Les bébés ne peuvent pas être contaminés par les mamans séropositives : FAUX

On note trois modes de contamination possibles de la mère séropositive à son bébé. Durant la grossesse le risque est de 5 %, lors de l?accouchement, il est de 15 % et pendant l?allaitement de 10 %. Il y a donc une chance sur trois pour que l?enfant contracte le virus. Cela résulte d?un micro traumatisme dans le ventre de la maman pendant la grossesse avec le placenta et le sang qui peuvent se mélanger lors de la croissance du f?tus. Pendant l?allaitement, la paroi muqueuse du nouveau-né est plus sensible.

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