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Azur et Asmar

19 avril 2007, 20:00

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Tout en nourrissant notre imaginaire, les contes peuvent aussi être riches en enseignements quant à la manière dont nous nous voyons nous-mêmes et celle dont nous voyons les autres. C’est une notion que le réalisateur-animateur Michel Ocelot avait appliquée de façon magistrale avec ses deux aventures du petit Kirikou, empruntant directement à l’univers des contes africains. Avec Azur et Asmar, il s’aventure dans l’univers des Mille et Une Nuits. Mais l’histoire qu’il nous raconte s’articule aussi autour d’un sujet vieux comme le monde sans avoir jamais autant marqué d’autre époque que celle que nous vivons : le refus de l’Autre.

Azur et Asmar sont, au début, les deux bébés de Jenane la Sarrasine. Azur est blond avec les yeux bleus et Asmar, le propre fils de Jenane est brun avec les yeux noirs. Engagée comme nourrice chez le père d’Azur, un riche seigneur d’Occident, Jenane allaite les deux enfants qui grandissent en se chamaillant, mais qui néanmoins se considèrent comme frères. Et, lorsque Azur est en âge de commencer son apprentissage de jeune seigneur, la nourrice et son enfant sont tout simplement chassés de la maison, expulsés du territoire. Comme de “sales étrangers” devenus non désirables ? Oui, mais l’histoire n’est pas si simple.

Car, devenu des années plus tard, un jeune homme à la fière allure, Azur parti délivrer la Fée des Djinns, se retrouve dans le pays de sa nourrice suite à un naufrage. Il est étranger, sans le sou et ses yeux bleus sont pour dire le moins, très peu appréciés ; il est victime du racisme. D’aucuns s’en tiendraient à ce “ juste retour des choses”, sauf que dans cette histoire, les choses ne s’arrêtent pas là.

Rebuté par ce qu’il découvre en abordant cette terre nouvelle, le jeune homme choisit de garder les yeux fermés. Encouragé dans cette voie par un compatriote (Crapoux – voix de Patrick Timsit) aigri, il se prive de belles découvertes. Sa nourrice qu’il finit par retrouver, est devenue riche. Elle l’accueille à bras ouverts ; tandis que son frère de lait devenu un fringant jeune homme, mais quelque peu amer, l’accueille plutôt froidement.

À travers une série de renversements de situations, toute cette partie du film est faite d’échanges autour du rejet de l’autre et du renfermement sur soi-même. Avec toujours le même propos : à rejeter l’autre, on se fait d’abord du mal à soi-même.

Et, le récit avance, menant à une deuxième partie qui voit les deux frères surmonter les cultures qui les séparent et affronter ensemble avec succès les épreuves magiques. Leurs personnages évoluent, tout comme celui de Crapoux. C’est à travers ce dernier que le réalisateur plaide pour un dialogue entre les cultures et les peuples. Cela étant inimaginable sans l’apport des femmes, la présence de la princesse Chamsous Saba est ainsi justifiée. Le personnage est à la fois une surprise et un pur ravissement.

Azur et Asmar est une histoire racontée avec tant intelligence, de grâce et de générosité dans le propos qu’on reste sous le charme, au point d’oublier presque de parler de l’esthétique de l’ensemble.

Le graphisme est dans la tradition des dessins animés artisanaux, mais d’une beauté à couper le souffle. C’est tout un univers visuel qui évoque à la fois la peinture naïve et les enluminures byzantines ainsi que les miniatures persanes. Non seulement Michel Ocelot possède une totale maîtrise technique de son médium d’expression mais il est aussi pourvu d’une riche inspiration qui vient donner une vraie raison d’être à cette maîtrise. Voilà la définition de ce qu’on appelle un artiste.

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