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Des sans-papiers aux investisseurs?
Protectionnisme de notre île en proie à une population dense, lourdeur des démarches administratives pour les étrangers qui cherchent à s?installer, mais facilitation et mesures attractives pour les investisseurs étrangers. Les frontières de Maurice s?ouvrent, mais pas à n?importe qui, ni à n?importe quel prix?
Bien que des mesures soient prises afin de renforcer les lois et procédures de contrôle d?entrée et de sortie des étrangers dans le pays, le problème des sans-papiers demeure. D?une part, pour les autorités qui traquent ces illégaux et d?autre part, pour ces étrangers qui tentent leur chance parce que Maurice est un pays plus riche que le leur et qu?ils peuvent y trouver un emploi ou parce qu?il fait ?bon vivre? sous le soleil des tropiques.
Toutefois, selon les déclarations du Premier ministre au Parlement, nous allons vers une optimisation du contrôle de l?immigration avec un nouveau projet, l?Immigration and Border Control Systems instauré en ce moment, visant à remanier tout le système informatique du département afin d?opérer un meilleur contrôle des étrangers qui entrent et restent dans le pays.
Ainsi, lorsqu?un étranger arrive à Maurice, les lois sont bien strictes. Visas pour les visiteurs, permis de résidence et permis de travail pour les expatriés qui immigrent? Selon son statut, sa nationalité et son état civil, l?étranger qui débarque devra suivre les démarches nécessaires afin d?être en règle. Mais le système a des failles à en croire le nombre d?étrangers demeurant illégalement dans l?île.
?La plupart des immigrants qui viennent à Maurice sont des travailleurs essentiellement employés dans l?industrie manufacturière de la zone franche. Ils contituent une importante source de main-d?oeuvre pour nos usines.?
Traqués par l?équipe de la Tracking Team of the Passport and Immigration Office aidée des différentes unités de police, ces étrangers illégaux ne sont pas faciles à retracer malgré qu?une liste ait été distribuée aux différents postes de police à travers l?île. Les démarches administratives obligatoires par lesquelles passe tout étranger à son arrivée dans le pays, tel que donner une adresse et présenter un billet retour ne donnent pas de résultat non plus. L?adresse donnée à leur arrivée n?est souvent pas celle où ils peuvent être retrouvés ensuite. ?Ceux qui travaillent, on sait où ils sont car ils ont un permis de travail. Les touristes sont plus difficiles à retrouver?, déclare S. Gokhool, assistant du commissaire de police en charge du Passport and Immigration Office. Il constate par ailleurs, que les sans-papiers sont essentiellement des touristes qui restent dans l?île au-delà de la durée initialement prévue. ?Ils sont Français, Indiens, Chinois?? selon S. Gokhool et ?se trouvent un travail au noir?.
À l?expiration de son permis de résidence ou de son visa, l?étranger devient un immigrant interdit (prohibited immigrant) et devra quitter le territoire mauricien selon l?Immigration Act et le Deportation Act. Ainsi, ces immigrants illégaux sont avisés de leur statut indésirable et sont rapatriés dans leur pays de résidence d?origine. Le nombre de personnes arrêtées et rapatriées est en hausse chaque année.
En 2006, 124 personnes ont été arrêtées et depuis janvier 2007 ce sont 67 personnes qui ont déjà été rapatriées vers leur pays.
Selon le Passport Act, toute personne qui reste à Maurice après l?expiration de son visa commet une offense et peut encourir une amende n?excédant pas Rs 1 000 et une période d?emprisonnement n?excédant pas un an. Mais toute personne qui incite ou aide une autre personne à commettre cette offense commet également une offense et risque également jusqu?à un an de prison et Rs 1 000 d?amende. Si le Premier ministre a déclaré au Parlement que les sanctions à l?encontre des sans-papiers seraient renforcées, celles allant à l?encontre de ceux qui les hébergent le seraient aussi.
Maurice nation d?immigrants
Lors de la déportation, toute personne faisant l?objet d?une deportation order devra rester en détention policière jusqu?à ce qu?elle soit expulsée du pays et déportée par bateau ou par avion. Cependant la personne ne peut être détenue plus de 28 jours et si à l?issue de cette période elle n?a pas été déportée, le deportation order est rendu caduc. Afin d?empêcher la personne de quitter l?avion ou le bateau avant qu?elle ne quitte Maurice, le commandant peut, si nécessaire la mettre en garde à vue à bord de l?avion ou du bateau. Lors de leurs futurs voyages, ces déportés se voient dans l?obligation de faire une demande afin de pouvoir rentrer à nouveau dans le pays, leur nom ayant été listé comme indésirable dans notre pays.
L?immigration est un fait important à Maurice, car n?oublions pas que le pays est une nation d?immigrants depuis la formation de sa première colonie. Immigrants, qui au fil de l?histoire, sont venus peupler l?île en tant que main-d??uvre, quel que soit son statut : esclave, engagé ou libre. Immigrants venus poser une pierre de plus à la fondation et progression de la société mauricienne.
Aujourd?hui encore, la plupart des immigrants qui viennent à Maurice sont des travailleurs essentiellement employés dans l?industrie manufacturière de la zone franche.
Les résidants non mauriciens constituent en effet une importante source de main-d??uvre pour nos usines. Car si 82 % de ces résidents étrangers ont un emploi, 87 % d?entre eux se retrouvent dans les industries manufacturières. La majeure partie n?a donc qu?un niveau d?éducation primaire et rares sont ceux qui arrivent avec un niveau tertiaire.
Si en 1984, Maurice comptait quelque 420 expatriés travaillant dans l?île, les chiffres ont bien augmenté, pour atteindre quelque 16 000 expatriés en 2000, nombre qui regroupe essentiellement des femmes.
Si le nombre d?expatrié a changé, leurs qualifications et profils également. Il y a une trentaine d?années, Maurice accueillait essentiellement des experts hautement qualifiés, tandis qu?à présent ce sont principalement des ouvriers d?usine spécialisés. Sur ces résidents, plus de 50 % viennent de Chine, 20 % d?Inde, 13 % d?Europe et 7 % d?Afrique.
Maya DE SALLE ESSOO
Immigration, oui, mais à quel prix !
Les plans et lois facilitant une immigration contrôlée et sélective visant à attirer les investissements étrangers se multiplient depuis quelques années. Attirer les investissements étrangers sous formes de capitaux, dans l?immobilier ou dans des entreprises, voilà le but de ces réglementations.
Le ?permanent resident scheme? permet aux investisseurs de recevoir un statut de résident permanent, d?être exemptés d?un statut de résident sous l??Immigration Act? et d?avoir un permis de travail et à la possibilité d?être propriétaire. En contrepartie, l?investisseur devra injecter une somme minimal de 500 000 dollars américains à Maurice.
L??integrated resorts scheme? vise à attirer principalement les ?high net-worth? étrangers, en leur permettant d?acquérir des villas luxueuses accompagnées de facilités telles que golf, piscine, sports nautiques et des services tels que sécurité, entretien ou gardiennage. Le permis de résidence sera alors délivré et restera valable tant que le non-citoyen est propriétaire de cette propriété immeuble.
Le ?scheme to attract professionals for emerging sectors? vise à attirer des professionnels étrangers faisant preuve d?expertise et qualifiés dans les secteurs émergents tels que les technologies de l?information et de la communication, les services financiers et d?autres secteurs. Ils recevront alors le statut de résident et un permis de travail pour une période de trois ans.
Dynamisation de l?économie mauricienne, investissements étrangers, nouvelles ouvertures sur le marché de l?emploi, les bénéfices de cette immigration sélective sont nombreux. Mais l?élitisme se fait chaque fois plus grand, car avant de bénéficier de ces avantages attractifs, les investisseurs devront montrer patte blanche avec leur compte en banque. De plus, le fossé se creuse car bien souvent ce développement qui se fait au bénéfice des uns, se fait au détriment des autres.
?Immigration Act?, des lois qui bafouent les droits humains
■ Si selon l??Immigration Act? le permis de résidence est nécessaire aux étrangers voulant s?installer à Maurice, ce permis peut être refusé si un étranger représente un poids économique pour Maurice ou s?il est considéré comme pouvant présenter une menace pour la sécurité du pays par exemple.
Mais d?autres restrictions (présentes dans d?autres pays également) peuvent aller à l?encontre même des droits humains car les personnes handicapées ou atteinte d?une maladie contagieuse ou infectieuse deviennent ainsi les indésirables de notre immigration sélective.
Selon l??Immigration Act?, le permis de résider à Maurice peut être refusé aux personnes qui souffriraient d?une infirmité physique ou mentale et qui pourraient être à charge des fonds publics, selon l?officier d?immigration. Face à ces restrictions concernant l?immigration des personnes handicapées, Coomara Pyaneandee, avocat et conseiller auprès du ministre de la Sécurité sociale déclare : ?C?est discriminatoire et j?irais même plus loin, c?est un viol des obligations internationales par rapports à des traités qui ont déjà été signés par Maurice?.
?Bien sûr, les gens ne doivent pas immigrer pour bénéficier des fonds publics du pays.? Mais Coomara Pyaneandee dénonce la discrimination qui est en vigueur dans le cas de refus d?accorder l?immigration à une personne sur la base de son handicap. ?Si de facto quelqu?un est handicapé et qu?on lui refuse l?entrée, là c?est grave !? Il souligne d?ailleurs qu?avec l?entrée en vigueur de la Convention des Nations-unies relative aux droits des personnes handicapées, Maurice deviendra une destination touristique qui se verra attirer des milliers de personnes handicapées. ?Maurice sera mis en avant par des agences comme une destination accessible aux personnes handicapées !?
Les personnes atteintes d?une maladie infectieuse ou contagieuse font aussi partie de ces arguments qui peuvent être donnés pour justifier le refus de délivrance d?un permis de résidence. En effet, lors de la demande d?obtention du permis de résidence, l?étranger se voit dans l?obligation de faire des tests médicaux, tel que le test HIV. Et sur simple base de cette information, l?immigration peut lui être refusée. ?Nous avons demandé à ce que cette loi soit amendée parce qu?elle va à l?encontre des droits de l?homme et elle est totalement discriminatoire?, déclare Audrey D?Hotman, directrice de l?association PILS. Elle soulève également le fait qu?un test VIH est demandé avant le mariage d?un Mauricien à un étranger. ?PILS trouve que c?est outrageant, les droits de l?homme sont bafoués par ces lois sur l?immigration et le mariage !?
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