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Expatriés : la chasse aux cerveaux est ouverte

14 avril 2007, 20:00

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Rentré au pays en août 2006 avec en poche un diplôme d?études approfondies (DEA) de l?université de Montpellier en biologie et une spécialisation dans les maladies infectieuses, Hanzy Mundil son-ge à travailler à Maurice. Toutefois, lors d?une rencontre avec un ministre, ce dernier lui déclare sans ambages : « Il se peut qu?il n?y ait pas d?emploi pour vous ici. Vous devez envisager de faire carrière ailleurs. »

Mais aujourd?hui, cette mentalité est appelée à changer. Car Maurice semble tout mettre en ?uvre pour rappeler ses fils et ses filles. En effet, le développement du pays a besoin des compétences de la diaspora mauricienne.

À peine élu en juillet 2005, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, faisait part à ses collaborateurs de sa volonté de rechercher l?apport de professionnels locaux installés à l?étranger. « Il faut qu?ils reviennent au pays », affirmait-il.

C?est ainsi que les Maurice Lam, ancien consultant en entreprise à Sin-gapour, Ali Mansoor, ex-cadre au Fonds monétaire international (FMI) et autres Jean Suzanne, président d?Infi-nity, sont contactés. Ces personnes, ainsi que d?autres, collaborent aujourd?hui à la policy making du bureau du Premier ministre et dans d?autres mi-nistères-clés. Mais la déclaration sur la contribution attendue de la diaspora mauricienne ne ciblait pas qu?une poignée d?individus.

Il faut savoir que tout un programme a été mis en place pour retrouver les professionnels pouvant apporter leur pierre à l?édifice du développement. Issu d?un réseau entre le ministère des Affaires étrangères, le Mauritius Research Council (MRC) et les différentes ambassades de Maurice à travers le monde, une banque de données des cerveaux (Brain Bank) est actuellement compilée et les modalités de collaboration éventuelles sont explorées. « Personne n?a pensé à faire ce travail avant et ces ressources n?ont jamais été quantifiées. C?est ce que nous nous efforçons de réaliser maintenant », explique Arjun Suddhoo, le directeur du MRC.

Le MRC, qui se rend compte que Maurice ne dispose pas d?une masse critique de spécialistes, a identifié des secteurs prioritaires requérant un nouveau souffle en termes de compétences. Parmi ces domaines, le secteur scientifique est le plus présent, notamment la bio-médecine, les ressources marines et les énergies renouvelables. Contrairement aux pays tels que l?Inde ou la Chine, l?impact de l?exode des cerveaux affecte plus ces secteurs, créant un vide qu?il est impératif de combler.

On peut améliorer le marketing

« Les Mauriciens établis à l?étranger sont tous animés par la volonté de soutenir le pays. C?est cette plate-forme que nous proposons avec le programme de recensement, poursuit-il. Mais nous sommes conscients que ces personnes ne pourront pas forcément venir s?établir à Maurice, vu les engagements et responsabilités qu?elles ont ailleurs. De ce fait, nous travaillons ensemble pour trouver d?autres solutions. Par exemple, ces expatriés peuvent agir en tant que consultants ou organiser des séminaires. » Arjun Suddhoo avoue toutefois qu?on peut améliorer le marketing de cette démarche.

Car, avec moins d?un an d?existence, la banque de cerveaux du site du MRC (www.mrc.org.mu) n?a attiré l?attention que d?une vingtaine de professionnels de haut vol. Ce chiffre contraste durement avec ceux de l?ambassade de Maurice à Washington, où l?on estime à 100 le nombre de cadres mauriciens qui travaillent dans les institutions financières internationales majeures.

Réagissant sur ce programme, Kailash Ruhee déclare qu?en ce mo-ment « l?ambassade de Maurice à Wa-shington est en train d?établir un registre de toutes les compétences mauriciennes aux États-Unis et au Canada. Nous allons d?abord dresser leur profil et ensuite, nous verrons comment nous pouvons faire appel à leurs connaissances et leur expérience ».

Même si Kailash Ruhee rejoint Arjun Suddhoo sur cette volonté des fils du sol à aider Maurice, toutes les conditions ne sont toutefois pas réunies. Car à la source de l?exode, il y a surtout un désenchantement, un manque d?opportunités et d?autres raisons qui poussent ces compatriotes à trouver l?eldorado ailleurs.

Réagissant sur cet aspect, David Jamookeeah, directeur de l?Éducation à l?université de Bradford, en Angleterre, explique qu?il faut réfléchir aux modalités d?attirer les candidats au retour.

« Il faut penser aux raisons personnelles et contextuelles qui vont motiver leur retour, notamment le statut économique, mais aussi la reconnaissance que Maurice placera dans la contribution et l?expertise de ces expatriés pour développer le pays à long terme », explique-t-il. Occupant également les fonctions d?Associate Professor à l?université de Maurice, David Jamookeeah affirme que sa motivation personnelle réside dans un désir de « voir Maurice s?épanouir et devenir compétitive sur l?échiquier mondial, en apportant une contribution pour faire évoluer la situation économique, éducative et sociale du pays ».

Un premier pas est franchi

Mais force est de constater que les raisons qui poussent à l?exode ne relèvent pas que du domaine économique ou matériel. Les mentalités ont également leur part de responsabilité. Ainsi, en début de semaine, alors que le président recevait les lauréats de la cuvée 2007 au Réduit, le ministre de l?Éducation, Dharam Gokhool, s?est vu encore une fois réitérer son appel à ces jeunes pour qu?ils « rentrent afin d?apporter leur contribution au pays ».

Et malgré le contrat qui les lie à l?État mauricien, certains n?avaient pas hésité à manifester ouvertement leur désir d?explorer d?autres horizons. Ainsi, si les Rs 114,3 millions votées lors du dernier exercice budgétaire pour les bourses d?État ne sont pas une garantie du retour des lauréats au pays, attirer des professionnels sera une tâche encore plus rude.

En attendant une réflexion sur le facteur motivation, un premier pas est en train d?être franchi avec le recensement du capital humain à Maurice. On est peut-être loin des campagnes de rappel comme l?ont fait l?Inde ou la Chine, mais c?est une démarche qu?il était grand temps que l?État se décide à entreprendre. Car comme le formule Kailash Ruhee : « Il ne faut surtout pas sous-estimer la contribution potentielle que peut représenter la diaspora mauricienne. »

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