Publicité

Épreuve de force dans la capitale

14 avril 2007, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Il est 14 heures, vendredi. D?ordinaire animée, Port-Louis semble étouffer sous une chape de plomb.

La tension se lit sur les visages des uns et des autres. Certains se hâtent de quitter la capitale, dont les accès menant au bureau du Premier ministre, au bâtiment du Trésor, ont été bloqués. Résultat : des goulets d?étranglement vers les autres entrées. Ainsi, il n?est plus possible de circuler normalement à la Place d?Armes, dans les rues Desforges, Jules K?nig et La Chaussée.

Des barricades gardées par des membres de la Special Mobile Force (SMF) et de la Special Supporting Unit (SSU) ont été érigées pour protéger le bureau du Premier ministre et l?hôtel du gouvernement.

À la caserne des pompiers, une demi-douzaine de blindés attend les directives. De même, plusieurs jeeps de différentes autres unités patientent devant et à côté du bâtiment Emmanuel Anquetil. Entre 14 h 30 et 15 h 45 des hommes de la SMF, équipés de gilets pare-balles, et armés de matraques et de boucliers, montent la garde des deux côtés du bâtiment. De temps à autre, ils passent en mode de combat se tenant prêts à charger. La foule, massée sous les arcades, observe ces man?uvres en silence. Certains passants, pris au dépourvu devant les barrages, rebroussent chemin en pestant.

Une clameur se fait soudain entendre. Il est 14 h 39. Un concert de klaxons et de tambours, ponctué par des cris inintelligibles, vient troubler le calme de la rue Desforges. Des véhicules arrivent, chargés de manifestants aux visages masqués par leur keffieh, qui lancent à pleins poumons : « Allahu Akbar », ou encore « Islam Zindabaad ». Les manifestants sont alors canalisés vers l?arrière du bâtiment Emmanuel Anquetil, la route menant vers la municipalité étant bloquée. Ne trouvant pas d?issue, ils rebroussent chemin en lançant : « Nou revini la, nou pa per. »

Stoïques, les hommes de la SMF campent sur leurs positions. Puis, les véhicules blindés équipés de canons à eau reçoivent l?ordre de venir en renfort à la rue Desforges. C?est à ce moment qu?un vieil homme, tout de blanc vêtu, attire l?attention de tous en voulant à tout prix passer. Les policiers tentent de lui faire entendre raison, que la route est bloquée. Il persiste.

« Mo pa konpran kifer mo pa gaign droi pass la. Eksplik moi enn kout », s?indigne-t-il. Il faudra de la diplomatie pour arriver à le convaincre. « Nous avons préféré le dialogue, mais nous allons quand même lui infliger une amende pour obstruction aux forces de l?ordre », confie un inspecteur de police.

À 15 h 37, les forces de l?ordre reculent de nouveau jusqu?au bâtiment Emmanuel Anquetil. Puis, la rue Desforges est rouverte. Dix minutes plus tard, les bureaux jouxtant les voies bloquées commencent à déverser leur flot de fonctionnaires. Entre deux remarques, certains témoins font mention de tireurs d?élite sur le toit du bâtiment Emmanuel Anquetil et de la mairie de Port-Louis. Les forces de l?ordre fléchissent légèrement leur position pour permettre aux gens de circuler.

C?est à ce moment qu?un flot de manifestants, la plupart masqués et munis de drapeaux apparaît en faisant de grands bruits (nous apprendrons plus tard qu?un accord a été signé entre Gavin Glover et Farook Bassa, président de la mosquée Hidayat-E-Islam concernant l?azaan. Les deux parties ont convenu de l?utilisation des haut-parleurs qui- ne dépasseront pas 65 décibels, d?où la joie des manifestants ).

Les membres de la SMF et de la SSU resserrent les rangs. La foule reste massée devant la mairie et continue à scander des slogans. Une première sommation est lancée d?un porte-voix. La foule montre des signes de nervosité. Des motocyclistes se mêlent aux manifestants, défilant brièvement devant les membres de la SMF. Un léger mouvement de la première rangée de boucliers des policiers canalise la foule à nouveau vers la rue Desforges. Des insultes fusent, mais la foule progresse néanmoins, jusqu?à se disperser dans la rue Desforges. Les forces de l?ordre camperont tout de même sur leur position jusqu?au début de la soirée.

Bindu BOYJOO et Amrish BUCKTOWARSING

Publicité