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Maurice sous le feu de la Fournaise
par Gilles RIBOUET
L?éruption du Piton de la Fournaise a eu une incidence sur Maurice. Dès 2001, on pouvait lire dans un rapport de l?Observatoire de l?air de la Réunion que « l?impact régional des émissions de gaz du Piton de la Fournaise a été démontré ». La dernière éruption du volcan réunionnais est venue confirmer cette thèse.
Les services météorologiques de Vacoas ont suivi avec attention l?évolution de l?éruption volcanique. Suresh Bodhoo, deputy director de la station indique que «les services de la météo ont suivi les nuages issus de l?éruption volcanique à travers les images satellitaires à la fois pour évaluer un éventuel impact sur le temps local et surtout pour sécuriser le transport aérien». Suresh Boodhoo nous apprend d?autre part qu?un avion de la South African Airways arrivé à Plaisance le week-end dernier «était recouvert de poussières, car il est passé à travers les nuages provenant du Piton de la Fournaise».
Les gaz émis lors de l?éruption, notamment l?acide chlorhydrique et le dioxyde de soufre, ont été transportés par les masses d?air et ont donné lieu à des pluies acides sur le plateau central et dans l?ouest du pays comme le confirment les services météorologiques de Vacoas. Ces gaz sont directement issus des fissures éruptives rejetant des nuages toxiques et également du choc thermique induit par le contact entre le magma en fusion et l?océan par réaction chimique.
Aucun relevé précis n?a été effectué par le ministère de l?Environnement faute d?échantillonneur automatique. Il semblerait néanmoins que la teneur en acides des précipitations du week-end dernier était légèrement supérieure à la moyenne.
Les pluies acides sont surtout néfastes pour la végétation. Du côté du Mauritius Sugar Industry Research Institute, on explique que les pluies acides restent un phénomène exceptionnel à Maurice si bien que leur impact réel sur les cultures n?est pas bien connu. Cependant, on nous informe que ce sont surtout les cultures plus fragiles telles que les légumes et les jeunes pousses qui sont les plus vulnérables à ces précipitations. A priori, la canne à sucre ne souffrira donc pas de ces pluies de manière significative. Il faudrait que ces pluies acides soient plus conséquentes et plus fréquentes pour qu?elles représentent un véritable enjeu agricole à prendre en compte d?autant que Maurice est en quelque sorte protégée par les alizés du sud-est qui repoussent les nuages en provenance de la Réunion.
Une poudrière volcanique endormie
Si l?acidité relative des précipitations ? a fortiori à la Réunion ? est une conséquence directe de l?éruption du volcan réunionnais, il semble qu?il n?y aurait pas d?autres impacts en termes de regain d?activité volcanique à Maurice dans un proche avenir. C?est ce que nous confirme Valérie Ferrazzini, sismologue basée à l?observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise précisant que «Maurice aurait dans ce cas ressentie les secousses sismiques liées à l?éruption intense du Piton de la Fournaise».
Le géomorphologue Prem Saddul affirme néanmoins que l?activité volcanique à Maurice peut se réveiller sur le long terme, c?est-à-dire «à l?échelle géologique». L?universitaire précise que «la probabilité d?un regain de volcanisme est forte mais l?origine ne peut être le point chaud qui se trouve sous le Piton de la Fournaise car Maurice et la Réunion sont sur deux socles différents non connectés d?un point de vue structural». Prem Saddul prévient : «L?activité volcanique de Maurice pourra reprendre à n?importe quel endroit de l?île et non spécifiquement au niveau de l?un des 23 cratères du pays. Au large d?Albion, il existe une faille qu?il faut surveiller, tout comme il est nécessaire pour Maurice de surveiller ce qui se passe à la Réunion», poursuit-il. Maurice est assise sur une poudrière volcanique encore endormie. Le géomorphologue mauricien s?est envolé pour la Réunion jeudi dernier afin de prendre la mesure de l?événement.
Depuis le lundi 2 avril, le volcan du Piton de la Fournaise à l?île de la Réunion a connu une phase éruptive intense. Spectacle d?une «effroyable beauté», cette éruption a surpris l?observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise qui n?avait pas encore enregistré une activité de cette ampleur depuis sa création en 1979. L?activité se concentre à l?intérieur de l?enclos notamment dans la zone dite «le Grand Brûlé». L?intensité de la phase éruptive a entraîné l?effondrement du cratère Dolomieu. Jointe par téléphone, la sismologue Valérie Ferrazzini explique : «Le Dolomieu s?est effondré suite à de multiples éruptions et secousses sismiques qui ont fragilisé la structure, fragilisation accentuée par un phénomène de vidange suite à l?ouverture d?une fissure laissant échapper du magma en fusion.» L?effondrement du cratère Dolomieu a surpris par son ampleur ? 300 mètres de profondeur. «Il s?agit d?une zone d?effondrement habituelle, précise Valérie Ferrazzini. Le Dolomieu s?est déjà effondré en 1860, 1936 ou 1986.
Volcan considéré comme l?un des plus actifs au monde, le Piton de la Fournaise change donc régulièrement de physionomie. Les éruptions successives entraînent une accumulation de lave au niveau du cratère. La fragilisation du Dolomieu durant cette éruption est donc à mettre en rapport avec les éruptions précédentes et l?effet de vidange de la chambre magmatique.
Durant plusieurs jours, l?observatoire volcanologique a suivi l?intensification de l?activité. Le paroxysme a été atteint les 6 et 7 avril. Les fontaines de lave, surtout au Grand Brûlé, s?élevaient entre 50 mètres et 100 mètres de hauteur. Les coulées de lave, qui se dirigent en direction de l?océan, ont coupé la route nationale n°2 sur près de deux kilomètres de longueur. Le village du Tremblet a été un moment inquiété par l?ouverture éventuelle d?une faille. Par mesure de sécurité les habitants ont été évacués. Fort heureusement, aucune coulée n?a atteint le village contrairement durant l?année 1986 lorsque plusieurs habitations ont été touchées. Seules des cendres ont recouvert les habitations ; ce qui a nécessité un nettoyage des habitations une fois l?alerte levée.
Malgré une intensité remarquable, cette dernière éruption du Piton de la Fournaise n?a pas eu d?impacts trop néfastes sur Maurice, si ce n?est une légère augmentation de l?acidité des dernières précipitations. Cependant, même si l?heure n?est pas au catastrophisme, il n?empêche que les éruptions volcaniques de l?île s?ur méritent d?être suivies avec attention. Tout en gardant en mémoire, que dans un avenir certes lointain, Maurice pourrait être confrontée à un retour du volcanisme.
Le point sur le volcanisme de l?océan Indien
Les îles du sud-ouest de l?océan Indien se situent au milieu de la plaque somalienne. Nées d?activités volcaniques il y a huit millions d?années pour Maurice, 3,5 millions pour la Réunion et 2,5 millions pour Rodrigues, les îles des Mascareignes se caractérisent par un volcanisme de type hawaïen ou autrement dit effusif. Le seul volcan actif est celui du Piton de la Fournaise sur l?île s?ur ; par ailleurs considéré comme l?un des points chauds les plus actifs du globe. Les manifestations éruptives se caractérisent donc par des épanchements et des fontaines de lave entraînant des coulées magmatiques fluides. L?activité éruptive s?accompagne de secousses sismiques souvent inférieures à 3 sur l?échelle de Richter, de rejet de gaz notamment soufrés et de poussières (cendres, cheveux de Pelée?). Tout cela explique qu?il n?y a pas à craindre un cataclysme volcanique dans la région.
À l?inverse, la région nord-orientale de l?océan Indien est une zone géologiquement très instable étant un espace de contact entre deux plaques terrestres convergentes. La plaque océanique, plus dense, passe sous la plaque continentale. C?est le phénomène de subduction entraînant des séismes d?une force considérable et des éruptions de type explosif. Il n?est qu?à se rappeler les éruptions gigantesques du Pinatubo aux Philippines en 1991 et plus récemment du Tsunami de décembre 2004 conséquence directe d?un séisme sous-marin au large de l?île de Sumatra.
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