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Les attentats d?Alger font craindre un retour aux années noires

12 avril 2007, 20:00

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Les deux attentats à la bombe qui ont fait 30 morts et 200 blessés avant-hier à Alger ravivent dans la capitale algérienne le spectre d?un retour aux années 1990, au plus fort des violences islamistes.

?Il faut mettre les terroristes contre un mur et les fusiller?, dit Mohamed, mécanicien dans le quartier huppé d?Hydra, sur les hauteurs de la ville. ?Les concessions, ça suffit.?

?Les attentats d?Alger ont réveillé les démons d?une violence qu?on croyait circonscrite?, observe le quotidien Liberté.

La police a renforcé les mesures de sécurité dans la région algéroise où ont été multipliés patrouilles et barrages.

Au lendemain des attentats, certains ont attribué la responsabilité indirecte au gouvernement, accusé de n?avoir pas été assez dur avec les islamistes.?Il est inconcevable, inadmissible et choquant de revivre le cauchemar des années 1990?, écrit le journaliste Omar Belhouchet, rédacteur en chef d?El Watan.

L?une des explosions, attribuée par des témoins à un kamikaze, a emporté une partie de la façade du Palais du gouvernement, dans le centre d?Alger. L?autre attentat a eu lieu à Bab Ezzouar, un faubourg est de la ville.

L?Organisation Al Qaïda pour le Maghreb islamique a revendiqué ces attentats sur Internet en affirmant que 45 personnes avaient péri. Ce communiqué de revendication n?a pu être authentifié. Mais ce mouvement, qui est l?ancien Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), a revendiqué la responsabilité de plusieurs attentats commis contre les forces de sécurité et des ressortissants étrangers depuis janvier.

?Le terrorisme ne leur fait pas peur (aux Algériens). Il a été pratiqué, vécu, combattu et vaincu?, écrit Belhouchet. ?Ils craignent, par contre, le renoncement, la faiblesse, les compromissions de ceux chargés de faire sortir l?Algérie de la crise.?

De nombreux Algériens ont émis des doutes sur la politique d?amnistie du gouvernement, qui aurait affaibli les capacités des forces de sécurité tout en renforçant la détermination des rebelles.

Les islamistes algériens ont pris les armes à la suite de l?annulation, en 1992, des élections législatives que le Front islamique du salut (Fis) était en passe de remporter. Les violences qui avaient suivi pendant des années auraient fait jusqu?à 200 000 morts.

Les troubles n?ont jamais complètement cessé, même s?ils sont circonscrits aux montagnes à l?est d?Alger. Mais d?autres observateurs pensent que les attentats de mercredi sont, paradoxalement, la preuve de la réussite des récentes opérations de l?armée dans ces montagnes.

?Plus la pression militaire augmente contre les foyers terroristes, plus le mouvement terroriste se recroqueville et devient de plus en plus radical?, écrit Liberté. ?Plus les services de sécurité approchent de l?éradication totale de cette vermine et plus les terroristes se lanceront dans des actions désespérées comme celle du kamikaze du Palais du gouvernement.?

William MACLEAN

CE QU?EST LE GSPC

L?Organisation Al Qaïda au Maghreb islamique, ex-GSPC

Des attentats ayant tué 30 personnes avant-hier à Alger ont été revendiqués par l?Organisation Al Qaïda au Maghreb islamique.

Voici quelques éléments d?information sur ce groupe rebelle algérien auparavant connu sous le nom de Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), et qui a également revendiqué les explosions provoquées par trois kamikazes mardi à Casablanca:

■ Le GSPC s?est donné pour objectif d?établir un Etat islamique en Algérie et de s?en prendre à des cibles occidentales.

■ Fondé en 1998, il a éclipsé les Groupes islamiques armés (GIA) en Algérie et est actuellement considéré comme l?un des groupes armés les plus efficaces dans ce pays. En octobre 2003, le GSPC a offert son soutien au réseau islamiste international Al Qaïda.

■ Son chef actuel est Abdelmalek Droudkel, également appelé Abou Mouss?ab Abd el-Ouadoud. Il s?est opposé à l?amnistie de six mois proposée dans le cadre d?un processus de paix et de réconciliation nationale promu par le président Abdelaziz Bouteflika afin de mettre un terme à des années de violence politique. Cette amnistie a expiré en août 2006.

■ L?organisation compterait un demi-millier de rebelles. Elle en revendique environ 5 000, ce que les experts jugent exagéré. En termes d?armements, elle dispose de fusils AK-47, d?explosifs et de mines.

■ Le financement de l?organisation serait assuré au moyen d?activités criminelles, dont la contrebande de véhicules, de cigarettes, de drogue et d?armes.

■ En 2003, le GSPC a enlevé 32 touristes européens dans le désert du Sahara. Tous ont été libérés sauf un, qui a succombé à une crise cardiaque.

■ Fin janvier, le groupe s?est rebaptisé Organisation Al Qaïda au Maghreb islamique après avoir obtenu le feu vert d?Oussama ben Laden, selon une déclaration publiée sur Internet.

■ RÉCENTS ATTENTATS :

? Des sites Internet utilisés par des groupes islamistes ont publié un communiqué censé émaner du GSPC revendiquant des attentats à la bombe commis contre des commissariats de police près d?Alger fin octobre 2006. Trois personnes y ont trouvé la mort.

? En novembre 2006 plusieurs incidents ont été attribués au GSPC, dont des attentats perpétrés dans la région d?Aïn Defla, au sud-ouest d?Alger, et dans la province de Bouira, à l?est de la capitale, dans lesquels 15 soldats au moins ont péri.

? Le groupe a revendiqué un attentat à la bombe contre un car transportant des employés expatriés du secteur pétrolier le 10 décembre. C?est la première fois depuis de nombreuses années que des Occidentaux étaient pris pour cibles en Algérie. Deux personnes ont été tuées.

? L?organisation a revendiqué l?explosion quasi simultanée de sept bombes en Algérie le 13 février, qui a fait six morts à l?est d?Alger.

Sources : Reuters, la revue Jane?s World Insurgency and Terrorism, la FAS (Fédération des chercheurs américains) et Global Security.

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