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Qui hurle : ?Mal?bar nu pa lé !? peut-il taxer Boodhoo de communaliste ?

9 avril 2007, 20:00

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Avril 1982, Harish Boodhoo, leader du Parti socialiste mauricien (PSM), confie ses états d?âme à notre presse. La relecture de ce compte-rendu est intéressante à la double lumière de l?éclatante victoire électorale de juin 1982 mais aussi de son futur rapprochement avec le PTr, à partir de mars 1983 sinon avant, PTr pourtant qualifié de ?carapates? un an seulement plus tôt. Voici le rappel en vrac des propos les plus significatifs de Boodhoo en avril 1982 :-

Le PSM voit le jour en plein conflit avec une aile dirigeante du PTr. Le nouveau parti se donne pour objectif d?épurer la politique, et même de la spiritualiser, de délivrer le pays de ses maux politiques, de revaloriser les enjeux politiques. Boodhoo estime avoir réveillé la conscience nationale avec l?affaire Badry-Daby. L?île Maurice est autant dévaluée que sa roupie. Nous bannissons la démagogie de nos propos et de nos stratégies, dit-il. La politique devient plus propre. L?électorat réclame des candidats plus nickels.

Harish Boodhoo écrit : ?Je suis né travailliste. Je mourrai travailliste !? Il précise qu?il fait allusion davantage à l?esprit travailliste prévalant au moment de la fondation du PTr en février 1936 qu?à une adhésion formelle à un parti en plein embourgeoisement. Il se veut l?héritier spirituel des Maurice Curé et Emmanuel Anquetil. Un titre auquel ne peuvent plus prétendre les dirigeants actuels du PTr.

Seewoosagur Ramgoolam regrettera pendant le reste de sa vie, pense-t-il, d?avoir refusé la réforme du parti qu?il lui propose depuis 1978. L?aurait-il acceptée que son PTr serait redevenu un grand parti socialiste imbattable sur le plan électoral. Il préfère demeurer l?otage de son aile dirigeante pro-capitaliste et des intérêts particuliers qu?ils protègent indûment. Mais un PTr encore plus profondément gangréné, comptant sur la voix des Badry, Daby et des transfuges pour sauver sa maigrelette majorité parlementaire, est-il encore réformable ? En 1979, S. Ramgoolam rate une nouvelle occasion de faire confiance à Harish Boodhoo et à son projet de réforme du parti. En 1982, les principaux dirigeants travaillistes sont à s?accuser mutuellement : ?A cause toi ki Boodhoo fine expulser ! ?

Quelle est la part de frustration personnelle dans la contestation d?Harish Boodhoo ? Il dit n?avoir jamais recherché le poste de secrétaire général du PTr pour un profit personnel mais pour être mieux placé pour le servir plus efficacement. C?était le meilleur moyen de réformer le parti de l?intérieur. Autre preuve de son désintéressement personnel : il n?insiste pas pour avoir le poste de ?chief whip? auquel s?accroche Angidi Chettiar. Il ne nourrit aucun ressentiment personnel contre Jagatsingh malgré les torts immenses qu?il occasionne à sa famille. La défaite du PTr du 20 décembre 1976 doit être attribuée à ce dernier, candidat battu dans son fief du No 10 et mystérieusement repêché grâce à l?heureux désistement d?Heeralall Bughaloo qui y sacrifie une carrière politique des plus prometteuses. Boodhoo, seul élu travailliste au No 13 et en tête de liste de surcroît, paraît, en revanche, comme l?homme du renouveau et de la providence.

L?accusation de communaliste ? Quand on s?appelle Harish Boodhoo, quand on vient d?un village perdu, quand on milite au sein du Seva Shivir, quand on vénère l?hindouisme, quand on sert cette religion de toutes ses forces, on ne peut, à Maurice, être qu?un affreux?communaliste. Cela ne sert à rien de vouloir se justifier. Ce qui fait le plus mal c?est d?entendre ceux qui ont crié sur la place publique avant l?indépendance : ?Mal?bar nous pas lé ! Enveloppés nous pas lé !? vous accuser d?être communaliste. Le plus douloureux c?est de voir le PTr donner raison à ceux qui ont crié : ?Mal?bar nous pas lé !? et tort à un Harish Boodhoo. Mais si celui-ci était communaliste, il serait resté confortablement au sein du PTr pour savourer à son aise les innombrables ?bouttes? communalistes que ce parti offre à profusion. S?il était communaliste, se serait-il attaqué à un Lutchmeeparsad Badry et à un Giandeo Daby ? Le mauricianisme ne peut pas être une école de pensée interdisant à un homme d?aimer et de servir sa religion et celle de ses ancêtres. Boodhoo se déclare attaché à la nation mauricienne et à la méritocratie. Sa force indestructible est qu?il connaît la misère et qu?elle ne lui fait pas peur. Cela lui permet de prendre des risques quand d?autres courbent l?échine et s?aplatissent comme des vers, même pas luisants.

Il est, sur ce point, plus proche des frères Bissoondoyal que de Seewoosagur Ramgoolam. Cela dit, tout n?est pas à jeter dans les 40 ans de carrière politique de ce dernier. A nous de savoir tirer parti de ses bons grains et de jeter son ivraie. Faisons plutôt attention au verre à demi-plein de Ramgoolam qu?à son verre déjà à demi-vide. Apprenons à découvrir la rose au-delà des épines. Mais en 1982 le constat est inéluctable : l?île Maurice a besoin de quelqu?un d?autre que SSR.

L?alliance MMM-PSM est incontournable car ces deux partis courtisent le même électorat de gauche. En 1976, le débat politique est confus. En 1982, une plus grande clarté est de mise. La gauche (MMM-PSM) affrontera la droite (PTr-PMSD-RPL et autres) et la gauche vaincra !

Boodhoo est amené à apprécier Anerood Jugnauth et son franc-parler.

Ils fraternisent et se voient trois ou quatre fois par semaine. Il estime l?entourage de Jugnauth supérieur à celui de S. Ramgoolam. Celui-là a perdu celui-ci.

De plus, Jugnauth sait écouter, ce que ne sait plus faire Ramgoolam. Comme dit l?autre : La messe est dite ! (A suivre)

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